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On répète depuis des années qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau : les neurologues qui ont vérifié à l’IRM en sont revenus avec autre chose

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Le chiffre circule partout : dans les salles de classe, les conférences de développement personnel, les films à grand spectacle. Nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau, réservoir mystérieux dont les 90 % restants attendraient patiemment d’être « débloqués ». Aucune étude scientifique n’a pourtant jamais démontré cela, et quand les neurologues ont pointé leurs scanners sur la question, la réalité s’est révélée bien plus intéressante que le mythe.

À retenir

  • D’où vient exactement ce chiffre de 10% qui hante nos esprits depuis un siècle ?
  • Que montre réellement l’IRM quand on scanne un cerveau en action ?
  • Pourquoi l’évolution jamais n’aurait toléré un organe aussi coûteux et inutile à 90% ?

Sommaire

  1. Une idée née d’une déformation, propagée par un best-seller
  2. Ce que l’IRM a réellement montré
  3. L’argument évolutif : le cerveau est trop cher pour être gaspillé
  4. À qui profite ce mythe ?

Une idée née d’une déformation, propagée par un best-seller

Il s’agit d’un « neuromythe », terme du CNRS pour désigner ces croyances fausses sur le cerveau qui s’érigent en vérités absolues dont l’origine reste mystérieuse. Remonter aux sources donne pourtant une leçon d’histoire savoureuse sur la façon dont une idée mal citée peut traverser un siècle entier.

L’explication la plus probable remonte à un article publié en 1907 dans le magazine Science, où le psychologue William James affirmait que « nous n’utilisons qu’une petite partie de nos ressources mentales et physiques », une observation générale sur la façon dont la routine empêche les gens de mobiliser leurs pleines capacités. Pas un mot sur 10 %. Pas la moindre mesure cérébrale.

C’est Lowell Thomas qui a exposé cette théorie dans la préface du livre de Dale Carnegie, How to Win Friends and Influence People. Pour rendre le concept plus séduisant, il a publié un pourcentage qui ne reposait sur rien, et le mythe s’est répandu d’autant plus facilement que l’ouvrage de Carnegie était devenu un véritable best-seller. Vendu à plus de 30 millions d’exemplaires, ce livre a catapulté une opinion sans fondement dans la culture populaire mondiale. Voilà comment fonctionne la désinformation avant internet : une phrase floue, un chiffre inventé, un éditeur influent.

Le cinéma n’a rien arrangé. Des films comme Lucy et Limitless ont bâti des scénarios entiers sur cette prémisse. Résultat ? Des générations convaincues qu’un potentiel surhumain sommeille quelque part dans leur matière grise, accessible moyennant la bonne pilule ou la bonne méthode de coaching.

Ce que l’IRM a réellement montré

La technologie IRM permet de savoir aujourd’hui qu’il n’existe aucune région endormie ou non utilisée dans notre cerveau. La précision de cette affirmation mérite d’être saisie : pas une zone en veille, pas un « potentiel caché ». Tout est actif, tout le temps, à des degrés différents selon ce qu’on fait.

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) et la tomographie par émission de positrons servent à analyser l’activité cérébrale avec précision et en temps réel. Ces tests démontrent clairement que toutes les régions du cerveau demeurent actives lorsque nous accomplissons une multitude de tâches, qu’elles soient simples ou complexes, comme lire ou résoudre des problèmes mathématiques. L’application d’un stimulus électrique à des endroits spécifiques du cerveau provoque toujours une réaction. À ce jour, aucune région « dormante » n’a pu être identifiée.

La nuance importante, souvent mal comprise : nous utilisons bien 100 % de notre cerveau, mais pas tout en même temps. Les IRM démontrent que selon l’activité pratiquée, différentes zones seront plus ou moins sollicitées, vision, langage, calcul, mémoire immédiate et à long terme, coordination des gestes. C’est là la vérité de l’imagerie cérébrale, celle-là même qui a probablement alimenté la confusion : une zone « moins lumineuse » sur un scan ne signifie pas qu’elle est inutile, elle est simplement moins sollicitée à cet instant précis.

En cherchant à déconstruire le mythe des 10 %, des chercheurs ont soulevé un point contre-intuitif : utiliser tout son cerveau simultanément ne serait pas désirable non plus. Une telle activité non contrôlée déclencherait presque certainement une crise d’épilepsie. Même au repos, le cerveau mobilise autant de ressources que possible via le « réseau en mode par défaut », actif même en l’absence de toute tâche cognitive.

L’argument évolutif : le cerveau est trop cher pour être gaspillé

Avec environ 2 % du poids du corps humain, le cerveau consomme environ 20 % de notre consommation d’énergie totale, et ce, même lorsque nous dormons. Mettre en perspective ce chiffre avec le mythe des 10 % rend la chose absurde : aucune logique évolutive ne permettrait de conserver un organe aussi coûteux dont 90 % serait inutile.

Si des zones du cerveau n’étaient jamais utilisées, elles auraient été supprimées par l’évolution. Dans le cas des maladies cérébrales, les cellules non utilisées ont tendance à dégénérer. Si 90 % du cerveau était inactif, toutes les autopsies d’adultes à travers l’histoire auraient révélé une dégénérescence majeure, ce qui n’est pas le cas.

L’argument des lésions est tout aussi tranchant. Si 90 % du cerveau était inutile, l’ablation d’une grande quantité de matière nerveuse ne devrait pas présenter de conséquence notable. Or, une petite lésion du cerveau peut engendrer de graves problèmes pour le patient concerné. Il n’existe presque aucune zone du cerveau qui peut être endommagée sans perte de capacités. Même de légères lésions dans de petites zones peuvent avoir des effets profonds. Résultat ? Décevant pour ceux qui espéraient un potentiel inexploité. réconfortant pour qui comprend que leur cerveau, tel qu’il est, fonctionne déjà à plein régime.

À qui profite ce mythe ?

Aujourd’hui, la principale raison qui entretient ce mythe, c’est le profit. Celui des marchands de miracles d’abord : de nombreux médiums, voyants et parapsychologues ont intégré ce mythe à leurs allégations, y recourant régulièrement pour expliquer des phénomènes étranges ou les prétendus pouvoirs psychiques dont ils disposeraient. Le marché des « méthodes d’optimisation cérébrale » pèse des milliards à l’échelle mondiale, bâti sur une fondation scientifique inexistante.

Ce qui ne veut pas dire que le cerveau est figé. La neuroplasticité, ou la capacité du cerveau à s’adapter, permet de continuer à s’améliorer quel que soit l’âge. La bonne nouvelle, et elle est réelle, c’est que les connexions entre neurones se font et se défont rapidement en fonction de notre environnement et de nos expériences, renforçant certaines capacités ou en détruisant des liens qui n’ont plus d’utilité. Ces connexions ont un potentiel illimité. La promesse d’un cerveau améliorable existe. Elle ne passe simplement pas par l’activation d’une zone fantôme, mais par l’apprentissage, l’exercice, le sommeil et l’exposition à la nouveauté. Moins spectaculaire comme accroche marketing. Infiniment plus solide comme réalité neurologique.

Sources : fr.linkedin.com | psychology.jecoco.com

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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