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La compagnie hongroise Recirquel Cirque Danse vient faire un tour à Québec, puis à Montréal pour présenter sa pièce Paradisum. Explorant les frontières entre le cirque et la danse contemporaine, cette œuvre, mise en scène par Bence Vági, s’interroge sur le renouveau après la destruction, mettant en avant le corps et le geste comme langue universelle.
« Paradisum est le fruit d’un long parcours artistique, explique Bence Vági, fondateur de la compagnie et metteur en scène. Notre pièce précédente, Solus Amor, s’intéressait à l’amour comme force fédératrice, puis IMA (Pray) invitait à l’introspection, à la méditation. Paradisum poursuit cette trajectoire avec une question commune : que se passe-t-il après l’effondrement si l’humanité reçoit une seconde chance ? »
Ainsi, avec ce point de départ, l’artiste a voulu « réfléchir au renouveau, à la responsabilité et à la façon dont de nouvelles valeurs peuvent émerger après le silence ».
« On trouvait cela intéressant de partir du mythe de la renaissance, car les instants de silence invitent à la réflexion, pense-t-il. Dans Paradisum, le monde postapocalyptique n’est pas synonyme de désespoir, mais bien de multiples possibilités : quelles valeurs demeurent et quel type d’humanité peut être reconstruit ? C’est une question ouverte, qui résonne différemment selon les cultures et qui est très intéressante à creuser. »
Pour imaginer cette pièce, Bence Vági s’est entouré de six artistes multidisciplinaires qui explorent cette nouvelle existence imaginaire, parfois sous la forme de créatures. « Elles sont toujours humaines au fond. Même lorsqu’elles semblent mythiques ou inconnues, elles sont enracinées dans les émotions et les instincts humains. Les créatures de Paradisum sont des reflets de nous-mêmes : vulnérables, en quête, et capables de transformation », décrit-il.
« Cirque danse »
Dans la compagnie, la plupart des artistes viennent du cirque ou de l’acrobatie. Cependant, grâce à une collaboration sur le long terme, ils sont devenus des interprètes hybrides, avec la danse comme socle commun.
« En entrant dans le monde du cirque contemporain, j’ai été attiré par la façon dont le mouvement, l’acrobatie et la présence théâtrale pouvaient former un langage commun, raconte M. Vági. Au fil des années, cette approche s’est transformée en ce que nous appelons le cirque danse, une forme hybride où la danse et le cirque ne sont plus des disciplines séparées, mais constituent un seul et même système d’expression. »
Bence Vági a ainsi convié la danse dans son processus de création. Un médium donc souvent utilisé dans ses œuvres. « La danse est au cœur de notre réflexion et de notre travail. Elle façonne le tempo, la conscience de l’espace et la présence émotionnelle. Elle permet aux interprètes de rester connectés à eux-mêmes, aux autres et au public. La danse est une forme universelle de communication qui s’adresse directement au corps et aux émotions, souvent au-delà des frontières culturelles ou linguistiques. Cette immédiateté physique crée une expérience partagée où le sens se ressent plus qu’il ne s’explique », développe celui-ci, qui a lui-même été formé en danse classique et moderne avant de créer la compagnie Recirquel Cirque Danse en 2012.
Ainsi, on retrouve de la danse dans Paradisum, mais aussi de la barre oscillante, du cerceau aérien, des sangles aériennes, du jonglage d’échelle, des équilibres sur les mains et des percussions.
« Chaque discipline exprime un langage physique et émotionnel différent. Les techniques aériennes évoquent le risque et la suspension, les échelles symbolisent la transition et l’aspiration, l’équilibre sur les mains révèle la fragilité et la maîtrise, tandis que les percussions apportent le rythme comme élément communautaire et presque rituel. La danse agit comme tissu conjonctif, permettant à toutes ces disciplines de dialoguer au-delà de la technique et d’être comprises à travers les cultures », explique-t-il.
Pour lui, c’était donc tout naturel de vouloir les mélanger pour cette création. « Les disciplines ne sont pas présentées séparément ; elles sont entremêlées afin que le mouvement, le rythme et l’acrobatie forment un seul flux expressif. Cette intégration permet au public, quelles que soient ses origines culturelles, de se connecter par le corps plutôt que par les mots. »
Avec cette œuvre, Bence Vági espère faire réfléchir le public. « Plutôt que d’apporter des réponses, j’espère créer un espace de réflexion, conclut-il. Paradisum invite le public à ralentir, à observer et à vivre ensemble une expérience. Si les spectateurs repartent avec des questions sur le renouveau, la cohabitation ou la responsabilité, alors le spectacle aura accompli sa mission. »


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