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Alors que le pénitencier de Donnacona vient d’être le théâtre de son quatrième meurtre en un an, le syndicat des agents correctionnels dénonce à nouveau le manque de soutien face à une violence en hausse constante depuis plusieurs mois.
C’est horrible ce qui se passe à l’intérieur de nos murs , lance d’emblée Mike Bolduc, président régional du Syndicat des agents correctionnels du Canada (UCCO – SACC CSN) pour le Québec.
Mercredi, un détenu du pénitencier de Donnacona est décédé à la suite d’un affrontement entre plusieurs prisonniers.
Il s’agit du quatrième meurtre en moins d’un an à l’établissement situé à une vingtaine de minutes de Québec. L’homme d’une trentaine d’années, poignardé à la tête, serait un membre influent du groupe Arab Power.
La violence en hausse
Pour Pierre Tabah, avocat spécialisé en droit carcéral, la situation à l’intérieur du pénitencier de Donnacona n’est pas surprenante. Ce qui arrive en société actuellement, c’est-à-dire les conflits entre les différents groupes criminalisés, se transpose toujours en prison à travers les années.
Par contre, il faut être surpris du type de violence qui est utilisée.
Bien qu’il souligne qu’historiquement, le milieu carcéral a toujours été violent, l’avocat note une recrudescence de la violence ces dernières années.
Selon lui, une multitude de facteurs peuvent l’expliquer, mais il croit que le manque de hiérarchie dans le crime organisé aujourd’hui joue un rôle important.
Comme il y a beaucoup de groupes, il y a moins de hiérarchie. Cela fait qu’à peu près n’importe qui peut prendre des actions, et souvent elles ne sont pas concertées.
On va agir sur le moment, et de façon à utiliser une violence extrême qui n’aurait peut-être pas été cautionnée à l’époque par certains dirigeants de groupe, mais qui l’est maintenant parce qu’il n’y a pas de réelle tête dirigeante ou bien il y en a plusieurs, indique-t-il.

Pierre Tabah, avocat spécialisé dans le droit carcéral. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Capture d'écran / Radio-Canada
La prolifération des moyens de communication clandestins, notamment les téléphones cellulaires, figure également parmi les facteurs explicatifs de cette recrudescence de la violence.
Les nouvelles voyagent très vite, mentionne Pierre Tabah. « [Les détenus] vont savoir qui rentre en prison et avec quel type de délit. » Les affiliations à des gangs ou à des groupes criminels des nouveaux arrivants sont souvent connues de la population carcérale avant même qu’ils ne franchissent les portes de l’établissement. Lorsqu’il y a des mouvements extérieurs, il y a toujours des répercussions intérieures, estime-t-il.
Détresse psychologique en hausse
Selon Mike Bolduc, l’impact psychologique de cette escalade de la violence est indéniable. Il estime à plus de 350 le nombre de postes d’agents correctionnels vacants au pays, une pénurie attribuable en partie aux congés de maladie causés par des états de stress post-traumatique.
Ça ne fait pas partie du travail d’un agent correctionnel de devoir regarder quelqu’un se faire mettre un objet de bord en bord de la tête.
Est-ce que ça fait partie du travail d’un policier ou d’un agent de la GRC de voir un meurtre en direct devant lui? Non jamais! Il n’y a personne que ça fait partie de leur travail, martèle Bolduc.
Sébastien Paquette, vice-président exécutif de l’Alliance de la Fonction publique du Canada pour le Québec, observe lui aussi une détresse psychologique généralisée. Son syndicat représente divers corps de métiers au sein des établissements, notamment les agents de libération conditionnelle, le personnel d’entretien et les intervenants en réhabilitation.
Il n’y a personne qui s’engage dans une prison en se disant qu’il y va y avoir un meurtre et que ça va faire partie de la game.
Nos membres travaillent à réhabiliter ces prisonniers-là. Quand quelqu’un est tué, c’est un projet de réhabilitation qui tombe à l’eau et c’est quelqu’un qu’ils ont côtoyé qui n’est plus là ou quelqu’un qu’ils ont côtoyé qui a commis un acte horrible.
À ce moment-là, c’est sûr qu’ils ont besoin d’aide.
130 millions de moins
Mike Bolduc ne mâche pas ses mots pour décrire la situation actuelle au pénitencier de Donnacona.
Ça fait un bout qu’on a perdu le contrôle , souffle-t-il.

Mike Bolduc déplore les compressions budgétaires annoncées par le gouvernement fédéral. (Photo d'archives)
Photo : Facebook/UCCO-SACC-CSN
Face aux compressions budgétaires de 130 millions de dollars sur trois ans annoncées plus tôt cette année par le gouvernement fédéral, Mike Bolduc redoute que la situation ne s’aggrave dramatiquement.
Ils vont couper des postes clés d’agents de correction. Je ne peux même plus voir comment on va faire pour assurer la sécurité des citoyens canadiens.
Cet été, il va y avoir des heures supplémentaires obligatoires partout, et encore une fois, le service correctionnel va s’en laver les mains.
Pierre Tabah insiste également sur l’importance de financer adéquatement le milieu carcéral, qui doit composer avec de nouvelles menaces, comme la prolifération des drones, qui pèsent lourdement sur la sécurité à l’intérieur des murs.
On doit investir dans le service correctionnel si on veut qu’il continue à remplir son mandat, qui est de protéger la société et de garder des individus qui ont été condamnés par le tribunal, mais dans des conditions qu’on juge correctes selon les standards canadiens.
Avec les informations d'Alexandre Painchaud


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