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Pangram, cet outil de détection de l’IA au cœur de la polémique Thélyson Orélien chez Grasset

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Tech & Futurs 22/09/2026 19:11 Actualisé le 22/09/2026 20:18

Cette start-up américaine, qui a vu son activité exploser cet été, annonce être la plus fiable et précise du secteur. La polémique autour du Prix du roman Fnac 2026 la remet en lumière.

La devanture des éditions Grasset, à Paris, le 21 avril 2026. (photo d’illustration)

ADNAN FARZAT / NurPhoto via AFP

La devanture des éditions Grasset, à Paris, le 21 avril 2026. (photo d’illustration)

C’est peut-être l’affaire la plus explosive de la rentrée littéraire. Lundi 21 septembre, Thélyson Orélien a reçu le Prix du roman Fnac 2026 pour C’était ça ou mourir, publié chez Grasset. Le même jour, le compte X Balance ton Claude, qui épingle des textes publiés générés par l’IA, affirmait que l’œuvre de cet auteur haïtien de 38 ans était « presque intégralement » rédigée par une intelligence artificielle.

Le compte, peu suivi (5 000 personnes), explique qu’il a passé plusieurs passages du roman dans Pangram, un outil de détection d’écriture à l’IA très précis, pour à chaque fois le même résultat : du texte écrit 100 % à l’IA. L’affaire a rapidement pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux, le tweet de Balance ton Claude ayant été déjà vu plus de 3,2 millions de fois ce mardi 22 septembre en milieu d’après-midi.

France Inter a également fait un test de son côté, soumettant à Pangram plusieurs extraits au début, au milieu et à la fin du livre, quelques phrases ou une page entière. À chaque fois, le détecteur a donné un résultat favorable à une rédaction via l’IA entre 95 et 100 %.

Dans le cas présent, tout tourne donc autour de Pangram, une solution pour déjouer l’IA qui est arrivée sur le marché en octobre 2023. Sur son site web, cette start-up new-yorkaise se vante d’être « reconnu comme le détecteur d’IA le plus fiable et le plus précis du marché par des chercheurs indépendants, notamment de l’université du Maryland et de l’université de Chicago ».

Si Pangram est resté relativement confidentiel pendant plus de deux ans et demi, sa notoriété a explosé en juillet dernier quand la plateforme Substack - qui permet de publier et monétiser des newsletters - l’a intégré directement à son interface. Dans la foulée, la start-up créée par deux anciens élèves de l’université de Stanford a levé 9 millions de dollars, pour porter son financement total à 13 millions de dollars. En juin, son nombre d’utilisateurs mensuels était passé à 120 000, contre 2 700 un an plus tôt, indique le New York Times.

Un taux de faux positifs de 0,0041 %

Depuis ce boom, de nombreux éditeurs, recruteurs et universités utilisent le service, tout comme Quora, le site de questions-réponses sur la transmission de savoirs.

Aujourd’hui, le gros point fort de Pangram et qui le place pour le moment au-dessus de la mêlée dans le secteur, c’est son taux de réussite. L’entreprise affirme que la toute dernière version de son modèle, Pangram 4, assure être capable de déterminer avec précision, dans 9 999 cas sur 10 000, si un texte a été généré intégralement par l’IA, s’il a été assisté par l’IA ou s’il s’agit d’un texte 100 % humain.

Pour atteindre une telle précision, Pangram se distingue de ses concurrents par la manière différente dont il a été « nourri ». Au lieu de s’appuyer sur un modèle génératif, l’outil a ingéré deux millions de documents écrits par l’humain. Dans le même temps, chacun de ces documents fait l’objet d’un « miroir synthétique » : la création d’un document utilisant la même longueur de texte, le même sujet et surtout le même registre ou ton, généré par l’IA. Résultat, quand un texte humain ressemble trop au profil statistique d’un texte généré par l’IA, le détecteur le signale via un pourcentage.

En 2025, une étude de l’université de Chicago a montré que Pangram conservait une précision quasi parfaite dans l’évaluation de textes comptant environ 500 mots ou plus, surpassant Originality.ai ou GPTZero, d’autres outils de détection d’IA, note le New York Times. Toujours selon Pangram sur son site web, l’outil, spécialement conçu pour détecter les derniers modèles d’IA des plus grands acteurs (OpenAI, Anthropic, Google, Meta…), revendique un taux de faux positifs de 0,0041 % - soit un faux positif pour 24 000 documents - et un taux de détection manquée de l’IA de 0,34 %.

Malgré tout, la fiabilité de l’outil a déjà été mise à mal lors d’expériences ciblées d’utilisateurs, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluer avec précision un texte partiellement généré par l’IA. Armin Ronacher, un programmeur autrichien de logiciels open source, a ainsi récemment découvert que Pangram signalait systématiquement du contenu comme étant généré par l’IA, même après des réécritures humaines substantielles.

100 % de précision annoncé sur les textes en français

Freddie deBoer, auteur sur Substack, a lui constaté que lorsqu’il ajoutait quelques phrases rédigées par l’IA à un paragraphe qu’il avait lui-même écrit, Pangram signalait l’ensemble du texte comme étant généré par l’IA, rapporte le New York Times.

Par ailleurs, un autre bémol d’importance est à apporter : les deux millions de documents ingérés par l’outil datent d’avant 2022, en grande partie anglophones. Or ces dernières années, « le style humain tend de plus en plus vers une formulation automatisée à mesure que les gens lisent davantage, ce qui rend la frontière entre [l’écriture à l’IA et celle humaine) de plus en plus floue chaque année », développe une note de blog publiée sur le site de Write Human, un outil de reformulation d’IA.

Si Pangram se targue de détecter les contenus générés par l’IA dans une vingtaine de langues, dont le français avec un taux annoncé de même 100 % de précision, la question se pose quand l’auteur d’un texte sort des clous. Parmi la foule des avis éclairés après le déclenchement de la polémique liée au roman de Thélyson Orélien, la réflexion de François Negroni a été très partagée.

Dans un long post sur X, cet auteur de livres aéronautiques co-écrits avec l’intelligence artificielle explique que Thélyson Orélien, « né en Haïti (puis) arrivé au Québec après le séisme de 2010 (...) écrit dans un français que la critique décrit unanimement comme “créolisé”, métissé de créole haïtien, d’espagnol, de portugais, traversé d’oralité, d’aphorismes, de rythmes qui viennent d’ailleurs. Une langue “sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau”, [selon] son propre personnage ». « C’est précisément ce type de prose que les détecteurs d’IA gèrent le plus mal », observe-t-il. « Je pense que le logiciel est habitué aux traditions littéraires françaises et aux auteurs classiques », se défend lui Thélyson Orélien auprès de Libération.

Un couac bien identifié avec Pangram

Les doutes sur la fiabilité de ces outils ne sont pas récents ; en avril dernier, l’écrivain Bernard Minier racontait cette troublante expérience au HuffPost, qui en dit long sur le chemin encore à parcourir pour les outils de détection de l’IA : « j’ai copié collé un paragraphe de “Ruptures” (son dernier livre, sorti en mars, NDLR), et ça m’a répondu : “100 % écrit par une IA, ce texte sera refusé par une maison d’édition ou une faculté.” J’ai réessayé une deuxième fois, même chose. Je me suis dit mince, j’ai écrit comme une IA. Du coup, j’ai pris un bon vieux “Les Égouts de Los Angeles” de Michael Connelly qu’on ne peut pas supposer avoir été écrit par une IA, sauf s’il avait eu une machine à voyager dans le temps. Là aussi, Chat GPT m’a répondu “100 % écrit par IA”. Donc même ce truc tout simple n’est pas fiable du tout. »

Le compte Balance ton Claude n’en démord pas et affirme dans un nouveau tweet ce mardi après-midi avoir testé sur Pangram quatre textes de l’auteur haïtien datant d’avant 2022, tous 0 % IA. Mais aussi plusieurs textes (n’incluant pas son roman C’était ça ou mourir) d’après 2023, pour des résultats compris entre 76 et 100 % écrits à l’IA.

Déjà, au début de l’été, Pangram avait connu un couac en attribuant 100 % du texte à une IA pour la nouvelle Le Serpent dans le bosquet de Jamir Nazir, qui a remporté le Prix Commonwealth de la meilleure nouvelle 2026. En cause, notamment par des lecteurs et observateurs, une prose trop lisse et impersonnelle, avec des métaphores abondantes. Mais dans le même temps, l’IA Claude avait jugé ce texte... « presque certainement » d’origine humaine, relate Science et Vie. Au final, l’auteur a été blanchi après avoir présenté au comité d’organisation des ébauches, plans et preuves de sa démarche artistique.

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