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Peter Mertens était président du PTB avant Raoul Hedebouw. Désormais secrétaire général du parti, il est aussi député fédéral. Il signe régulièrement des ouvrages qui rencontrent un grand succès en Flandre. Le dernier en date, publié en mai, sort en français ce mercredi. Intitulé Les derniers jours de l'ancien monde, il s'attache à la dépendance de l'Union européenne envers les USA, à la remilitarisation de l'Europe, à la stratégie du continent vis-à-vis de l'IA, à la place de Chine et au monde qu'il aimerait voir advenir.
Vous expliquez que l'accroissement des dépenses militaires en Belgique et en Europe se fait au détriment de la sécurité sociale. Est-ce au regard des chiffres du budget que vous dites cela?
L'accroissement des dépenses militaires n'est pas la seule raison de l'austérité exigée par le gouvernement fédéral, mais cela en est une cause. Le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) dit clairement que prendre quelques milliers à la sécurité sociale n'est pas un problème. Et il n'est pas le seul. En Europe, une tendance politique veut s'inspirer de ce qui se fait en la matière aux USA: moins de couvertures sociales et plus d'armes. C'est une américanisation de l'Europe qui se joue.
Vous souhaitez aussi que le développement de l'IA ne soit pas laissé aux seuls américains et que les pouvoirs publics, en Europe, s'emparent de cette question. Comment ?
Nous devons être indépendants. Toutes nos données ne doivent pas être envoyées vers des sociétés privées américaines. Ces données sont de l'or, valent de l'argent. Nous devons donc les conserver en Europe,mais en toute transparence et sans créer des géants européens privés comparables aux américains. L'enjeu en est démocratique. Or, l'Europe voudrait développer à son tour des géants monopolistiques et impérialistes. On a oublié qu'après la seconde guerre mondiale, tout le monde était d'accord pour briser les monopoles, même Eisenhower le disait (NdlR : général et président américain républicain). Le monopole engendre une gestion autoritaire de la société.
Le PTB et Les Engagés demandent un registre des dépenses en frais de consultance en Wallonie : la réponse est nonVous semblez également penser que le gouvernement profite de la crise et du climat de peur qu'elle suscite pour faire passer des mesures d'austérité. Il y a quand même des problèmes budgétaires indéniables, non ?
C'est clair qu'il y a des problèmes liés à la dette, mais ces problèmes sont devenus des armes pour permettre aux marchés financiers de contraindre les États. Voyez ce qui s'est passé en Grèce il y a quelques années…. Je plaide pour des investissements publics forts dans l'éducation, les infrastructures routières et la santé, notamment. Cela doit pouvoir se faire hors du cadre budgétaire classique. Je pense aussi que pour aboutir à un équilibre budgétaire, il faut briser deux tabous. D'abord celui sur l'accumulation du capital par un petit groupe (NdlR : la taxation sur la fortune) et celui ensuite sur les dépenses militaires. Les récentes mobilisation que l'on observe dans les rues de France ou d'Italie prouvent que la population souhaite que les États évoluent en ce sens.
Ces manifestations sont-elles à vos yeux le début d'une révolte de plus grande ampleur ?
Absolument. C'est positif de voir ces jeunes qui demandent un enseignement de meilleure qualité. Il est dangereux de limiter la visibilité de ces demandes de cette génération en ne parlant que des dégradations.
Il est reproché à la gauche radicale et à l'extrême gauche de susciter ces dégradations. Que répondez-vous à cela ?
Que ceux qui disent ça ont peur de ce mouvement social. Ils ne sont pas capables de rentrer dans le dialogue et préfèrent le criminaliser. C'est ce que fait le président Trump aux USA. Il y a quelque temps, le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a organisé un colloque sur l'internationalisation de la criminalisation de la gauche et de l'extrême gauche (NdlR : le 16 juillet dernier). L'Europe fait un copié-collé de ça. Ce n'est pas un hasard si les ambassadeurs américains en Europe - à l'instar de Bill White à Bruxelles - se mêlent de plus en plus de politique intérieure.
La proximité avec les syndicats fait partie de la stratégie du PTBSur ce sujet, vous considérez que plus il y aura d'Europe et plus elle sera autoritaire. On pourrait vous opposer que plus d'Europe pourrait mettre fin à la concurrence fiscale entre les États, à plus d'efficacité, etc.
Je suis clairement pour la coopération européenne et contre le nationalisme, mais ce qui m'inquiète est qu'il y a aujourd'hui des courants qui tirent vers une Europe autoritaire. Ils veulent par exemple abolir le droit de veto dont dispose chaque État membre. Je suis contre, car cela permettrait de prendre des décisions dont certains États ne veulent pas, comme une entrée en guerre par exemple. De plus, il y a une volonté aux USA de casser l'Union européenne. Ils le disent de manière officielle dans un document appelé NSS (National security strategy). C'est pour cela qu'ils soutiennent le RN en France, l'AFD en Allemagne.
Vous pensez que les discours évoquant la menace russe envers l'Europe sont excessifs et fallacieux? Et sont proférez pour justifier le réarmement ?
La Russie a attaqué l'Ukraine de manière illégale. Et si elle ne parvient pas à en finir là-bas, on voit mal comment les Russes pourraient attaquer l'Europe. L'économie russe est la même que celle du Benelux. Il n'y a aucune donnée objective pour démontrer que la Russie veut s'en prendre à l'Europe. Pour autant, il faut en finir avec cette guerre. Ce sont surtout des enfants, des paysans, des ouvriers, etc. qui en paient le prix. Quant au matériel que nous achetons, il servira à mener des guerres offensives en Afrique notamment, pour préserver certaines ressources comme le cobalt. Ce n'est pas pour rien que nous avons acheté du matériel français qui sert à ce type d'opération.
Les professions des élus PTB sont surtout sociales, médicales et syndicalesVous semblez également convaincu que les USA vont attaquer la Chine...
Ce sont eux qui le disent. Ils ont constaté que dans tous les scénarios qu'ils envisageaient, ils seraient perdants face à la Chine. Ils ont donc décidé de concentrer tous leurs moyens militaires sur l'Asie. C'est pour cela qu'ils veulent aussi que l'Europe se débrouille sans eux. Avant, le leadership américain était contrebalancé par l'URSS. Après la chute du Mur de Berlin, les USA ne voulaient plus qu'un tel contrepouvoir se mette en place. C'est pourtant ce qui arrive avec la Chine. Je ne sais pas s'il y aura une guerre entre eux, mais les Américains la préparent.
Vous plaidez pour un rapprochement entre l'Europe et la Chine. Mais comment concilier cette volonté avec le caractère autoritaire du régime chinois ? N'y a-t-il pas là un problème ?
Dans le monde actuel, il faut être pragmatique. Je dis qu'il ne faut pas tourner le dos à la Chine qui sera bientôt la plus grande économie mondiale, comme il ne faut pas tourner le dos aux USA ni aux Brics (NdlR : les pays émergents que sont le Brésil, la Russie, l'Inde, etc.) qui, eux aussi, cherchent à se dégager de l'influence américaine. Par rapport à la Chine il faut faire comme eux ont fait avec les Occidentaux quand ils voulaient investir en Chine. C'est de dire ok mais vous nous transférez votre technologie. Nous n'avons pas de temps à perdre dans une nouvelle guerre froide. L'Europe doit rester une force productrice au risque de devenir la Bruges du monde. C'est très beau mais c'est uniquement touristique.
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