NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Ajouter Le Figaro
à vos sources préférées

FIGAROVOX/TRIBUNE - Le ministère chinois du commerce a critiqué le 22 juillet les «restrictions discriminatoires» de la loi française anti-fast fashion. Selon l’historien, les différends entre Chinois et Européens dépassent aujourd’hui la question de la mode et du textile.
Philippe Fabry est historien du droit, des institutions et des idées politiques et docteur en droit.
La guerre commerciale sino-européenne aura-t-elle lieu ? Le 29 juin 2026, lors d’une réunion à Bruxelles, Chinois et Européens ont décidé de tenir des négociations jusqu’au mois d’octobre pour tenter de régler des tensions de plus en plus significatives. Dans ce contexte les déclarations du ministère chinois du commerce du 22 juillet dernier, formulées en réponse à des journalistes l’interrogeant sur la loi française «anti-ultra fast-fashion», n’apparaissent pas comme une protestation diplomatique ordinaire, mais donnent la position de la Chine sur le principe des dispositions occidentales visant à rogner ses avantages commerciaux. Il les qualifie ainsi de «restrictions discriminatoires», procédé qui «fausse gravement la concurrence par le biais de la législation» en mettant en œuvre des « mesures d’exclusion » sous un prétexte de «protection de l’environnement» et de «durabilité», ce qui «semble violer le principe de non-discrimination de l’OMC et constituer une barrière commerciale à l’encontre de la Chine». Et d’exhorter la France à respecter les règles de l’OMC en supprimant cette législation, en avertissant que des mesures nécessaires seraient prises si elles étaient maintenues – c’est-à-dire, évidemment, des représailles économiques.
Cette réaction s’inscrit dans une stratégie désormais assumée de riposte face aux tentatives protectionnistes des pays occidentaux, un quart de siècle après leur accueil de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce : depuis plusieurs années, la république populaire a démontré sa capacité à mobiliser l’arme commerciale contre des partenaires jugés hostiles – commercialement ou politiquement. Ainsi contre l’Australie, à partir de 2020, des droits de douane et restrictions non officielles ont frappé l’orge, le vin, le bœuf, le charbon ou encore le bois, en réponse notamment à l’appel de ce pays à une enquête internationale sur les origines de la Covid-19. Face à la Lituanie, après l’ouverture d’un bureau de représentation taïwanais à Vilnius en 2021, un embargo de fait a été imposé, allant jusqu’à bloquer des marchandises européennes contenant des composants lituaniens. Le Canada a, quant à lui, essuyé des restrictions ciblant ses exportations agricoles (colza, porc, pois) après avoir aligné ses tarifs sur les véhicules électriques chinois sur ceux des États-Unis. L’Union européenne n’a pas été épargnée : aux droits compensateurs sur les véhicules électriques (jusqu’à plus de 35 % selon les constructeurs) ont répondu des enquêtes chinoises sur le porc, le cognac ou les produits laitiers européens.
À compter du 1er septembre, un malus financier progressif s’appliquera aux produits de mode éphémère, accompagné d’une interdiction de publicité « classique » ou via influenceurs.
Philippe FabryDans chacun de ces cas, Pékin a illustré sa volonté de transformer le rapport de force économique en instrument de dissuasion, à l’image de ce que pratiquent les États-Unis depuis longtemps, et en particulier sous la présidence de Donald Trump. Les tensions commerciales sino-européennes s’accumulent donc : droits de douane sur les véhicules électriques, restrictions d’accès aux marchés publics, enquêtes antisubventions, contrôles renforcés des investissements chinois, limitations sur certaines technologies sensibles. La proposition de loi française contre l’ultra-fast fashion, définitivement adoptée fin juin 2026, s’inscrit dans cette dynamique. À compter du 1er septembre, un malus financier progressif s’appliquera aux produits de mode éphémère, accompagné d’une interdiction de publicité «classique» ou via influenceurs. Les plateformes visées, explicitement identifiées par certains responsables français, sont Shein, Temu et AliExpress. Des critiques internes en France ont d’ailleurs souligné que des acteurs européens comme Zara ou Kiabi semblaient relativement épargnés, tandis que la Commission européenne a émis des réserves sur la conformité de certaines dispositions publicitaires avec le droit de l’Union, raisons pour lesquelles Pékin y voit une discrimination ciblée contre ses entreprises.
Après l’affrontement douanier de 2025 avec les États-Unis, et un accord qui tient plus de la trêve que d’une véritable paix, et le retour de nouveaux tarifs en juillet 2026, l’Union européenne a déjà subi, au premier trimestre 2026, une baisse notable de ses exportations vers les États-Unis, environ – 30% en valeur. L’Europe en général, et la France en particulier, sont-elles prêtes à ouvrir un deuxième front et supporter une escalade commerciale avec la Chine, devenue elle aussi un partenaire économique incontournable ? La Chine demeure un marché essentiel pour plusieurs secteurs français — luxe, aéronautique, agroalimentaire, vins et spiritueux — tout en étant un fournisseur incontournable de biens intermédiaires, de composants électroniques et de produits de consommation.
Une riposte chinoise, qu’elle prenne la forme de restrictions ciblées, d’enquêtes antidumping ou de ralentissements administratifs, pourrait rapidement se faire sentir dans des filières déjà sous tension. Dans le même temps, l’accumulation de contentieux révèle une Chine qui n’accepte plus, comme il est devenu banal de le remarquer, d’être uniquement l’atelier du monde : elle entend défendre agressivement ses intérêts et dissuader les États européens d’adopter des initiatives qu’elle considère hostiles. L’affaire dépasse donc la question de la fast-fashion, et même du textile. Elle met en lumière une nouvelle phase dans laquelle Pékin assume un rapport de force économique comparable à celui des grandes puissances, rendant coup pour coup et multipliant les signaux d’avertissement. Les prochaines semaines, avec l’entrée en vigueur progressive de la loi française et le suivi chinois de ses modalités d’application, montreront si cette logique de dissuasion mutuelle débouche sur une nouvelle escalade ou sur une forme de stabilisation. Leur issue pèsera inévitablement sur les négociations en cours entre Pékin et Bruxelles.


6 hour_ago
28



























.jpg)






French (CA)