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Le djihadiste français Sabri Essid, présumé mort, est jugé par défaut à compter de ce lundi devant la cour d'assises de Paris. Il est accusé d'avoir participé au génocide de la minorité religieuse yézidie entre 2014 et 2016, lorsqu'il combattait dans les rangs de Daech.
La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :
C'est un « fantôme » que la cour d'assises de Paris juge à compter de ce lundi. Trois juges professionnels - mais sans jury populaire - se penchent sur le cas du djihadiste français Sabri Essid, présumé mort, accusé de génocide, crimes contre l'humanité et complicité de ces crimes. Cet homme né 1984 à Toulouse est notamment soupçonné d'avoir participé au génocide de la minorité religieuse yézidie en Syrie, alors qu'il combattait dans les rangs du groupe terroriste Etat islamique (EI - ou Daech). Lors de ce procès appelé à durer cinq jours, trois femmes yézidies seront parties civiles au procès et deux d'entre elles témoigneront à la barre.
Il s'agit du premier procès du genre en France. Mais plusieurs condamnations de membres de l'EI pour le génocide des Yézidis ont été prononcées par des tribunaux européens ces dernières années, la première en Allemagne en 2021, puis l'an dernier en Suède et en Belgique.
Figure centrale du djihadisme, proche des frères Clain - les voix de la revendication des attentats du 13-Novembre 2015 à Paris et sa périphérie -, et de Mohamed Merah - auteur d'une tuerie dans le sud-ouest de la France en 2012-, Sabri Essid a rejoint les rangs de l'EI en Syrie en 2014 et y aurait été tué en 2018, dans des circonstances inconnues. Mais en l'absence de preuves formelles de son décès, il est considéré comme étant en fuite et est donc jugé à ce titre. « Etant donné que, par le passé, des combattants de l'Etat islamique présumés morts sont réapparus, il est essentiel que ce procès ait lieu », a expliqué Patrick Baudouin, avocat de la Ligue des droits de l'homme (LDH).
Viols, enlèvements, esclavage...
Pour Me Clémence Bectarte, conseil des trois parties civiles et de leurs huit enfants, le procès doit permettre «d'apporter une autre lecture des crimes commis par l'Etat islamique», ordinairement jugés pour des infractions terroristes. « Il est essentiel qu'il mette en lumière les exactions d'une particulière gravité commises contre les populations civiles, et notamment la politique génocidaire mise en oeuvre contre la population yézidie », estime l'avocate. Cette minorité kurdophone adepte d'une religion pré-islamique, présente dans le nord de l'Irak et de la Syrie, a été victime de viols, d'enlèvements, d'esclavage et autres traitements inhumains dans les zones contrôlées par les djihadistes de l'EI, qui les considèrent comme des hérétiques.
Le 3 août 2014, les combattants de l'EI lançaient une attaque coordonnée sur la région du Sinjar, en Irak, où vivaient 400 000 membres de cette minorité, tous tués, capturés ou déplacés. Ils procédaient notamment à la déportation en Syrie de femmes et d'enfants. Selon les juges d'instruction chargées des investigations, Sabri Essid, connu en Syrie sous le nom de Abou Dojanah al-Faransi, s'est « entièrement associé à la politique d'asservissement » de cette communauté par l'EI, « la mettant en oeuvre personnellement ».
Sabri Essid était connu sous le nom « Abou Dojanah al-Faransi » au sein de Daech. Photo archives AFP/HO/ Al-Furqan Media
Membre de la famille de Mohamed Merah
Il a ainsi acheté plusieurs captives yézidies sur des marchés, les a soumises à de l'« esclavage sexuel » en commettant sur elles des « viols répétés et réguliers », et leur a infligé des « mauvais traitements » en les privant d'eau et de nourriture, ont souligné les magistrates. Le djihadiste français, condamné en France en 2009 à cinq ans de prison dont un avec sursis pour association de malfaiteurs terroriste, était le fils d'un compagnon de la mère de Mohamed Merah, qui avait tué en 2012 trois militaires et trois enfants et un enseignant dans une école juive dans son périple meurtrier entre Toulouse et Montauban.
Sabri Essid s'était rendu début 2014 en zone irako-syrienne, où il a été rejoint par sa femme, leurs trois enfants et le fils de cette dernière, né d'une précédente union. Il figure dans une vidéo de propagande de l'EI diffusée le 10 mars 2015, dans laquelle il poussait son beau-fils, alors âgé de 12 ans, à exécuter un otage palestinien d'une balle dans la tête. Son épouse, incarcérée depuis son retour dans l'Hexagone, doit être entendue comme témoin au procès.


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