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Au Bas-Saint-Laurent, il suffit de jeter un coup d'œil à une carte pour constater la multitude de lacs et de rivières, en plus du fleuve qui borde la région au complet. Mais avez-vous déjà eu de la difficulté à accéder à un point d'eau gratuitement, sans passer sur un terrain privé? Si oui, vous ne serez pas surpris d'apprendre que plus de la moitié des lacs sont complètement enclavés par des propriétés privées dans la région.
Et même, 76 % des rives de rivières et du fleuve sont inaccessibles au public, selon une nouvelle étude (nouvelle fenêtre) de deux professeurs de géographie de l’Université de Montréal et de l’Université du Québec à Montréal, qui dresse un portrait assez sombre de l’accès à l’eau au Québec.
Les chercheurs ont analysé l'ensemble du cadastre et des rôles fonciers à l'échelle de la province. Au Québec, près de 40 % des lacs sont entièrement enclavés. Moins de 2 % des 48 000 kilomètres de rives analysés par les chercheurs sont accessibles, et près de 70 % des rives de la zone d’étude sont privées.
Les chercheurs ont inclus exclusivement dans leur étude les plans d'eau qui sont à moins de 200 mètres d'une route dans des zones habitées de la province. Ainsi, ils ont analysé 3717 plans d'eau.
Par exemple, le Grand lac des Sept Lacs à Saint-Donat-de-Rimouski est complètement enclavé par des terrains privés. Le Grand lac Malobès à Saint-Fabien ou le lac Pointu à Saint-Narcisse-de-Rimouski sont complètement privés.

En tout, 76 % des rives sont inaccessibles au public, au Bas-Saint-Laurent. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne
Évidemment, sur le terrain, on peut noter des nuances, comme le fait remarquer un des auteurs de l'étude, Rodolphe Gonzalès, qui est professeur de géographie à l'Université du Québec à Montréal. Il y a tout le savoir local. On connaît tous un endroit où les voisins sont sympas et regardent de l'autre côté quand on passe, ou au contraire, un plan d'eau qui est réputé public, mais où des frais sont exigés pour y accéder, souligne-t-il.
Or, le droit de circuler sur n'importe quel plan d'eau est garanti par le Code civil du Québec, sans toutefois passer sur la propriété privée d'un individu pour s'y rendre. Dans le cas des lacs entièrement enclavés par des terrains privés, la seule façon de s'y rendre serait par hélicoptère.
Il y a une notion d’injustice, une notion de bien-être territorial, même symbolique, de jouissance des paysages québécois. […] Contempler un lac, ça fait partie de l’imaginaire collectif humain et, en partie, québécois. Donc, interdire cette interface vers ce paysage, c'est aussi une injustice symbolique, dénonce M. Gonzalès.
Que s'est-il passé?
Au début des années 1960, un Comité d'étude sur les loisirs, l'éducation physique et les sports reconnaît la pauvreté des accès publics à la nature. Plus tard, la Commission d'étude des problèmes juridiques de l'eau produit des rapports sur l'évolution historique du droit québécois sur l'eau. Elle indique que de plus en plus de propriétés privées ont été érigées aux abords des cours d'eau, peut-on lire dans l'étude.
Selon les chercheurs, le gouvernement a contribué à l'enclavement des eaux publiques. D'abord, Québec a mis en vente des baux de villégiature qui ont rendu privés des milliers de terrains publics autour des plans d'eau, entre la fin des années 1950 et le début des années 1980. Puis, vers 1990, il a cédé une bande riveraine publique de 60 mètres de large aux propriétés des lots adjacents. L'étude conclut également que le gouvernement n'a entamé depuis aucune réforme de ces politiques d'aménagement du territoire.
Les chercheurs sont d'avis que le gouvernement aurait pu imposer un moratoire sur tous les nouveaux projets de quartiers résidentiels près des lacs et des rivières, à l'époque, afin de protéger les plans d'eau qui étaient alors encore accessibles au public. Le gouvernement provincial aurait aussi été en mesure, selon eux, d'imposer une servitude de passage, c'est-à-dire un accès à l'eau, même dans ces nouveaux complexes résidentiels aux abords des rives.
La privatisation favorise-t-elle la santé des lacs?
Il est connu depuis longtemps maintenant que les activités humaines et les changements climatiques menacent les plans d'eau au Québec.
L'organisme Village des sources, qui est le gardien du lac Rimouski, situé en terres publiques, a été témoin de situations lors desquelles certains individus ont eu des comportements répréhensibles ou auraient pu nuire à la santé du lac.
Sa directrice générale Marie-Anne Sylvestre Loubier, biologiste de formation, est d'avis que le manque d'accès publics à l'eau contribue à une faible conscience collective de l'importance des ressources en eau du Québec.
L'eau est un patrimoine collectif, mais c'est quoi, un patrimoine collectif si on n'y a pas accès?
Or, en discutant avec de nombreux propriétaires riverains dans sa carrière, Mme Sylvestre Loubier a pu constater qu'un sentiment d'appartenance au lac contribue au désir de le protéger. On protège ce qu'on connaît, précise-t-elle.
Vu qu'on s'est fait priver de cet accès à l'eau depuis si longtemps, je crois qu'on n'a pas su développer une culture de l'eau et de la civilité autour de l'accès à l'eau, renchérit le professeur Rodolphe Gonzalès. Il n'est cependant jamais trop tard pour le faire.
La directrice générale du Village des sources milite aussi pour un meilleur accès aux plans d'eau. Elle met toutefois en garde contre les effets indésirables de certaines activités nautiques. Par exemple, sur le lac Rimouski, il est interdit d'apporter sa propre embarcation pour éviter de contaminer le lac avec des espèces envahissantes, comme la moule zébrée. Les différentes espèces exotiques envahissantes se déplacent d'un lac à un autre par l'intermédiaire d'embarcations mal nettoyées, rappelle Marie-Anne Sylvestre Loubier.


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