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Chaque période potentiellement révolutionnaire de l’histoire depuis un siècle ramène toujours systématiquement Marx, Engels et leur “programme communiste” hors des placards. La critique de Marx a été faite à son époque déjà et les échanges entre Marx et Bakounine sont devenus légendaires. En ce qui nous concerne, nous mettons toujours en garde contre l’extension politique pratique de la critique de Marx de l’économie politique. Marx fut sans aucun doute un grand penseur et son immense contribution au domaine de la politique et de la critique de l’économie politique réside dans son “Capital”, qui aide toujours aujourd’hui à comprendre les rouages étatico-marchands et leur devenir depuis qu’ils furent mis en place par l’humain. Ceci dit, l’extrapolation faite de cette critique en une “science parfaite de l’histoire” dont chaque évènement ne serait que l’implacable réalité d’un déterminisme historique dont les Hommes seraient exclus, laisse parfaitement à désirer. Avec Marx, “les conditions objectives” du grand chambardement ne sont jamais remplies pour le succès révolutionnaire et c’est toujours le modèle du “Demain on rase gratis” qui se perpétue…
Les applications pratiques du “programme communiste” marxiste n’ont fait que démontrer l’impossibilité empirique des concepts sans remettre en cause la base même de ce qui nous exploite : la relation dominant/dominé qui n’est pas une relation économique mais radicalement politique. Si nous suivons le système étatico-marchand, ses rouages font que le rapport de domination et d’exploitation est inéluctable, ce qu’explique très bien Marx. Mais tout ceci est un choix de base, parce que création humaine. Tout ce que fait l’Homme peut être défait. Il ne s’agit en rien d’une relation “naturelle” mais artificielle. L’économie n’est pas une “science” et ne saurait en être une ; c’est une fabrication humaine qu’aucune loi naturelle ne régit, jamais. L’origine en étant le moment de la sortie du pouvoir, c’est à dire de la capacité décisionnaire du corps social, pour n’être maintenu qu’en dehors de celui-ci et piloté par une caste de de facto privilégiés. Ceci fut d’abord un rapport politique avant de devenir économique. En cela, comme le disait l’anthropologue politique Pierre Clastres, l’”économique” est une dérive du politique et non pas l’inverse. Ceci est une orientation politique qui n’est pas irréversible… sauf par la création de l’État et de ses institutions, qui sont le verrou, artificiellement créé, contre tout retour à une société à pouvoir non-coercitif et anti-autoritaire. La linéarité historique marxiste est un leurre, une falsification commode au dogme proposé, mais en rien conforme à la réalité anthropologique et historique. Le déterminisme historique marxiste se heurte à la réalité de terrain archéologique et anthropologique. Certes Marx et Engels n’avaient pas beaucoup de données anthropologiques à leur époque et le sachant, cela n’aurait jamais dû les inciter à affirmer péremptoirement que l’humanité passe d’un stade à un autre irrémédiablement et que “l’histoire ne repasse jamais les plats”… Elle passe grand temps à le faire bien au contraire, comme si elle désirait que nous en “reprenions” encore et encore de notre connerie, à moins que, “Ruse de la Raison” si chère à Hegel oblige, elle ne nous nargue et nous défie de comprendre et de changer son cours… La théorie marxiste est faussée, biaisée, sauf dans sa phase d’analyse économique et de l’avènement du système capitaliste. Il y a à prendre et à laisser chez Marx. Son “Capital” est une nécrologie du capitalisme autant que son histoire et une analyse majeure de l’humanité en philosophie politique, mais sa théorie “historique scientifique” menant à une anthropologie erronée est risible. Les guerres de clochers sont inutiles et contre-productives. Les anarchistes doivent reconnaître les bonnes analyses de Marx et Engels, laisser le reste au rebut de l’histoire et les marxistes doivent se rapprocher de l’empirisme anarchiste de la société sans état anti-autoritaire, qui a prouvé historiquement fonctionner pourvu qu’on la laisse suivre naturellement son cours. Nous ne sommes pas antagonistes mais complémentaires. Nous sommes du reste tous d’accord sur la dernière phase du “Manifeste du Parti communiste” : “Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !” C’est un bon début, partons donc tous de là pour enfin réaliser notre humanité dans la société des sociétés…
~ Résistance 71 ~
“Réfléchir sur l’inégalité, la division sociale, les classes sociales, la domination revient à réfléchir sur le politique, sur le pouvoir, sur l’État et non pas sur l’économie et la production. L’économique provient du politique, les relations de production proviennent de la relation de pouvoir, l’État engendre les classes.”
~ Pierre Clastres, “La société contre l’État”, 1974 ~
Bakounine sur Marx et le programme marxiste (1872)
Traduit de l’anglais par Résistance 71
Et
Réflexions sur le “Manifeste du Parti Communiste” de Marx-Engels (1848)
Mai 2026
“Vous pouvez très bien voir que derrière toutes les phrases démocratiques et socialistes et les promesses dans le programme de Marx pour l’État, se tient tout ce qui constitue la véritable nature brutale et despotique de l’État, de tous les états, quel que soit la forme de leur gouvernement.”
“Mais Marx ne croit pas en Dieu, mais il croit profondément en lui-même. Son cœur n’est pas rempli d’amour mais de rancœur. Il ressent peu d’attirance pour les humains et devient aussi furieux et bien plus méchant que Mazzini quand quelqu’un ose remettre en question l’omniscience de la divinité qu’il adore, Mr Marx lui-même. Mazzini voudrait imposer au monde l’absurdité de dieu, Mr Marx s’imposer lui-même. Je ne crois ni en l’un ni en l’autre, mais si j’étais forcé d’en choisir un, je préférerais le dieu mazzinien.”
“Il n’est pas difficile de prouver que Mr Marx est aussi un homme pour l’État. Il aime le gouvernement à un tel point, qu’il voulait en établir un au sein de l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T) et il adore tant le pouvoir qu’il voulait, et désire toujours aujourd’hui, nous imposer une dictature. Son programme politique socialiste est la fidèle expression de son attitude personnelle. L’objectif suprême de tous ses efforts, comme il l’a proclamé dans les statuts fondamentaux de son parti en Allemagne, est l’établissement d’un grand état populaire [Volksstaat].”
“L’Internationale des Travailleurs est la négation du patriotisme et donc la négation de l’État. Donc, si Mr Marx et ses amis du parti social-démocrate allemand arrivent à introduire le principe étatique dans notre programme, cela détruirait l’Internationale.”
“Mais dans cet état populaire de Mr Marx, on nous dit qu’il n’y aura pas de classe privilégiée. Que tout le monde sera égal, pas seulement sur le plan politique, juridique, mais aussi sur le plan économique. […] Il n’y aura plus de classes, mais il y aura un gouvernement et notez-le bien, un gouvernement très complexe. Il ne se contentera pas seulement d’administrer et de gouverner les masses politiquement, comme les gouvernements d’aujourd’hui, mais il administrera aussi les masses économiquement, concentrant aux mains de l’État les moyens de production et la division de la richesse, l’agriculture, l’établissement du développement des usines, l’organisation directe du commerce et finalement, l’application du capital à la production par le seul banquier… l’État. Ce sera le règne de l’intelligence scientifique, le plus aristocrate, élitiste, despotique et arrogant de tous les régimes. Il y aura une nouvelle classe, une nouvelle hiérarchie, de véritables et de faux scientifiques et universitaires et le monde sera divisée en une minorité dirigeante au nom de la connaissance et une majorité ignorante et ensuite… Malheur à la masse des ignorants !.. Il y aura le besoin d’une force armée considérable, car le gouvernement doit-être fort, nous dit Mr Engels, pour contrôler la masse de ces millions d’illettrés.”
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Voici ce qui est dit dans le texte du “Manifeste du Parti communiste” de Marx et Engels (1848) confirmant ce que dit Bakounine ci-dessus, un Bakounine qui non seulement avait lu Marx, mais l’avait traduit en russe pour publication en Russie. Ouvrage politique que Marx a “canonisé” en disant qu’on ne peut y changer une virgule. Ce petit ouvrage de 42 pages est emblématique de ce qu’est Marx : un très bon analyste qui passe de la clairvoyance à l’opacité, de la brillance au dogmatisme, qui finalement débouchera sur un autoritarisme malsain.
Notons au passage que le titre de l’ouvrage est bel et bien “Le manifeste du Parti communiste”, titre qui figure également dans les innombrables préfaces écrites par Marx et Engels pour les différentes éditions en langues étrangères au fil des ans et de leur vivant, y compris dans la dernière de l’édition italienne de 1893 écrite par Engels après la mort de Marx, 45 ans après l’édition originale. Il est important de le préciser, parce que très “bizarrement”, le mot “parti” a souvent depuis le XXème siècle été escamoté du titre pour en faire un “Manifeste communiste”, comme si cela représentait le communisme dans ce qu’il est et demeurera pour les siècles des siècles (“amen” dirait Marx…), l’évangile du “communisme” et sa seule “référence sérieuse” ; non sens total.
Dans la section 2 de l’ouvrage il est écrit ceci :
“Le prolétariat utilisera sa suprématie politique pour arracher par degrés, tout le capital de la bourgeoisie, de centraliser tous les instruments de production aux mains de l’État, c’est à dire du prolétariat organisé en classe dirigeante…” On passe d’une dictature à une autre, sans remise en cause des racines profondes du système étatico-marchand qu’on n’abolit pas mais qu’on réaménage, réforme au mieux avec un prolétariat qui dirige par les rouages de l’État, que gère une nouvelle caste dominante, qui deviendra en URSS la “Nomenklatura”, avec à sa tête les “cadres du parti”, le Politburo et ses laquais suivant la voie hiérarchique descendante. Hypocrisie totale, inhérente au système proposé. Rien d’étonnant donc à ce que les anarchistes s’y soient opposés et s’y opposent toujours.
Plus loin dans la même section du texte :
“Dans les pays les plus avancés, ce qui suit sera généralement applicable [s’ensuivent 10 points dont…]
2- un impôt sur le revenu lourd et progressif
5- Centralisation du crédit aux mains de l’État, au moyen d’une banque nationale au capital d’état et au monopole exclusif.
6- Centralisation des moyens de communication et de transport aux mains de l’État
7-Extension des usines et des instruments de production propriétés de l’état.
[…]
Notons ici que le “programme communiste” ne remet en rien en cause le rapport marchand dirigeant la société humaine, il ne fait que l’adapter et y participer. De fait, aucun des états marxistes dans l’histoire n’a remis en cause le système, ce n’est qu’une adaptation toujours sous contrôle des banquiers transnationaux, de l’URSS de Lénine à la Chine de Mao et de Xi Jin Pin aujourd’hui… Capitalisme d’état à tous les étages, privilèges à l’avenant. L’histoire prouve que Bakounine et les anarchistes avaient et ont toujours raison sur le devenir de la société humaine.
Dans la section 4 du “Manifeste du Parti communiste”, les auteurs discutent des alliances politiques :
“En France, les communistes s’allient avec les socio-démocrates contre la bourgeoisie radicale et conservatrice, se réservant un droit de position critique…”
“En Allemagne, ils combattent avec la bourgeoisie quand elle agit de manière révolutionnaire contre la monarchie…”
“Les communistes tournent essentiellement leur attention vers l’Allemagne, parce que ce pays est au soir d’une révolution bourgeoise […] qui sera le prélude de la révolution prolétarienne qui suivra.”
C’est à dire des alliances politiques de circonstance au sein de l’appareil d’état manifestant un certain opportunisme systémique.
Notons que dans la préface de l’édition allemande du “Manifeste” de 1872, la même année où Bakounine écrivit ce que nous avons traduit et reproduit ci-dessus, Marx et Engels disaient ceci : “Le Manifeste est devenu un document historique que nous n’avons plus le droit d’altérer.” Voilà donc le texte canonisé par leurs excellences. Quand on en arrive à ce stade, dogme et culte de la personnalité sont mûrs pour une dérive autoritaire. On a vu la suite et où cela a mené la 1ère Internationale, jusqu’aux massacres des anarchistes ukrainiens et de Cronstadt entre 1918 et 1923 et ceux de Barcelone de 1937 à 1939, la trahison des conseils ouvriers italiens de 1920 et hongrois de 1956 par leurs partis communistes respectifs, l’élimination de la branche anarchiste cubaine (Cienfuego) et la trahison trotskiste perpétuelle et sans frontières.
Décidément, le marxisme tel que pratiqué depuis Marx et Engels, ne fut qu’une collaboration avec le système étatico-marchand qui, à terme, le finança (Lénine fut financé par la City de Londres via des banques allemandes et Trotsky s’en vint de New York via le Canada où il fut arrêté puis relâché sur ordre, avec du fric de Wall Street, cf les recherches de l’historien Anthony C. Sutton), il n’est pas une solution au problème étatico-marchand, mais partie intégrante de celui-ci, littéralement. Lire ci-dessous…
— Résistance 71 —
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Lectures complémentaires :
Pierre Clastres : les marxistes et leur anthropologie :
Pierre Clastres sur Résistance 71
Notre page “Anthropologie politique”
Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)
Comprendre et transformer sa réalité, le texte:
Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »
+
5 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:
Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être
Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche
Manifeste pour la Société des Sociétés
Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie
Société des sociétés organique avec Gustav Landauer
This entry was posted on 9 Mai 2026 at 4:05 and is filed under actualité, altermondialisme, crise mondiale, documentaire, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, société des sociétés, terrorisme d'état with tags anarchie contre matérialisme historique marxiste, bakounine contre marx, dissidence a l'oligarchie, dissidence au nouvel ordre mondial, guerre contre le terrorisme d'état, karl marx Proudhon bakounine, marx anarchisme, marx bakounine, marxisme capitalisme d'état, résistance politique, société état et démocratie, terrorisme d'état. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.


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