Pour ses vacances, l’un de mes amis prépare tous ses voyages sur un tableau Excel, pauses goûter comprises. Cela m’interroge: ne perd-on pas son temps à trop vouloir en gagner? On planifie tout, dans le monde professionnel, à grand renfort de Doodle, de Google Agenda, de réunions Teams, programmées trois semaines à l’avance. D’où vient cette manie de remplir les cases de son agenda pour qu’il ne reste aucun espace vide?
Elle est sans doute encouragée par toutes ces apps et autres outils numériques qui nous promettent: «Passez plus de temps à agir et moins à planifier grâce à un agenda optimisé par l’IA.» D’ailleurs, le mot «agenda» vient du verbe latin «agere» («faire», «agir»). Littéralement: to-do list. Remplir son agenda permettrait donc d’agir plus et de parler moins. Une prévoyance, une sagesse même, qui semble bien inspirée par les stoïciens, comme Sénèque, qui écrit dans son traité De la brièveté de la vie: «Nous n’avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup.» La clé du bonheur, ou de la sagesse stoïcienne, c’est de distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Or si le temps ne nous appartient pas vraiment, qui passe irrésistiblement et peut s’arrêter d’un coup, la manière dont nous l’occupons dépend de nous, si bien qu’on peut en perdre ou en gagner, et qu’un plus jeune peut avoir vécu déjà bien plus longtemps qu’un plus vieux. «Calcule l’emploi de ton temps», écrit bel et bien Sénèque, qui loue le sage «économe», sachant s’organiser: «Ainsi notre vie a beaucoup d’étendue pour qui sait en disposer sagement.»


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