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Ottawa veut vendre à la Pologne du nucléaire canadien… et du GNL

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Le Canada tente de se tailler une place dans l’immense transformation énergétique de la Pologne en proposant à Varsovie non seulement sa technologie nucléaire, mais également de l’uranium, du financement et du gaz naturel liquéfié.

Le ministre fédéral du Commerce, Maninder Sidhu, a confirmé cette semaine que des discussions étaient en cours concernant la construction de la deuxième grande centrale nucléaire polonaise et s’est montré particulièrement optimiste quant aux chances canadiennes.

«Les discussions se déroulent de façon très positive et il y a beaucoup de motivation pour aller de l’avant», a-t-il déclaré à Bloomberg lors d’une visite en Pologne, selon une reprise de l’agence publiée par Investing.com.

«Je suis très optimiste.»

Ottawa cherche ainsi à transformer deux de ses grandes ressources énergétiques — le nucléaire et le gaz naturel — en instruments de diversification commerciale à un moment où les relations économiques avec les États-Unis sont devenues beaucoup plus difficiles.

Un deuxième gigantesque projet nucléaire

La Pologne a déjà choisi les entreprises américaines Westinghouse et Bechtel pour construire sa première centrale nucléaire, mais doit encore sélectionner la technologie qui sera utilisée pour une deuxième grande installation.

Le Canada affrontera notamment les États-Unis et la France pour ce marché.

Varsovie entreprend actuellement une transformation majeure de son réseau électrique afin de réduire sa dépendance au charbon, qui demeure une composante importante de sa production énergétique. Le nucléaire doit permettre au pays de disposer d’une source d’électricité pilotable à très grande échelle tout en diminuant ses émissions.

Les discussions canadiennes ne datent d’ailleurs pas de cette semaine.

En février, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Tim Hodgson s’était rendu à Varsovie afin de rencontrer son homologue polonais Miłosz Motyka. Ottawa avait alors annoncé être prêt à mobiliser son «expertise nucléaire, sa capacité industrielle et son soutien gouvernemental» pour participer au développement de la deuxième centrale nucléaire de la Pologne.

Les discussions se sont poursuivies en juin à Montréal. Les deux ministres ont alors de nouveau abordé explicitement le développement de cette deuxième centrale nucléaire ainsi que les possibilités de coopération en matière de GNL.

Une offre qui dépasse largement le réacteur

Ottawa ne cherche toutefois pas simplement à vendre un réacteur.

Sidhu affirme que le Canada pourrait également fournir à la Pologne un approvisionnement fiable en uranium et que le gouvernement étudie des moyens de participer au financement du projet.

Cette approche correspond directement à la nouvelle stratégie nucléaire présentée par Ottawa en juin.

Le gouvernement souhaite désormais offrir aux pays intéressés une sorte de forfait nucléaire canadien comprenant la technologie, le combustible, le financement, la réglementation, la formation, la chaîne d’approvisionnement, l’exploitation des centrales ainsi que leur éventuelle remise à neuf.

Dans son discours lançant cette stratégie, Hodgson avait d’ailleurs désigné précisément la Pologne comme l’un des nouveaux marchés convoités.

«Contrairement à bon nombre de nos exportations, les exportations de réacteurs ne sont pas des transactions ponctuelles», avait-il souligné.

Un pays qui adopte une technologie nucléaire canadienne continuera effectivement d’acheter pendant des décennies des services, des pièces, du combustible et de l’expertise associés à celle-ci.

Le Canada possède également un avantage considérable du côté de l’approvisionnement. Il est le troisième producteur mondial d’uranium et possède dans le bassin d’Athabasca, en Saskatchewan, certains des gisements à la plus forte teneur au monde.

La Pologne veut également du gaz

La partie peut-être la plus révélatrice des discussions concerne cependant le gaz naturel.

Au moment même où Varsovie développe rapidement le nucléaire et les énergies renouvelables, elle cherche également à diversifier et sécuriser ses approvisionnements en GNL.

Sidhu affirme que le Canada pourrait approvisionner les terminaux de la mer Baltique notamment au moyen d’accords de type swap.

Une telle structure permettrait au Canada de vendre ou de garantir des volumes de gaz sur le marché international sans que chaque cargaison destinée à la Pologne doive nécessairement partir physiquement d’un terminal canadien directement relié à l’Atlantique.

En juin, Ottawa et Varsovie avaient déjà confirmé des discussions visant à augmenter leur coopération dans le GNL afin de renforcer la sécurité énergétique de l’Europe centrale et orientale. Le compte rendu officiel de Ressources naturelles Canada mentionne explicitement le nucléaire et le GNL parmi les secteurs prioritaires.

Cette combinaison est particulièrement révélatrice de la politique énergétique polonaise.

Varsovie ne semble pas considérer le développement du nucléaire comme une raison de renoncer au gaz naturel. Les deux sources d’énergie répondent à des besoins différents et peuvent au contraire participer simultanément à une stratégie visant à réduire la dépendance au charbon et aux fournisseurs jugés moins fiables.

Une occasion pour les ressources canadiennes

Pour Ottawa, la Pologne représente également une occasion de réduire la dépendance commerciale du Canada envers son voisin américain.

Les tensions tarifaires avec Washington ont poussé le gouvernement Carney à multiplier les démarches visant à trouver de nouveaux débouchés pour les ressources, les technologies et les entreprises canadiennes.

Le dossier polonais montre cependant que cette diversification pourrait passer largement par les secteurs énergétiques traditionnels et industriels.

La Pologne veut davantage d’électricité nucléaire. Elle veut davantage d’uranium. Elle veut davantage de GNL et des fournisseurs capables d’assurer la sécurité de ses approvisionnements.

Et le Canada possède les trois.

Le gouvernement polonais et Ottawa parlent désormais ouvertement d’un partenariat beaucoup plus vaste. En juillet, Ressources naturelles Canada rappelait que les discussions bilatérales englobaient simultanément le nucléaire, le GNL, l’éolien extracôtier et les infrastructures électriques.

Reste maintenant à voir si cette offensive se traduira en contrats.

Sur le nucléaire en particulier, la concurrence sera féroce : les États-Unis ont déjà remporté la première centrale polonaise et Washington souhaite évidemment conserver son avantage.

Mais Ottawa ne cache plus ses ambitions.

Après des années où les ressources énergétiques canadiennes ont souvent été présentées principalement sous l’angle de leur réduction progressive, le gouvernement tente maintenant de les vendre à l’étranger comme ce qu’elles sont aussi devenues dans une Europe préoccupée par sa sécurité : des actifs stratégiques.

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