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Sonia Bonspille Boileau et Jason Brennan ont eu envie de s’amuser. « On a travaillé sur des projets dramatiques, avec des sujets et des thèmes très lourds [Pour toi Flora, par exemple], pendant plusieurs années. Je pense qu’on avait besoin, nous, comme créateurs de contenu, de vivre autre chose, de travailler sur quelque chose de plus léger, de plus drôle, de plus “facile” émotivement », explique la cinéaste lors d’une entrevue virtuelle.
Voici qu’aujourd’hui le duo est de retour avec Pitago Stop, une série comique en immersion avec les employés d’une halte routière d’une communauté anichinabée fictive qui veulent faire briller leur petite entreprise. « Toutes les communautés ont cette espèce de magasin fourre-tout — qui fait qu’il peut y avoir n’importe quoi qui s’y passe, avec le simple va-et-vient des gens », indique Jason Brennan, qui a lui-même travaillé dans l’épicerie de sa communauté quand il était jeune.
Des idées plein la tête, il décide alors avec Sonia Bonspille Boileau de passer au format documentaire parodique pour raconter ce quotidien haut en couleur. « Jason et moi, on est des fans finis de The Office. On connaît la série par cœur. Ça fait qu’on avait vraiment envie de faire de quoi par amour du genre », précise celle-ci. Mais faire de l’humour pour faire de l’humour, très peu pour eux. « On s’est dit qu’on allait profiter du “mockumentaire” pour se moquer un peu : on voulait rire des faux Autochtones, on voulait rire de certaines exagérations culturelles », ajoute-t-elle.
Pendant plusieurs mois, Sonia Bonspille Boileau accumule ainsi un tas d’anecdotes absurdes glanées çà et là. « On savait que ça serait vraiment le fun de faire ressortir ça, parce que, pour une fois, c’est nous autres qui contons la blague au lieu d’être de l’autre côté », affirme-t-elle.
Piquer, quitte à déranger… « Au point même où le diffuseur non autochtone pouvait parfois être un peu mal à l’aise à la lecture des scénarios. Mais on leur disait de nous faire confiance, que ce malaise-là est correct. Moi, je l’aime, ce malaise-là », confie la cinéaste. Avec Jason Brennan, ils se réjouissent que leur humour sarcastique puisse gentiment déstabiliser le public. « Ça fait partie de l’exercice, tu sais ! »
Incubateur de talents autochtones
Grâce au recours au faux documentaire, Sonia Bonspille Boileau et Jason Brennan ont par ailleurs pu mener à bien une mission qui leur tient à cœur : amener l’industrie du cinéma et de la télévision autochtone plus loin. « On sait qu’il y a un manque derrière la caméra, qu’il y a un manque de scénaristes, de réalisateurs, de directeurs photo. Et c’est beaucoup plus facile de former des gens dans un format léger et court », constate Sonia Bonspille Boileau.
Avec ses 12 épisodes d’une dizaine de minutes filmés par une petite équipe technique en huis clos et caméra à l’épaule, Pitago Stop a de fait permis à la relève en scénarisation, en réalisation, en montage et en prise de son de s’exercer. Un véritable incubateur de talents autochtones. « Il y avait comme une permission de l’erreur vu que [le format] est “vrai”. On s’assurait aussi qu’ils puissent avoir le contrôle du plateau avec notre confiance », mentionne-t-elle. Ensemble, avec Jason Brennan, ils ont en effet fièrement accompagné les apprentis pendant le tournage qui s’est déroulé en Outaouais.
Sonia Bonspille Boileau et Jason Brennan ont également accordé beaucoup de liberté à la distribution de Pitago Stop, qui comprend notamment René Rousseau (STAT), Amélie Grenier (La faille), Charles Bender (Eaux turbulentes 2) et Claude Breton-Potvin (Complexe G). « Les comédiens ont absorbé nos personnages et se sont permis d’en rajouter, de pousser ce qui était écrit, pour leur donner une vraie vie », se réjouit Jason Brennan. Et Sonia Bonspille Boileau de poursuivre : « Pour nous, le jeu d’Océane [Kitura Bohémier-Tootoo, Le temps d’un été] et d’Andawa [Laveau, Eaux turbulentes 2], avec qui on avait déjà travaillé, a été une [révélation]. C’était le fun de les voir s’approprier leur personnage, de le développer ». Les deux cinéastes saluent une générosité devant la caméra. « [Les acteurs autochtones et allochtones] se sont laissés aller dans l’autodérision », renchérit-elle.
Jason Brennan espère enfin que ce vent de fraîcheur, drôle et narquois, continuera de souffler sur les créations audiovisuelles autochtones. « On a raconté des histoires lourdes, elles ont beaucoup été faites. Ce n’est pas qu’elles n’ont plus leur place, mais je pense qu’on est prêts à aborder de nouvelles choses aussi. Les productions autochtones ne doivent pas être restreintes à certains sujets », conclut-il.


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