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Depuis des années, les difficultés d’accès à un médecin de famille font couler beaucoup d’encre au Québec. Mais dernièrement, c’est le terme « médecin de famille » qui est remis en question par plusieurs, ces professionnels de la santé ne suivant pas nécessairement tous les membres d’un même foyer. Devraient-ils pour autant porter un autre titre ? On fait le point.
Sur les réseaux sociaux, les commentaires critiquant cette appellation reviennent régulièrement ces derniers mois. « Un médecin “de famille”, ça le dit dans le nom, il devrait prendre toute la famille, c’est un avantage de connaître toute une famille pour connaître les antécédents familiaux », écrit un internaute à propos de l’accès aux soins à Montréal. « Ma médecin de famille […] a refusé de prendre mon conjoint [car] elle est débordée », affirme une autre.
L’appellation « médecin de famille », utilisée à la grandeur du pays, peut créer certaines attentes, reconnaît la Dre Élise Boulanger, qui préside le Collège québécois des médecins de famille. « Mais en soi, le nom n’a jamais nécessairement [été une promesse] de prendre toute la famille. Il promettait plutôt de soigner la personne à toutes les étapes de sa vie. »
En médecine familiale, la relation de confiance est primordiale, car elle permet au professionnel de mieux saisir la réalité du patient, souligne la Dre Boulanger. « Avoir un même médecin pour toute la famille peut être un atout, mais ce n’est pas toujours le bon fit », ajoute-t-elle.
Si l’accès aux soins de première ligne — comme en groupe de médecine de famille (GMF) — était plus facile, le terme « médecin de famille » susciterait beaucoup moins de débats, estime-t-elle, affirmant toutefois comprendre « la frustration » de certains Québécois.
Une spécialité
Il faut préciser que la médecine familiale est une spécialité en soi, reconnue depuis 2010 par le Collège des médecins du Québec. La résidence dure deux années.
Mylaine Breton, professeure au Département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Sherbrooke, privilégie d’ailleurs l’appellation « médecin de famille ». Ce titre renvoie à la spécialité et reflète mieux sa portée que le terme « omnipraticien », explique-t-elle. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, pour sa part, dit employer les deux appellations.
Quant à l’expression « médecin de première ligne », elle serait toutefois réductrice, affirme la Dre Boulanger. S’il est vrai que plusieurs exercent en GMF ou en CLSC, leur expertise est également mise à profit dans d’autres milieux, comme les urgences, l’obstétrique ou les unités d’hospitalisation.
« Un système de santé performant a des médecins de famille ailleurs qu’en première ligne aussi, parce qu’ils peuvent prendre les patients dans leur globalité », dit-elle.
Soins de proximité
L’idée de « médecin de famille » évoque aussi un médecin de proximité, ajoute pour sa part Mylaine Breton. Celui-ci devrait exercer près de la population qu’il soigne, au sein d’une équipe interprofessionnelle qui répond aux besoins des patients.
Elle salue à cet égard la politique de Québec sur les soins et services de première ligne, dévoilée au printemps dernier. Le gouvernement veut désormais retourner à cette idée de rattacher chaque Québécois à un territoire de CLSC pour qu’il reçoive des soins près de chez lui, résume-t-elle.
« C’est une belle vision, mais là, il faut se donner les moyens et un plan d’action pour la rendre réelle », souligne Mme Breton.
Joint par Le Devoir, le ministère de la Santé et des Services sociaux indique que le plan d’action est en cours d’élaboration et qu’il sera déposé en 2027. Une démarche de consultation a été mise en place et se poursuivra tout au long de l’automne, ajoute-t-il.


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