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Jack Ondombo a voulu payer sa bière avec une pièce de monnaie de 500 F. Refus net. Vendredi dernier, dans un snack-bar du quartier Mbalia II à Yaoundé, le client a compris que la démonétisation lancée par la BEAC l’avait précédé. Pourtant, les pièces de l’ancienne gamme restent valables jusqu’au 1er novembre 2026. Dans les commerces, personne ne veut attendre : on refuse, par précaution, par ignorance, ou par peur de rester avec le seau sur les bras.
Une panique avant l’heure
Le scénario se répète. À Yaoundé, Louis Essama, agent de maîtrise dans une entreprise brassicole, attend mercredi matin un taxi pour rejoindre son lieu de service. Le chauffeur lui réclame la course, 200 F dans 500 F, et refuse la pièce. Même scène dans un supermarché du quartier Ekié, à Yaoundé IV : Edwige Ngo Bahiya, tombée des nues, voit la caissière écarter sa pièce de 500 F pour régler une bouteille d’eau minérale. Sans explication. Un billet de 1000 F lui sauve la mise.
Le phénomène est tellement préoccupant que même dans les statuts WhatsApp, les plaintes enflent partout à travers le pays. De plus en plus de chauffeurs de taxis, de caissières des grandes surfaces, de boutiquiers et de pompistes des stations-service refusent aussi les pièces de 100 F, au motif qu’elles ne sont plus utilisables.
Marie Ekamba, ménagère, admet ne plus savoir quoi faire du seau de 15 litres de pièces de 100 F qu’elle gardait chez elle.
Un seau. De 15 litres. Chez une ménagère.
Ce que dit réellement la note de la BEAC
Et pourtant, la note d’information de la Banque des États de l’Afrique centrale, publiée en semaine et relayée sur les réseaux sociaux en fin de week-end, est assez claire sur le sujet. Les pièces de l’ancienne gamme, mises en circulation entre 1958 et 1985, seront démonétisées à compter du 1er novembre.
Le calendrier de retrait comporte deux phases :
- Du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, soit neuf mois : échange aux guichets des établissements de crédit et de microfinance, ainsi qu’aux guichets de la BEAC.
- Du 1er août au 31 octobre 2027, soit trois mois : échange exclusivement aux guichets de la BEAC.
Ce n’est qu’à compter du 1er novembre 2027 que ces pièces cesseront définitivement d’être échangées, quels que soient les guichets. La note est signée du gouverneur de la BEAC, datée du 18 octobre dernier.
Les pièces concernées vont de 1 à 500 FCFA, dans leurs différentes versions, selon l’infographie de la BEAC publiée avec l’article.
On le voit : les commerçants n’ont aucune raison légale de les refuser avant le 1er novembre. Certains l’ont compris à leurs dépens. Beaucoup d’autres, pas encore.
Le vrai problème : le flou
C’est le moins qu’on puisse dire : la communication a laissé une zone grise. La note de la BEAC est claire sur le papier, mais elle circule sur WhatsApp, pas dans les marchés de Mokolo, ni aux arrêts de taxis de Mvog-Ada. Entre l’annonce et le terrain, le fossé est large.
Ce qui frappe, c’est la vitesse de la réaction. Refuser une pièce encore valable, c’est s’exposer à l’illégalité, puisque le franc CFA est une monnaie ayant cours légal. Mais personne ne veut se retrouver avec un stock mort à partir du 1er novembre.
Autre point que la Beac ne tranche pas : que risque exactement un commerçant qui refuse une pièce valide ? Les textes ne le précisent pas. Et on ne sait pas non plus combien de pièces de l’ancienne gamme circulent encore au Cameroun.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]


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