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Plus de 100 000 personnes dans des manifestations et des grèves en Italie

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[Photo: OSA Nazionale]

Après la France, des manifestations de jeunes et des troubles ont également éclaté en Italie le week-end dernier. Environ 100 000 personnes, dans plus de 40 villes, ont participé vendredi à la journée « No Meloni Day », en référence à la Première ministre Giorgia Meloni, du parti néofasciste Fratelli d’Italia (Frères d’Italie).

Des organisations d’élèves du secondaire avaient appelé à manifester contre le délabrement des établissements scolaires, alors que les dépenses militaires augmentent. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue à Rome, Bologne, Milan, Turin et ailleurs, dans certains cas soutenues par les parents et les enseignants. Les manifestants ont entonné des chants et brandi des banderoles rouges, des drapeaux palestiniens et des pancartes peintes à la main portant des slogans tels que « Financez les écoles, pas les guerres », « Plus d’écoles, moins de bombes » et « Vous vous en êtes pris à la mauvaise génération ».

Les médias allemands et nord-européens ont complètement ignoré ces manifestations, en grande partie pacifiques, qui se sont poursuivies samedi, lorsque 10 000 personnes se sont rassemblées à Rome contre la hausse du coût de la vie. En revanche, les médias ont monté en épingle les émeutes et les affrontements avec la police survenus à Milan, Turin et Rome. La police a interpellé 271 jeunes, dont 220 mineurs, le plus jeune n’ayant pas encore 12 ans.

La grève scolaire avait elle-même été précédée d’une semaine entière de grèves dans le sud du pays, qui furent de même ignorées par quasi tous les journaux hors d’Italie. Dans les Pouilles, les sidérurgistes de Tarente se battent depuis des mois contre la fermeture des aciéries Ilva, qui entraînera jusqu’à 20 000 licenciements. La semaine dernière, les sidérurgistes ont reçu le soutien de transporteurs routiers et d’agriculteurs qui ont aidé à bloquer le port avec des semi-remorques et des tracteurs, empêchant les camions-citernes d’entrer dans la raffinerie d’Eni et d’en sortir. La lutte contre la fermeture imminente d’Ilva se mêle à la colère suscitée par les prix élevés des carburants et par la menace qui pèse sur les moyens de subsistance des agriculteurs.

Le 20 octobre, la mobilisation des transporteurs routiers s’était étendue aux Pouilles, à la Calabre, à la Sicile, à la Campanie et à la Basilicate. Quelque 3 000 oléiculteurs, qui se battent pour leurs moyens de subsistance dans la région, ont également conduit leurs tracteurs jusqu’à la préfecture de Bari. Dans les Pouilles, une station-service Eni sur deux a signalé une rupture de stock d’essence, et plusieurs aéroports du sud de l’Italie ont fait état de stocks de kérosène dangereusement bas. En raison des goulets d’étranglement dans les transports, les approvisionnements en fruits, légumes et autres produits frais commencent déjà à manquer dans les supermarchés italiens.

La hausse des prix des carburants provoquée par la guerre contre l’Iran a des effets dévastateurs. Les prix de l’énergie ont augmenté de 22 à 26 pour cent depuis février, ceux du diesel à eux seuls de 31 pour cent, pour atteindre 2,25 euros le litre. L’inflation est montée à 4,2 pour cent, alors que les salaires n’ont officiellement progressé que de 2,5 pour cent.

Les salaires réels ont reculé de 9,4 pour cent depuis 2021. Et cela ne concerne que ceux qui occupent un emploi relativement stable; la situation est encore pire pour les chômeurs et les travailleurs précaires. L’Italie compte, officiellement, 5,4 millions de personnes vivant dans la pauvreté absolue, dont 1,1 million d’enfants. Très nombreux sont les jeunes qui peinent à trouver un emploi décent, même avec un bon diplôme universitaire.

Dans le même temps, le gouvernement accélère le réarmement, comme dans tous les pays européens. Il s’est engagé à consacrer 3,2 pour cent du PIB à l’armement d’ici 2028 et 5 pour cent d’ici 2035. L’Italie a demandé à l’UE un prêt spécial de 14,4 milliards d’euros, dont la moitié doit aller à l’armée. En 2025, les dépenses militaires avaient atteint 42,7 milliards d’euros, soit près de 90 pour cent de plus qu’en 2013. Les dépenses de protection sociale, de santé et d’éducation, en revanche, reculent depuis des années.

Après les troubles du week-end, la Première ministre Meloni a convoqué lundi une réunion de crise de son gouvernement. Elle a exigé que la soi-disant opposition, à savoir le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S), « prenne immédiatement ses distances avec la violence ».

Or ces partis, « de gauche » seulement de nom, l’avaient déjà fait. Elly Schlein, dirigeante du Parti démocrate, a condamné la violence dès samedi, et Maurizio Landini, dirigeant de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), a qualifié les pillages de « criminels » et a fait transmettre à la police le soutien de sa confédération syndicale. Par ailleurs, le gouvernement Meloni avait déjà présenté cet été de nouvelles lois sécuritaires (DDL Sicurezza) visant à déclarer illégales les grèves et les actions de protestation.

Le gouvernement exploite l’agitation de la jeunesse à Milan et à Turin, ainsi que les pillages, qui se sont poursuivis dimanche, pour attiser une hystérie sécuritaire et renforcer les mesures d’État policier. Si des jeunes de banlieues délabrées, qui n’ont connu que le mépris et l’abandon depuis des décennies, défilent dans des rues commerçantes huppées et pillent des boutiques de luxe, c’est l’expression d’une polarisation sociale extrême – même si des provocateurs s’y mêlent assurément. Cette « stratégie de la tension » est une tradition en Italie depuis les « Anni di Piombo » (« années de plomb ») des années 1970.

Lorsque plusieurs dizaines de jeunes ont de nouveau saccagé et pillé les centres-villes de Milan et de Turin dimanche et se sont heurtés à la police, le gouvernement a réagi aussitôt par des lois encore plus dures, davantage de policiers et le déploiement immédiat de 500 soldats supplémentaires à l’intérieur du pays. Le 19 octobre, des figures de premier plan de la Lega, de Forza Italia et de Fratelli d’Italia ont défilé dans le centre de Milan en solidarité avec les commerçants touchés par les dégradations, pour soutenir la police. Ce qui les anime, c’est la peur du spectre de la révolution.

Comme en France, en Espagne, au Portugal et ailleurs, l’incapacité des jeunes à trouver un emploi décent à la sortie de l’école et de l’université coïncide, en Italie, avec la résistance croissante de la classe ouvrière. Les besoins des masses ne peuvent plus être satisfaits dans le capitalisme. Les grèves ouvrières convergent avec les protestations des agriculteurs, les blocages de poids lourds et l’agitation parmi les élèves du secondaire, les étudiants et les jeunes, et l’aspiration à une grève générale contre le gouvernement Meloni gagne du terrain.

Un ouvrier a déclaré à L’Espresso : « J’ai honte de mes collègues du nord, parce que ceux du sud ont organisé un blocage. Ils perdent de l’argent; ils perdent leur dignité. [...] Nous devrions tout fermer, du premier au dernier. » Un jeune issu de l’immigration, de deuxième génération, a déclaré au quotidien La Repubblica, à Turin: « Nous sommes nés et avons grandi ici, nous payons des impôts comme tout le monde. »

Un étudiant a déclaré: « Notre mouvement de protestation est en train de devenir une mobilisation permanente. Si vous nous volez notre avenir, nous bloquerons votre présent. » Luna, 17 ans, a déclaré au site juorno.it: « Ce n’est que le début d’un automne très chaud, pas seulement en Italie mais dans toute l’Europe. »

L’extrême polarisation entre riches et pauvres donne naissance à un mouvement social que les syndicats ne peuvent plus contrôler. Dans le même temps, les partis bourgeois se préparent à la guerre et à la dictature. Ce qu’il faut, c’est construire une direction qui mène la lutte non seulement contre le gouvernement Meloni, mais contre le capitalisme, et qui se bat pour le socialisme et l’internationalisme. Cela signifie construire la section italienne du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).

La principale faiblesse du mouvement est précisément cette absence de direction politique, qui s’est de nouveau manifestée cette semaine. Les grandes confédérations syndicales – la CGIL, la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CISL) et l’Union italienne du travail (UIL) – ont appelé à plusieurs grèves, toutes locales et d’une durée de quelques heures ou d’une journée. Leur but est de contenir et de fragmenter le mouvement, et non de préparer une grève générale qui poserait la question du pouvoir, ce que les syndicats rejettent catégoriquement.

Ces grèves concernent des conducteurs de bus à Rome, Savone, Udine et Bari, ainsi que des personnels hospitaliers en Sicile. Des grèves des travailleurs des télécommunications dans tout le pays et des éboueurs en Calabre ont également été annoncées. Une grève d’ensemble dans les transports et sur le réseau ferroviaire est prévue vendredi.

Les syndicats de la métallurgie Fim, Fiom et Uilm, qui organisent la mobilisation dans les aciéries Ilva, à Tarente comme à Gênes, ont pour l’instant annoncé une grève jusqu’au 23 octobre. Ils exigent des pourparlers avec le gouvernement Meloni, le patronat et les représentants des actionnaires afin d’assurer l’avenir du pôle sidérurgique. « Jusqu’à la réunion au Palazzo Chigi [le siège du gouvernement] », indique leur communiqué, « nous envisagerons de nouvelles grèves ».

Le dirigeant de la CGIL, Landini, a annoncé une grève générale d’une seule journée, qui doit se tenir dans un mois, le 20 novembre (!). La CGIL affirme vouloir manifester pour des hausses de salaires, contre le budget d’austérité de 2027 et contre de nouvelles dépenses militaires, et réclame un impôt supplémentaire d’un pour cent sur les riches. Dans le sud de l’Italie, les associations de transporteurs routiers ont exigé une table ronde avec le ministre Salvini afin d’obtenir des baisses d’impôts et de taxes, faute de quoi elles menacent d’organiser un convoi de camions sur Rome.

Les syndicats de base (USB, SI Cobas, CUB, SGB) organisent chacun leurs propres grèves séparées, offrant une soupape de sécurité à la colère, bien qu’avec des mots d’ordre aux accents plus combatifs que ceux de la CGIL et de l’UIL. La Confederazione Unitaria di Base (CUB) a posté sur son site: « Contre l’économie de guerre, le réarmement et la dévastation sociale. » Face à la « grève générale » de la CGIL du 20 novembre, les syndicats de base organisent leur propre grève générale le 30 octobre. Ce jour-là, l’Unione Sindacale di Base (USB) entend manifester contre la militarisation dans les ports italiens avec des dockers d’autres pays.

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