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L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) accuse le gouvernement du Québec de mettre en péril son modèle économique. Un amendement apporté au projet de loi 15, jeudi dernier, fait en sorte que les honoraires facturés aux assureurs privés ne pourraient dorénavant plus excéder ceux du régime public, au détriment des régions, estime l'AQPP.
Le problème, c'est que c'est un amendement qui a été déposé à la dernière minute lors de la lecture du projet de loi 15, qui fait en sorte que le gouvernement se donne le droit d’ajuster ou de légiférer, de modifier nos honoraires à sa discrétion, sans négociation, sans préavis, sans rien, déplore Kevin Girard, pharmacien propriétaire des succursales Uniprix de Chicoutimi-Nord et de la rue Racine, au micro de l’émission C’est jamais pareil.

Kevin Girard est pharmacien propriétaire des Uniprix de Chicoutimi-Nord et de la rue Racine.
Photo : Radio-Canada / Johanie Bilodeau
Depuis plusieurs mois, les pharmaciens propriétaires négociaient avec Québec à propos de l'application de leurs nouveaux pouvoirs, prévus par le projet de loi 67. La pièce législative, adoptée en juin 2024, tarde toutefois à entrer en vigueur, faute d’entente entre les deux parties.
La situation s’est par ailleurs envenimée entre le gouvernement et les professionnels de la santé, la semaine dernière, quand le député solidaire Alexandre Leduc a proposé un amendement qui vise à empêcher les pharmaciens propriétaires de réclamer aux assureurs privés un montant supérieur à celui qui serait facturé au régime public de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), ou à un seuil établi par le gouvernement.
De son côté, Farel Gilbert, copropriétaire de la pharmacie Familiprix à Arvida, parle d'une décision qui a créé une onde de choc dans le milieu pharmaceutique.

Farel Gilbert est copropriétaire de la pharmacie Familiprix située à Arvida.
Photo : Radio-Canada / Philippe Marier-Verret
On parle de la valeur de l'entreprise en tant que telle, de la valeur de la pharmacie qui est chamboulée. On a les banques qui ont arrêté les transactions, les prêts aussi ont été stoppés, les transactions donc les ventes de pharmacie, les associations ont toutes été arrêtées parce que là, présentement, on est dans un contexte d'incertitude, lance-t-il en entrevue au Téléjournal Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Après le dépôt de cet amendement, l’AQPP s’est retirée de la table des négociations.
Plusieurs pharmacies en région ont d'ailleurs décidé de fermer leurs portes plus tôt lundi soir, à 18 h, en guise de protestation.
Les régions n’ont pas à payer le prix
Selon Kevin Girard, la modification prévue par l'amendement vise surtout des établissements spécialisés de Montréal, qui surfacturent des médicaments onéreux, une réalité différente de celle des établissements en région.
Pour vous décrire un petit peu la situation, je vous dirais que ce sont les médecins spécialistes généralement qui vont prescrire des médicaments onéreux à leurs patients. [...] Et, après ça, c'est la pharmacie de Montréal qui envoie le médicament au patient. Mais, à ce moment-là, comme ils sont les seuls ou presque les seuls, ils facturent des honoraires déraisonnables aux assureurs et c'est surtout ça qui est dénoncé, explique M. Girard.

Le député de Québec solidaire Alexandre Leduc a déposé un amendement au projet de loi 15. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Il croit que les pharmacies en région n’ont pas à payer pour ces abus et avance que le gouvernement n’a aucun gain à faire avec cet amendement.
Tout ce qu'il risque, ce sont des pertes. Parce qu’il faut se rappeler que les pharmacies communautaires sont un allié du système de santé et, avec le projet de loi 67, on va devenir un allié encore plus fort. Mais laissez-nous la chance de pouvoir l'être. Là, on nous coupe les ailes avant même de nous donner la chance de montrer toute notre force, poursuit le pharmacien.
Le projet de loi 67 confère notamment plus de pouvoir aux pharmaciens, en leur permettant d'administrer des médicaments à des fins thérapeutiques et de remplacer des médicaments dans plus de circonstances.
Farel Gilbert partage les interrogations de son collègue. En fait, l'assureur privé, là, nous, on peut l'ajuster la facturation, puis la moduler en fonction de nos services, de nos coûts, alors, selon la région, le secteur, on peut déterminer que le prix est différent selon notre marché. Ce qui fait que le gouvernement n'a pas avantage à faire ça, puis nous, c'est ça, notre incompréhension face à tout ça, mentionne-t-il.
On va appliquer une solution mur à mur à toutes les pharmacies, ce qui n'est pas logique. Ça ne tient pas la route.
Un avenir incertain
Les pharmacies communautaires, aussi appelées pharmacies de quartier, représentent un service de proximité important pour la population, fait valoir M. Girard. Or, il soutient qu’avec l’amendement proposé jeudi dernier, c’est tout leur modèle économique qui pourrait être chamboulé, au détriment des prestataires de services.
En fait, l'incertitude économique est très grande et, si jamais ça venait à s'appliquer, puis que, finalement, le gouvernement décide de baisser les honoraires de toutes les pharmacies de 50 %, je m'excuse, mais ma pharmacie sur la rue Racine, qui est la seule pharmacie maintenant sur cette rue, il y a des chances que je sois obligé de la fermer, s’inquiète M. Girard.
Plusieurs de mes collègues ont fait des rénovations dans les derniers mois ou en font présentement. Puis, si je peux parler pour nous, on avait la volonté d'agrandir notre laboratoire, d'avoir des bureaux de consultation supplémentaires, de faire des rénovations majeures, de plus d'un million de dollars en pharmacie. On a stoppé net, renchérit M. Gilbert, lui aussi inquiet pour l'avenir de son entreprise.
Environ 70 % des pharmaciens et pharmaciennes travaillent en pharmacie communautaire et, de ce nombre, 33 % sont propriétaires de leur pharmacie, peut-on lire sur le site web du gouvernement du Québec.

Si l'amendement au projet de loi est adopté, Kevin Girard craint de voir sa pharmacie de la rue Racine fermer ses portes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Myriam Gauthier
Selon Kevin Girard, le fait d’adopter l’amendement traduirait une profonde incompréhension de la part de Québec dans ce dossier.
Des rencontres ont eu lieu lundi entre l’AQPP et les députés de la CAQ Yannick Gagnon et Eric Girard pour demander le retrait de cet amendement qui a été déposé par Québec solidaire.


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