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Plus de 400 morts dus à Ebola en RDC alors que les États-Unis démantèlent les systèmes de surveillance destinés à le stopper

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Des agents de santé soignent un patient atteint d'Ebola au centre de traitement de Rwampara , en Ituri (Congo), le jeudi 18 juin 2026. [AP Photo/Moses Sawasawa]

Le 30 juin, soit 46 jours après le début de l'épidémie, BNO News recensait 1 354 cas confirmés d'Ebola, représentant une augmentation de 26 infections en 24 heures. Le nombre de décès s'élevait à 401, soit 22 de plus, tandis que seulement 204 personnes étaient guéries. Le faible taux de guérison et un taux de létalité brut d'environ 30 pour cent parmi les cas signalés à ce jour soulignent la gravité de la crise. La République démocratique du Congo (RDC) concentre la quasi-totalité des cas, avec 1 333 cas confirmés et 399 décès. L'Ouganda a enregistré 20 cas et deux décès, principalement liés à des transmissions transfrontalières, et la France a signalé un cas confirmé, celui d'un médecin de retour d'une mission humanitaire en RDC.

Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola en RDC depuis 1976, mais de la première d'envergure due à la souche Bundibugyo. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré l'épidémie d'Ebola comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) le 17 mai. La crise sociale persistante que traverse le pays rend chaque épidémie d'Ebola, et d'autres agents pathogènes mortels, plus dangereuse, non seulement pour la RDC, mais aussi pour l'ensemble de la région et au-delà. Ce danger est exacerbé dans un monde en proie à une escalade de la violence impérialiste et incapable d'apporter une réponse efficace aux souffrances de millions de Congolais, ou à celles des populations d'autres régions confrontées à des séismes et aux graves conséquences du changement climatique.

Concernant la souche actuelle de Bundibugyo, comme le notent Oxfam et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), il n'existe aucun vaccin homologué ni traitement approuvé, et les vaccins et antiviraux candidats n'entrent que maintenant dans les essais cliniques.

Une analyse récente des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), publiée dans le Morbidity and Mortality Weekly Report, estime à 65 pour cent la probabilité que l'épidémie dépasse les 20 000 cas d'ici trois mois en l'absence de mesures d'isolement strictes. Pire encore, l'épidémie s'est désormais propagée à une quatrième province, le Haut-Uele, selon l'Agence France-Presse. Tout le nord-est de la RDC, où vivent environ 15 millions de personnes, est maintenant touché. Le virus franchit la frontière ougandaise au moment même où les financements internationaux et les capacités sanitaires sont sabrées par les gouvernements capitalistes.

Plus de 90 pour cent des 1 354 cas confirmés d’Ebola sont concentrés dans la province d’Ituri, et le virus s’étend au Nord-Kivu et aux régions du Sud-Kivu contrôlées par la milice M23, selon le Centre africain d’études stratégiques. Dans ces trois provinces, plus de 5 millions de personnes sont déplacées, un des chiffres les plus élevés au monde. Dans un camp de 15 000 personnes à Bunia, au moins 30 décès suspects ont été recensés depuis début mai, et des cas positifs ont été confirmés dans deux autres camps. Comme les décès surviennent au sein des communautés avant que le virus ne soit identifié, Oxfam a averti à la mi-juin que les chiffres officiels devaient être considérés comme sous-estimant l’ampleur réelle de la crise.

[Photo: African Center for Strategic Studies]

Ce lourd tribut est dû au manque quasi total de ressources élémentaires dont souffre la population. À Mongbwalo, épicentre de l'exploitation minière, seuls 20 pour cent des habitants ont accès à l'eau potable et 25 pour cent à des installations sanitaires fonctionnelles. L'eau potable coûte 2 dollars les 20 litres, contraignant les familles à consommer de l'eau de surface contaminée par les eaux de ruissellement minières. Ces 20 litres constituent le minimum vital quotidien recommandé par l'OMS pour une personne. Une famille a besoin de plusieurs fois ce volume pour prévenir les épidémies, ce qui signifie que l'eau, pourtant essentielle à la survie, est vendue à un prix inabordable pour la population. À l'échelle nationale, seulement 43 pour cent de la population de la RDC bénéficie de services d'eau potable de base et 15 pour cent d'installations sanitaires rudimentaires, selon un rapport de l'UNICEF daté du 8 décembre 2025.

Cette pénurie alimente également une grave épidémie de choléra. En 2025, la RDC a enregistré 64 427 cas de choléra et 1 888 décès à l’échelle nationale, principalement dans les provinces de l’est. Parmi les enfants, on dénombrait 14 818 cas et 340 décès. L’UNICEF a qualifié cette épidémie de choléra de « totalement évitable ». Si l’épidémie d’Ebola, très médiatisée, capte l’attention du monde entier, la catastrophe silencieuse du choléra fait bien plus de victimes.

Sans eau pour la décontamination, les centres de santé deviennent des foyers de transmission. Manel Rebordosa, coordinateur de terrain chez Oxfam, a souligné que l'eau constitue la première ligne de défense absolue. Or, les capacités médicales se sont effondrées. La Banque mondiale a recensé 0,2 médecin pour 1 000 habitants. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a signalé que 85 pour cent des structures de santé du Kivu manquent de médicaments et que 40 pour cent ont subi des exodes de personnel. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) note que l'appel humanitaire pour la RDC a été réduit de 46 pour cent, passant de 2,58 milliards de dollars en 2024 à 1,4 milliard en 2026, les intervenants locaux recevant moins de 6 pour cent de cette somme. La guerre, les déplacements de population, l'eau contaminée, la faim et la destruction des infrastructures sont autant de facteurs qui accélèrent cette épidémie, révélant les mécanismes politico-économiques sous-jacents à l'origine de telles catastrophes.

Un récent article de Jon Cohen, paru dans la revue Science, apporte un éclairage essentiel sur ce tournant de la politique capitaliste. Il a constaté que l'administration Trump a porté ce que certains considèrent comme le coup de grâce au Plan d'urgence du président pour la lutte contre le sida (PEPFAR), un programme qui a permis de sauver 26 millions de vies en 23 ans. Le département d'État a annoncé que le soutien des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) prendra fin dans la plupart des pays à compter du 30 septembre 2026.

Historiquement, environ la moitié des fonds du PEPFAR transitaient par les CDC, qui aidaient 46 pays bénéficiaires. Selon les nouvelles directives du 5 mai, chaque pays est désormais libre de choisir de sous-traiter ou non certaines tâches à l'agence. Comme l'explique Cohen, les fonds sont maintenant versés directement aux pays, principalement par le biais d'accords financiers bilatéraux. Dans certains cas, l'administration exige une contrepartie, comme l'accès aux ressources minérales. Ces protocoles d'accord quinquennaux couvrent bien plus que le VIH, et s'étendent au paludisme, à la tuberculose, à la nutrition et à la santé maternelle et infantile.

Cela instaure un système de rémunération à l'acte. Au lieu de mobiliser son propre personnel, le CDC vend désormais son aide aux pays service par service, selon un catalogue de prestations tarifées. Emily Bass, analyste de longue date en santé mondiale, qui a obtenu et publié ce barème, explique que ce système remplace un précédent qui rapportait autrefois environ 2 milliards de dollars par an à l'agence. Les pays recevant plus de 125 millions de dollars d'aide annuelle au titre de la Stratégie de santé mondiale « L'Amérique d'abord » sont tenus de souscrire à un ensemble de prestations minimum. Seuls 31 accords de ce type ont été signés, et plusieurs grands pays bénéficiaires sont en conflit.

L'ampleur de cette réduction est particulièrement flagrante dans un seul pays. Pour l'Ouganda, qui lutte actuellement contre la propagation transfrontalière d'Ebola, ce nouveau dispositif représente une réduction de 14 fois par rapport aux dépenses du CDC dans ce pays au cours de l'exercice 2023. Par ailleurs, NPR et Devex indiquent que sur les quelque 6 milliards de dollars alloués par le Congrès à la lutte contre le VIH en 2026, seuls 640 millions environ des 1,3 milliard destinés au CDC ont été débloqués.

La détérioration est déjà visible. Selon les données du quatrième trimestre de l'exercice 2025 du PEPFAR, publiées en avril 2026 et analysées par le New York Times, amfAR, KFF et le Center for Global Development, le nombre de tests de dépistage du VIH financés par le PEPFAR a chuté de 21,9 millions à 17,2 millions en un seul trimestre par rapport à l'année précédente. Le nombre de diagnostics a, quant à lui, diminué de 385 000 à 307 000. Le VIH et l'épidémie d'Ebola de Bundibugyo ne sont désormais considérés comme des risques gérés que dans la mesure où ils touchent les intérêts des États-Unis.

Selon la revue Science, l'analyste Emily Bass et le Centre africain d'études stratégiques, les capacités des laboratoires, la formation du personnel de santé et les systèmes logistiques mis en place grâce au financement du PEPFAR ont été essentiels à la surveillance d'Ebola lors des précédentes épidémies en RDC. Emily Bass souligne que les laboratoires construits grâce au PEPFAR diagnostiquent Ebola, Marburg et le hantavirus; le retrait du financement de la plateforme VIH fragilise l'ensemble de ce dispositif. Michele Montandon a déclaré à Science que l'expertise des CDC avait auparavant contribué à la riposte contre Marburg et le mpox, mais que, dans le cadre du nouveau dispositif, les États-Unis ne sont « pas présents sur le terrain pour répondre aux menaces lorsqu'elles apparaissent ».

Oxfam signale que le traçage des contacts a chuté à 43 pour cent au 8 juin, contre 79 pour cent un mois après le début de l'épidémie de 2018-2020. Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, alerte sur le taux d'occupation de 95 pour cent des lits d'hôpitaux. Les centres de prise en charge du VIH servent également de plateformes de détection des épidémies, et l'analyste Jirair Ratevosian a constaté, dans les données de l'exercice 2025, une réduction des tests en amont et du dépistage des cas, rappelant les mesures prises lors des précédentes épidémies d'Ebola. Présenter ces coupes budgétaires, motivées par le capitalisme, comme des gains d'efficacité reflète l'attaque menée au niveau national contre la santé publique, qui a vu la réapparition de la rougeole et des politiques anti-vaccin mettant en danger la vie des enfants.

La courbe épidémiologique de la figure ci-dessus illustre précisément cette régression. La trajectoire de 2026 présente une progression plus rapide que celle de toute épidémie précédente à ce stade, dû à une réponse minimale. L'épidémie de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest, qui a touché 28 600 personnes et causé 11 325 décès, a permis de mettre en place le système de surveillance et de vaccination actuellement en vigueur. L'épidémie de 2018-2020 au Kivu a mobilisé plus de 1 500 membres du personnel de l'OMS, 16 000 agents de santé locaux et a permis de vacciner 300 000 personnes avec un vaccin homologué contre la souche Zaïre.

Cette épidémie ne bénéficie d'aucune de ces ressources. Il n'existe aucun vaccin homologué contre la souche Bundibugyo. Les financements humanitaires ont été drastiquement réduits, et les maigres ressources restantes parviennent à peine aux intervenants locaux. Le CDC, l'institution qui a contribué à enrayer 16 épidémies depuis 1976 et qui détient l'expertise technique nécessaire, a été délibérément écarté des dispositifs d’interventions. Les connaissances permettant d'arrêter cette épidémie existent, mais l'infrastructure nécessaire à leur application est démantelée tandis que le nombre de cas ne cesse d'augmenter. Il ne s'agit pas d'un manque de moyens, mais d'une décision dont les conséquences se traduiront par des décès évitables.

(Article paru en anglais le 2 juillet 2026)

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