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On pensait qu’une machine de 11 000 t devenue inutile finirait à la ferraille : la découper coûtait plus cher que la laisser debout

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Onze mille tonnes d’acier, cinq cent deux mètres de long, un an d’exploitation à peine avant l’arrêt définitif. Le pont-transbordeur F60 de Lichterfeld, en Lusace, dans l’est de l’Allemagne, aurait dû finir découpé au chalumeau comme tant d’autres vestiges industriels de la RDA. Mais démonter une machine de cette taille coûtait tellement cher que la solution la plus rentable a fini par être… de ne rien faire. Résultat : le monstre est toujours debout, transformé depuis 2002 en musée à ciel ouvert que l’on surnomme la « tour Eiffel couchée ».

À retenir

  • Une excavatrice géante n’a fonctionné que 13 mois avant son arrêt définitif
  • La découper aurait coûté plus cher que sa valeur en ferraille : un calcul qui a tout changé
  • Sauvée du chalumeau, elle est devenue l’une des attractions touristiques les plus visitées de Lusace

Sommaire

  1. Une carrière minière qui s’arrête après treize mois
  2. Ferrailler un géant : un calcul qui ne tenait pas debout
  3. De friche encombrante à monument industriel visité par centaines de milliers

Une carrière minière qui s’arrête après treize mois

Le F60 n’est pas né pour devenir une attraction touristique. C’est un excavateur-convoyeur, une machine conçue pour racler les couches de terre qui recouvrent les veines de lignite, avant que les pelles ne puissent extraire le charbon brun. Construit par VEB TAKRAF Lauchhammer entre 1989 et 1991, c’était le dernier d’une série de cinq exemplaires, et il a fonctionné de mars 1991 à juin 1992. Treize mois d’activité, pas un jour de plus.

La faute ne revient pas à une panne ou à un accident. Après la réunification allemande, la mine est passée sous la responsabilité de la société administrative des mines de Lusace et d’Allemagne centrale (LMBV), qui a fermé le site sur ordre du gouvernement fédéral. Du jour au lendemain, une machine conçue pour fonctionner pendant des décennies s’est retrouvée sans emploi, plantée au milieu d’un paysage minier que l’unification allemande venait de rendre obsolète. Pendant ce court laps de temps, l’engin n’a pourtant pas chômé : de sa mise en service à sa mise à l’arrêt le 30 juin 1992, il a déplacé environ 27 millions de mètres cubes de mort-terrain. De quoi remplir plusieurs fois le stade de France en gravats, pour une carrière professionnelle qui n’aura duré qu’un an.

Ferrailler un géant : un calcul qui ne tenait pas debout

Que fait-on d’une machine de onze mille tonnes devenue inutile ? En théorie, la ferraille. En pratique, le chantier de démolition d’un engin aussi massif suppose de découper des poutrelles d’acier haute résistance sur cinq cents mètres de long, dans une structure haute comme un immeuble de vingt-cinq étages, avec des équipes spécialisées mobilisées pendant des mois. Le prix de cette opération dépassait largement la valeur de récupération du métal. Détruire coûtait plus cher que ce que rapporterait la vente de la ferraille elle-même.

Le projet a bien failli finir sous les explosifs. La structure de cinq cents mètres de long et onze mille tonnes a échappé de justesse à la dynamite à la fin des années 1990. Personne, à l’époque, ne voyait dans ce squelette métallique autre chose qu’un problème logistique encombrant. D’ailleurs, l’idée de le conserver a mis du temps à convaincre : au départ, le projet comptait plus d’opposants que de partisans. Il faut dire que la région, en pleine reconversion post-charbon, avait d’autres priorités que de sauvegarder un engin minier hors d’usage.

C’est finalement une opération inhabituelle qui a scellé le destin du F60 : plutôt que de le laisser sur son site d’origine, promis à l’ennoiement lors de la remise en état du terrain minier, la machine a été déplacée de cinq cents mètres sur ses propres rails jusqu’à un emplacement stable, près du lac Bergheider. Un transfert spectaculaire pour un engin conçu pour rester quasiment immobile, mais bien moins onéreux qu’une découpe intégrale. Le calcul économique, aussi cynique soit-il, a fini par jouer en faveur de la préservation.

De friche encombrante à monument industriel visité par centaines de milliers

La bascule a eu lieu en 2002. Le F60 a rouvert ses portes, non plus comme outil de production mais comme projet de l’Internationale Bauausstellung Fürst-Pückler-Land, exposition minière internationale, devenant un point d’ancrage de la Route européenne du patrimoine industriel. Le succès, timide au départ, a fini par dépasser les espérances : dès 2010, bien plus d’un demi-million de personnes avaient déjà visité le site.

Le surnom de « tour Eiffel couchée » n’a rien d’un raccourci marketing. Avec une longueur totale de cinq cent deux mètres, le F60 dépasse la tour Eiffel de cent quatre-vingt-deux mètres. Posée verticalement, elle culminerait bien plus haut que le monument parisien. Sur place, les visiteurs découvrent une passerelle vertigineuse : ils peuvent inspecter environ 1,3 kilomètre de la structure et accéder à une cabine d’observation située à 74 mètres au-dessus du sol. La balade dans le ciel, comme l’appellent les guides locaux, dure environ 90 minutes.

Le poids affiché aujourd’hui n’est d’ailleurs plus tout à fait celui d’origine. Après modification et démontage de certains composants, la structure pèse encore onze mille tonnes. Un chiffre déjà considérable en soi, mais qui rappelle qu’une partie de l’engin a bel et bien été retirée au fil des travaux de conservation, sans pour autant justifier un démontage complet. Le site poursuit sa mue : selon les données récentes de l’office du tourisme régional de Lusace, un nouveau traitement anticorrosion doit être appliqué à la structure, et la construction d’un bâtiment de service et d’exposition multifonctionnel est prévue. Le monstre d’acier, sauvé par une simple équation de coûts, continue ainsi d’attirer les curieux là où d’autres géants industriels de l’ex-RDA ont, eux, fini sous les explosifs ou à la casse.

Sources : media24.fr | youtube.com

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