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"Petite Pluie" de Garth Greenwell: ce que la maladie fait à l’âme de l’homme

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En 2020, alors que le covid sème la mort et la désolation, contraignant nos existences comme jamais, le narrateur de Petite Pluie est saisi de violentes douleurs dans le ventre, puis dans le dos. Celui en qui on ne peut que voir un double de l'auteur, Garth Greenwell, tarde pourtant à pousser les portes d'un hôpital. Quand il s'y résout, on lui apprend qu'il est un miraculé : la déchirure de l'aorte dont il souffre aurait pu l'emporter, tant il a attendu avant de consulter. Dans 75 % des cas, le malade n'y survit pas.

Une curiosité

Pour les médecins qui se succèdent à son chevet, il est un cas atypique, intriguant, une curiosité : jeune et en bonne santé, il n'est pas le patient type de ce genre de pathologie. Soigné aux soins intensifs, il découvre une organisation erratique. Certains sont attentionnés et consciencieux, mais pas tous. Surtout, une grande improvisation semble régner. Est-ce à cause de la mobilisation qu'exige l'épidémie en cours ? Est-ce constitutif à cet hôpital d'Iowa City ?

Les adieux poignants de Julian Barnes : "Ceci est mon dernier livre"

Les journées qui s'étirent lentement, dans un contexte où l'on peine à lui signifier ce qui l'attend, et donc à lui donner des raisons d'espérer, sont pour le narrateur l'occasion de plonger dans ses souvenirs. Le premier d'entre eux est sa rencontre avec L., son compagnon, qui ne peut lui rendre visite qu'une heure chaque jour. Tous deux poètes, ils s'étaient rencontrés un peu par hasard lors d'un repas festif. Mais le narrateur déroule aussi pour nous son histoire familiale (une famille recomposée, un père violent), les circonstances de l'achat de sa maison (et les travaux imprévus qui ont été nécessaires pour la sauver), les dégâts causés à celle-ci lors d'une récente tempête. Et c'est encore l'occasion de partager ce que représente pour lui la poésie dans sa vie – sa force, son pouvoir, son mystère, les auteurs qui comptent. De même pour la musique.

Intensément intime

Puis, çà et là, le texte peut devenir intensément intime. Lorsqu'il dépeint sa relation à L. Ou qu'il décrit le rapport qu'il a avec son corps. Ou quand il s'interroge sur ce qui, jusqu'ici, a guidé sa vie : "j'avais tellement perdu mon temps, à voyager, à enseigner, je m'étais enveloppé dans des obligations qui m'avaient empêché d'écrire". Une certitude s'impose alors : "Je voulais devenir vieux, je voulais travailler jusqu'à être vieux, je voulais voir ce que je pourrais faire, je veux dire, les poèmes que je pourrais écrire, et aussi la vie que je pourrais avoir avec L." Pour conclure, démuni : "Mais les êtres humains ne sont jamais philosophes, je ne crois pas vraiment, en tout cas j'étais tout sauf philosophe, une chose minuscule ratatinée, un bout de matière terriblement apeuré, fondamentalement insignifiant, le monde entier."

Quand la vie qui palpite à nouveau malgré la maladie

Si le titre est tiré d'un poème, c'est plus sur la forme (qui a évidemment son incidence sur le fond) qu'il faut comprendre les mots Petite Pluie : si la petite pluie tombe en douceur, sans faire de bruit, elle finit par mouiller. Et, disent les grands sportifs, elle permet une meilleure oxygénation. Ainsi agit ce texte : sa fluidité fait qu'il nous pénètre sans qu'on s'en rende vraiment compte. Mais au final, on est bien "trempé" : quelque chose s'est déposé en nous, apportant comme une conscience renouvelée.

Comme un animal en cage

Au terme d'une hospitalisation qui aura duré une dizaine de jours, pendant lesquels le narrateur s'est senti comme un animal en cage, le retour à la vie a une saveur particulière. Couronné par le prix PEN/Faulkner 2025, Petite Pluie prouve, en le formulant mais plus encore en l'incarnant, que l'art est "laboratoire de pensée, où tester des idées, pas juste de manière abstraite mais avec émotion, afin que nous puissions vivre avec elles et les mener à bonne fin".

Petite Pluie | Roman | Garth Greenwell, traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard | Grasset, 416 pp. Prix 25 €, numérique 17 €

EXTRAIT

"Qu'est-ce qui confère de la valeur au temps, le fait de savoir qu'il nous est compté ou l'illusion de son caractère éternel, qu'est-ce qui enlève de la valeur."

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