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«Peut-être qu’un jour on enverra des tracts par AirDrop» : à quelques jours des municipales le rituel du tractage résiste au numérique

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REPORTAGE - La distribution de tracts a animé, ces dernières semaines, le marché de Houilles, dans les Yvelines. Une pratique ancienne, concurrencée par les réseaux sociaux, mais encore présente pour tenter d’informer les habitants avant les élections municipales.

«Bonjour, derniers jours avant les élections !» Ce mercredi 11 mars, c’est sous la pluie, mais avec le sourire que les supporters de Julien Chambon, le maire actuel de Houilles (LREM), candidat à sa réélection, se tiennent devant le marché pour distribuer des tracts. Depuis le lancement de la campagne municipale, en septembre 2025, les différents candidats de cette petite commune des Yvelines et leurs équipes, se mobilisent activement pour faire connaître leurs programmes à travers ces brochures. «Intense», c’est ainsi que Martine Bellet-Brehaut, décrit ces moments : «À la gare, les usagers sont pressés de prendre leur train. Sur le marché et aux entrées des moyennes surfaces, on a plus de temps pour discuter et les passants peuvent poser leurs questions.».

Pendant les élections, la distribution de tracts est un «rituel», comme le souligne Dominique Andolfatto, politologue. Selon lui, elle «participe à la scénarisation et à la théâtralisation dont une élection a besoin». Il ajoute qu’au-delà de l’intention de convaincre les citoyens, le tractage pousse les électeurs à se rendre aux urnes, car, en voyant toutes les équipes sur le terrain, «monter au front», ils prennent conscience de l’importance de l’événement.

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Ce processus permet également aux habitants de rencontrer les candidats en personne, d’échanger sur le programme et de poser des questions. «Regarder une vidéo, ce n’est pas la même chose que voir quelqu’un en chair et en os en face de soi», explique Julien Chambon, en saluant les habitants. «Ça permet aussi d’aborder des sujets plus personnels, parfois de vie, donc c’est important d’être sur le terrain, à disposition des gens», ajoute l’édile. Et si certains ne discutent pas immédiatement, il est toujours possible de le faire plus tard. C’est ce que nous explique Romain Bertrand, candidat aux municipales de Houilles sans étiquette politique, et l’un des principaux concurrents de Julien Chambon. Abrité de la pluie par l’auvent d’une boulangerie, il explique : «Parfois, les gens prennent le numéro de téléphone qu’il y a sur nos tracts et nous appellent après pour faire un point ou approfondir des sujets.».

Un moyen d’information «complémentaire» aux réseaux sociaux

Mais cette pratique ancienne cohabite désormais avec les plateformes numériques. Selon une étude de l’ARCOM, publiée en janvier 2026, 4 Français sur 10 s’informent tous les jours sur les réseaux sociaux. Pour Dominique Andolfatto, le tractage est «une forme de réseau social vivant». Ces deux moyens de communication, bien que différents, se complètent. C’est ce que confirme Grégoire, qui tracte sur le marché de Houilles pour Julien Chambon: «C’est complémentaire car, pour le plus grand nombre, tracter permet de faire connaissance et de répondre à des questions très précises sur son quartier, par exemple. Le numérique, lui, permet de développer une vision et d’avoir une projection de la liste et du candidat.».

Les médias sociaux offrent aussi la possibilité d’engager des discussions : «Il m’est arrivé d’avoir des gens qui échangeaient avec moi sur les réseaux sociaux. Un jour on se rencontre en vrai à l’occasion d’un tractage, on peut discuter et ça enrichit la relation», raconte Julien Chambon. C’est également utile pour approfondir des recherches car, parfois, «on regarde un tract et on se dit, tiens, je vais aller regarder et m’intéresser sur internet», témoigne Laure De la Taste, une passante.

«Je sais depuis longtemps pour qui je vais voter »

En revanche, les outils numériques ont l’avantage de pouvoir toucher un plus large panel car, dans une ville de 34.000 habitants, il est difficile d’échanger avec l’ensemble des citoyens pendant la distribution de tracts. C’est ce qu’affirme le maire de la ville : «Tout le monde n’est pas au même moment avec vous, à la gare ou sur le marché». Mais l’inconvénient des réseaux sociaux c’est qu’«il y a tout et rien. Les gens râlent à propos de crottes de chien ou créent de la polémique juste pour le buzz», déplore Laure De la Taste. Les débats réels sont souvent plus intéressants. Les participants ne peuvent plus se cacher derrière leur écran, ils réfléchissent davantage à ce qu’ils disent pour que ce soit pertinent.

Ce mercredi, au marché de Houilles, la plupart des Ovillois prennent les tracts qu’on leur tend. Mais en réalité, leur choix est souvent déjà fait. «Je prends par gentillesse mais je survole et je sais depuis longtemps pour qui je vais voter !», explique Martine Busin, une habitante de Houilles en train de faire son marché. Même principe pour Laure De la Taste : elle prend tous les tracts «par souci d’égalité et pour faire un choix éclairé», mais cela ne remet pas en question son choix final. Mais Romain Bertrand persiste à croire que l’opinion des lecteurs peut toujours évoluer : «Ce qui change l’opinion, c’est l’échange qu’on peut avoir pendant les tractages». Surtout à l’approche de la fin de l’élection car, certains citoyens hésitent encore, les tractages peuvent donc permettre «un arbitrage final.»

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«Rien ne remplacera le contact humain»

Grégoire aussi est optimiste. Il y a quelques années, la mort des livres a été annoncée, et pourtant, les gens lisent toujours, rappelle-t-il. Pour lui, «il n’y aura pas de fin du tractage parce que rien ne remplacera le contact humain, et encore moins dans le cadre d’une campagne municipale !» Cependant, tous ne partagent pas cet avis, comme Nicolas Rodrigues, qui distribue lui aussi des tracts devant le marché, en soutien à Romain Bertrand : les tracts «peuvent disparaître un jour ou l’autre avec le développement des réseaux et de l’intelligence artificielle.»

C’est aussi l’opinion de Romain Bertrand, qui admet en souriant que, si pour l’instant, les citoyens restent attachés au format papier, «peut-être qu’un jour on enverra des tracts par AirDrop de téléphone à téléphone.» Cela pourrait changer avec le temps : «Il faudra alors trouver d’autres formes, peut-être des points de rencontre ou des meet-ups, comme le font les influenceurs.» En effet, du point de vue de notre politologue, le tractage va évoluer et il évolue déjà car, «on ne parle déjà plus de tracts, mais de flyers.» On essaie de moderniser cette distribution, et «le tract d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’on distribuait il y a 30 ou 40 ans.».

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