EXPÉDITIONS. Le mot, gravé en lettres capitales sur la façade du bâtiment, résonne comme un ordre de départ. «Je hais les voyages et les explorateurs», écrivait Claude Lévi-Strauss en ouverture de Tristes Tropiques. Cela tombe bien: il n’est point question de conquête en terres lointaines, mais de tenter l’aventure au coin de la rue. Pour abandonner les rivages lausannois balisés, il suffit de dépasser le Flon. A dix minutes de marche, au cœur du quartier industriel de Sébeillon, une ancienne halle de marchandises des CFF dresse sa carcasse anguleuse de béton et de métal. C’est l’Espace Amaretto. Le lieu ressemble à s’y méprendre à Youkali – cette île du bout du monde chantée par Kurt Weill, terre de désirs et de refuges improvisés.
A l’autre bout du fil, Antonino Tramparulo, l’architecte volubile qui a réhabilité cette halle, nous raconte un bout de l’histoire. «Dans les années 1950, le site constituait la toute première halle aux marchandises de Lausanne. Le mot «expéditions» était à prendre au sens le plus littéral qui soit, s’amuse l’architecte. C’était l’endroit d’où l’on expédiait les marchandises hors de la ville.» Un passé logistique qui donne aujourd’hui au mot une résonance poétique toute particulière.


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