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Policiers-casseurs, Coluche en parlait déjà

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par Léo Kersauzie

Le sujet des policiers infiltrés, déguisés en manifestants ou accusés d’agir comme des «agents provocateurs» fait régulièrement l’objet de vives discussions. Le terme «appariteur», détourné de son sens universitaire pour désigner un policier provocateur, trouve une résonance particulière dans la culture populaire et l’actualité récente.

Un sujet de débat régulier

C’est principalement Coluche qui a popularisé le terme d’appariteur dans son célèbre sketch des années 1970. Il y décrivait avec ironie l’existence d’agents infiltrés chargés de casser des vitrines au sein des cortèges pour discréditer les manifestants et justifier l’intervention des forces de l’ordre. Ce sketch est massivement partagé et cité sur les réseaux sociaux dès que des soupçons d’infiltration émergent.

Les plateformes comme Facebook, Instagram et TikTok sont le canal principal où l’on parle de ces pratiques. Des pages militantes et des citoyens y diffusent des vidéos amateurs montrant des comportements jugés suspects de la part d’hommes en civil. Des vidéos issues de manifestations récentes (comme à Reims ou Aubervilliers) ont circulé, montrant des hommes masqués commettant des dégradations avant de se réfugier derrière les cordons de police, ce qui alimente les accusations de provocation. Des médias indépendants relaient fréquemment ces images pour interroger les méthodes de maintien de l’ordre.

Les enquêtes menées par des journalistes rappellent la nuance fondamentale entre l’infiltration légitime et l’agent provocateur. La présence avérée de policiers en civil (notamment de la BAC ou des services de renseignement) pour observer, identifier les profils violents et procéder à des interpellations ciblées relève de l’infiltration légitime. Par contre, l’État n’a légalement pas le droit de pousser délibérément à la violence pour saboter l’image d’un mouvement social.

La Police nationale et les préfectures de police prennent régulièrement la parole sur les réseaux sociaux (notamment sur X) ou via des communiqués pour démentir ces accusations.

Des exemples historiques de policiers agitateurs

Dans l’histoire moderne des mouvements sociaux, les accusations de policiers infiltrés agissant comme des «agents provocateurs» ou commettant des infractions sont illustrés par deux exemples historiques avérés à l’étranger. Des controverses ont également été récemment documentées en France.

Le cas de Montebello (Canada, 2007)

C’est l’exemple incontestable le plus souvent cité au niveau mondial. Lors d’un sommet international au Québec, des syndicalistes repèrent trois hommes masqués en noir, habillés comme des «black blocs», dont l’un porte une grosse pierre à la main. Trouvant leur comportement suspect, des manifestants les entourent, les filment et exigent qu’ils lâchent la pierre. Les trois individus finissent par traverser les lignes de la police anti-émeute, qui les menotte symboliquement pour les exfiltrer. Face au scandale et aux preuves vidéos, la Sûreté du Québec a dû officiellement reconnaître que ces trois hommes étaient bien des policiers en civil. Elle a toutefois nié qu’ils agissaient comme provocateurs, affirmant qu’ils devaient uniquement collecter des informations.

Le cas de Hong Kong (2019)

Lors des grandes manifestations de 2019, des vidéos ont documenté des groupes d’hommes vêtus exactement comme les manifestants radicaux (masques, casques, vêtements sombres) attaquant soudainement la foule ou procédant à des arrestations violentes de l’intérieur à l’aide de matraques. Les autorités policières de Hong Kong ont publiquement admis avoir déployé des opérations d’infiltration avec des «agents leurres» («decoy officers») pour cibler et arrêter les manifestants jugés violents.

Les cas récents en France (Octobre 2026)

En France, la présence de policiers en civil (notamment de la BAC ou des services de renseignement) au cœur des cortèges est légitime et habituelle. Elle vise à repérer les profils violents et effectuer des interpellations. Cependant, certaines séquences bizarres génèrent de fortes accusations de «flics casseurs».

Le jet de projectile à Reims (Octobre 2026)

Une vidéo filmée par l’eurodéputé Anthony Smith (LFI) montre un homme masqué, en civil au milieu de lycéens, en train de lancer un projectile en direction des CRS avant de se réfugier derrière les cordons de police. L’opposition dénonce un flic provocateur. La préfecture et le procureur ont confirmé qu’il s’agissait bien d’un policier de la BAC. Les autorités prétendent que ce policier en civil et masqué aurait jeté une grenade lacrymogène à main afin de dégager un espace et séparer des groupes. Mais les témoignages affirment que le projectile a été lancé en direction des CRS.

Le coup sur la vitrine à Aubervilliers (Octobre 2026)

Des images amateurs montrent un individu en civil masqué asséner un coup de matraque sur la vitrine d’un restaurant déjà endommagée. Malgré les images, les syndicats de police réfutent toute volonté de dégradation délibérée (le phénomène de l’appariteur), expliquant que les agents en civil doivent parfois repousser des obstacles, sécuriser des périmètres ou briser des éléments instables menaçant la sécurité lors d’interventions sous haute tension. Est-ce vraiment une explication convaincante ?

Le sketch de Coluche sur le sujet

Le passage iconique sur les agents infiltrés se trouve dans le sketch intitulé «Le Flic», créé par Coluche en 1975. Dans ce monologue, il incarne un gardien de la paix un peu naïf et maladroit, et aborde la gestion des manifestations avec son ironie mordante habituelle. Coluche y évoque notamment la figure des «appariteurs», qu’il présente comme des policiers en civil payés pour casser des carreaux afin d’accuser les manifestants, tout en craignant de frapper par mégarde un collègue infiltré.

Écrit il y a une cinquantaine d’années, ce paragraphe reste systématiquement déterré et partagé en vidéo sur les réseaux sociaux lors des mouvements sociaux actuels. L’archive vidéo complète est facilement trouvable sur la chaîne de l’INA sur YouTube.

source : Médias-Presse-Info

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