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Le portrait de Pierre Martinet dans Wikipédia est un gag, mais on ne peut pas tout dire. En deux mots, ce gars du service action a effectué des missions dont tout le monde a entendu parler dans la presse : il a surveillé Gaccio à Canal, ce qui lui a valu des ennuis judiciaires, et il a participé à l’intervention française en Libye, qui s’est mal terminée.
Mais c’est lui qui a balancé sur Twitter le nom des frères Kouachi le soir même de l’attentat de Charlie Hebdo. C’est cette « mission » qui nous a intéressés, car ce soir-là, l’info est tombée sur ce réseau social comme un miracle dans les mains des journalistes, ou une fiente de pigeon sur un béret de para. Il a été blâmé pour cela, mais on se doute bien que cette petite intox avait un sens.
« Chez nous, dans le jargon, on disait que l’habitude tue »
Pour impressionner la dame qui l’interroge, Martinet parle sans complexe des opérations homo et arma. Pour l’impressionner encore plus, il va jusqu’à dire qu’on n’a pas assez tué à la DGSE. Pour lui, comme pour Jakubowicz ou Goldnadel, « le mensonge fait partie du métier ». On espère qu’il ne ment pas dans cette vidéo.
Les agents qui parlent sont légion. Tout le monde s’y met. On avait suivi avec intérêt les explications d’un ex-agent de la DGSE chez Thinkerview, qui développait toutes les méthodes pour chantager une cible (MICE).
En revanche, ce qui est intéressant chez Martinet, c’est sa couverture en hôtellerie. Par exemple, si vous voulez surveiller quelqu’un, quelqu’un qui menace la sécurité de l’État (donc de Macron aujourd’hui ou Hollande hier), vous le suivez, le filmez, le photographiez, vous lisez son courrier (qui arrive avec un jour de retard, mais comme la Poste merde, c’est jouable), vous le tamponnez (par une femme, par exemple, qui vend du champagne), et vous déterminez ses habitudes pour l’éliminer hors champ, c’est-à-dire loin des témoins, de son éventuelle femme et de ses enfants. D’où la fameuse « habitude qui tue ».
Il y a néanmoins un point d’interrogation qui n’est pas abordé dans cette interview, puisque la dame est subjuguée. Martinet peut dérouler son dépliant publicitaire sans contradiction, et c’est dommage. On aurait aimé lui poser la question des cibles : si l’on peut admettre qu’un contrat soit posé sur la tête d’un djihadiste qui veut passer à l’action (et Dieu sait si les failles du renseignement en ont laissé passer...), parce que là on a des militaires (des paras en l’occurrence) face à des types armés, donc des combattants, et déterminés, on admet plus difficilement les éliminations politiques du type Boulin, Marleix ou Denécé.
Là, il s’agit presque de règlements de comptes politiques personnels, puisque ces personnes n’attentaient pas à la sécurité de l’État, et surtout des Français. Ce n’était pas des terroristes ni des assassins en puissance. Là, il y a dérive, utilisation des moyens de l’État à des fins privées, sur le modèle, toutes proportions gardées, du scandale de la loge Athanor.
Laurent Vaildiguié résume l’affaire avant le procès des protagonistes
Les magistrats sont revenus, en détail, sur les neuf missions violentes qui ont pu être recensées, entre 2016 et 2020. Des barbouzeries parfois mal ficelées, toujours très violentes : voitures et domiciles incendiés, élus tabassés, vols avec violence, et, surtout, un pilote automobile tué et des tentatives d’assassinat sur une coach professionnelle ou un syndicaliste. Le tout sur fond de motifs souvent dérisoires : rivalités professionnelles, dettes ou animosités en tout genre. Et moyennant, à chaque fois, quelques milliers ou dizaines de milliers d’euros par « contrat ». Au total, « 114 infractions dont 25 crimes, pour des faits commis pendant près de cinq ans, dans huit départements différents » devaient être jugées, a comptabilisé Nicolas d’Hervé. Il a rappelé que « 150 experts et témoins ont été entendus lors de six cents heures de débats », depuis l’ouverture du procès, le 30 mars. (Le Monde)
Les réquisitions sont tombées début juillet : 30 ans pour le commanditaire de cette petite cellule d’agents pourris, 22 pour son homme de main, 20 pour son acolyte, 16 pour un « frère » qui voulait éliminer la patronne d’une entreprise concurrente, et enfin 15 et 13 pour deux mecs de la DGSE.
« J’ai trouvé qu’on tuait pas assez de monde »
Si un président peut décider de la mort d’un homme, le service action exécute les yeux fermés. Si Martinet a l’air d’avoir la (grosse) tête sur les épaules, on voit ce que ce permis de tuer peut donner en bas de l’échelle. Lui qui veut susciter des vocations...
Maintenant c’est vrai, ça ne concerne plus vraiment la France. Pourquoi ? Tous les acteurs sont morts, par une incroyable concours de circonstances.
« Une affaire qui concerne surtout les États-Unis d’Amérique ». pic.twitter.com/fksPEv6gzx
— Didier Maïsto (@DidierMaisto) July 27, 2026
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