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De plus en plus de jeunes passionnés de soccer sont prêts à tout pour percer professionnellement en Europe. Mais des experts de ce sport appellent à se méfier des agents et autres intermédiaires peu rigoureux qui pourraient profiter de leurs ambitions.
Se présentant comme « The Footy Lawyer » sur TikTok et Instagram, Thomas Licursi est un avocat en droit du foot qui s’est donné comme mission de protéger le public des mauvais agents. « La règle numéro 1 : si on a beaucoup de talent, on ne devrait pas payer. Pas pour un essai et encore moins pour un agent ! » lance-t-il dans l’une de ses dynamiques vidéos filmées à la verticale.
Sur le terrain des réseaux sociaux, le Montréalais dans la fin vingtaine distribue des avertissements comme autant de cartons jaunes. « Si quelqu’un m’envoie un message sur Instagram et me demande de lui donner 800 €, est-ce que je vais le faire ? La réponse est non. Pourquoi ce serait différent dans le monde du foot ? Parce qu’on exploite les espoirs des jeunes », déclare au Devoir cet ancien athlète qui a joué à un haut niveau en Europe.
Promettre des essais ou une signature directe, « ce n’est pas du tout pro », tranche-t-il. « Quand un joueur veut aller jouer en Europe, il doit s’attendre à une offre concrète et réelle du club et à un entraînement soit journalier, soit plusieurs fois par semaine avec leur équipe. »
En entrevue au Devoir, John Print, un agent licencié FIFA du Royaume-Uni, souligne qu’il est seulement possible pour une agence de facturer des essais si c’est pour envoyer un joueur dans une académie privée qui n’a pas de liens juridiques avec un club. « Il n’y a toutefois pas de véritable passerelle vers une équipe première, donc pas vraiment de cheminement vers un contrat professionnel. Il faut que [l’agence] soit très claire là-dessus avec le joueur », insiste-t-il.
Gare aux agents
Selon David Pavot, professeur à l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche sur le sport responsable, un agent ne peut pas faire « n’importe quoi ». « C’est un vrai boulot, être agent », soutient-il, même si beaucoup d’agents reconnus FIFA ne font pas ce travail à temps plein. « C’est un représentant d’un athlète qui se rémunère sur les gains de l’athlète. C’est pas quelqu’un qui va organiser des voyages. »
Il compare le métier à celui d’un agent d’artiste. « Leur but, c’est “je prends une chance sur un jeune qui a du potentiel, je lui fais signer un contrat de représentation et je vais essayer de représenter ses intérêts auprès de clubs qui vont, par la suite, le payer, et une partie de ses revenus ou des frais d’échange de joueurs que les clubs s’échangeront, je vais me les mettre dans la poche”. C’est ça, le principe, insiste-t-il. Ce n’est pas une agence de voyages. »
David Pavot invite les parents à se méfier des agents qui veulent aller trop vite en affaires. N’est pas Jonathan David qui veut. « La tendance est de faire signer des contrats de représentation de plus en plus tôt aux jeunes. C’est pas nécessaire », dit-il. « Le jeune, s’il est bon, il va être détecté, il va être remarqué. Et s’il veut aller faire des essais en Europe, tout le monde est capable, aujourd’hui, de prendre un courriel et d’écrire au club. »
Une « usine à rêves »
Au fil de sa carrière, l’agent britannique John Print dit avoir été à même de constater des abus envers de nombreux jeunes joueurs, en Afrique et en Amérique du Nord, notamment au Canada. L’Europe est une « véritable usine à rêves », n’hésite-t-il pas à dire.
Dans ce paradis du foot, les académies franchisées, qui utilisent le nom de clubs connus, ont proliféré. « Mais en réalité, elles ne vendent que de l’entraînement. Il n’y a pas de véritable occasion derrière ça », estime l’agent britannique. « Et le problème, c’est que beaucoup de ces jeunes joueurs canadiens, lorsqu’ils arrivent en Europe, sont en réalité très loin du niveau requis. Donc ce n’est, de toute façon, pas réaliste. »
Pour David Pavot, la règle est simple, même si elle est cruelle : si vous n’avez pas été recruté déjà à 16-17 ans, laissez tomber le rêve d’être le futur Messi ou Ronaldo. « Même si on est le meilleur joueur de son équipe, de son quartier, de sa ville, voire du Québec, ce n’est pas pour autant qu’on aura la carrière rêvée. »
Un jeu en mal de règles ?
Organe directeur du soccer mondial, la FIFA — qui organise notamment les Coupes du monde, dont celle actuellement disputée en Amérique du Nord — fixe les règles encadrant les compétitions, les agents et les transferts de joueurs. Ces principes sont ensuite repris et appliqués par les fédérations nationales, dont Canada Soccer, et les ligues professionnelles.
« Je doute fortement que la FIFA dénonce publiquement les personnes qui brisent les règles », souligne pour sa part l’avocat Thomas Licursi.
À l’échelle nationale, parce qu’elle applique les règles de la FIFA, la fédération Canada Soccer a elle aussi une responsabilité dans la protection des jeunes joueurs, croit David Pavot. Elle devrait « au minimum faire une enquête » sur ces agents, « voire saisir la FIFA », dit-il. Même si, reconnaît-il, les fédérations sportives canadiennes ont peu de mordant. « Elles n’ont pas assez de moyens financiers, physiques, humains pour contrôler ce genre d’agissements. »
Il n’a pas été possible de parler à Canada Soccer ni à la FIFA, mais cette dernière publie un guide à l’attention des parents de joueurs pour les conseiller sur les façons de choisir un bon agent et de repérer les arnaques.
Depuis 2023, la FIFA impose un examen obligatoire pour les agents qui souhaitent exercer. Ce n’est plus le Far West d’avant, constate le professeur David Pavot. Mais encore faut-il qu’il y ait des plaintes.
En mars dernier, la Commission sur l’avenir du sport au Canada a rendu public un rapport dans lequel elle recommandait fortement d’améliorer les mécanismes de plaintes, difficiles d’accès et trop compliqués pour le commun des mortels. « Il n’y a pas de guichet unique, et savoir où s’adresser pour se plaindre d’un comportement qui n’est pas éthique est très difficile à trouver sur le site des fédérations », fait remarquer David Pavot.
Avec Félix Deschênes
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