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"Ce n'est pas agréable à entendre mais c'est la réalité." Cette réalité évoquée mercredi matin par le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), est celle de l'extrême dépendance de l'Europe aux États-Unis pour sa sécurité. Et ce ne sont pas les derniers soubresauts de l'actualité internationale qui y changeront quoi que ce soit, selon lui.
Le ministre a été interrogé à la Chambre, au sein de la commission de la Défense, sur les conséquences des menaces proférées par le président américain Donald Trump à l'encontre du Groenland. Ce dernier a fait savoir ces derniers jours que les États-Unis pourraient utiliser l'option militaire pour s'emparer de cette immense île arctique, territoire autonome du Danemark, riche en minerais et matières premières.
"Il faut prendre extrêmement au sérieux les déclarations sur le Groenland", a jugé le député François De Smet (Défi), à l'instar de nombreux autres parlementaires. "Ces menaces sont inacceptables", a notamment renchéri Koen Van den Heuvel (CD & V).
États-Unis-Venezuela : le Kremlin a-t-il proposé un "accord d'échange très étrange entre le Venezuela et l'Ukraine" à Donald Trump ?Dans la foulée de son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump avait déjà dit lorgner le Groenland. "Il y a un an, on pensait peut-être qu'il ne fallait pas trop s'énerver", a retracé M. Van den Heuvel. Mais la capture, samedi, du président vénézuélien par des soldats américains, en dépit de toute règle de droit international, a montré que Donald Trump n'éprouvait aucun scrupule à utiliser la force. "Les menaces deviennent effectives, elles sont à prendre au sérieux."
"Comment pouvons-nous encore faire confiance au président des États-Unis", s'est quant à lui demandé Axel Weydts (Vooruit).
Un contact avec l'ambassadeur américain
"Ce que le président Trump a dit sur le Groenland touche aux fondements de nos relations [transatlantiques]", a répondu Theo Francken. "La loyauté d'un allié n'est pas négociable ! Je répète : non-negotiable", a-t-il lancé en anglais dans le texte.
Le ministre de la Défense a indiqué avoir eu des contacts ces derniers jours avec les ambassadeurs des États-Unis en Belgique, Bill White, et auprès de l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique nord), Matthew Whitaker. "Je suis atlantiste. Dans l'accord de gouvernement, il apparaît que l'Otan reste la pierre angulaire de notre défense collective. Dans ce contexte, il est important qu'on reste en contact et qu'on ose parler de ce qui fâche."
Theo Francken réagit face aux menaces de Donald Trump sur le Groenland : "Particulièrement pénible""On est en crise", a-t-il reconnu. Mais "je suis convaincu que des initiatives seront prises dans les prochains jours, en coulisse ou sur le devant de la scène, pour sortir de cette situation. C'est mon espoir et je pense que cela va fonctionner."
Theo Francken a donc évité la surenchère. Mais en avait-il la capacité ? La Belgique et l'Europe en ont-elles la capacité ? Le ministre a voulu élargir le débat sur la dépendance des Européens à la force militaire américaine.
La défaite du "soft power"
"Je constate qu'en 30 ans, nous avons consenti trop peu d'investissements dans notre défense et trop mis l'accent sur le 'soft power' (l'influence par la manière douce, NdlR). Nous nous réveillons dans un monde où la manière forte domine et où le droit international n'est pas partagé par tout le monde. Nous sommes dans un monde où les forts font ce qu'ils veulent et les faibles subissent."
Cette Amérique-là n'est plus notre alliée pour défendre la démocratie et nos valeurs.
Le constat, aujourd'hui, c'est que "nous dépendons largement des capacités américaines pour le soutien à l'Ukraine et notre propre sécurité". "Nous n'allons pas faire sans les États-Unis, nous avons besoin d'eux. Pourquoi ? Parce qu'on a trop peu investi dans la défense."
L'Otan à l'épreuve du GroenlandDans le passé, "quand on avait besoin d'économiser 500 millions d'euros, on allait les chercher dans la Défense". "On n'est pas prêts. On n'a rien." Le résultat, selon M. Francken, c'est qu'on se trouve "dans une position où l'on doit demander à un chef aux États-Unis, un Daddy (comme le patron de l'Otan avait surnommé Trump, NdlR), de nous aider."
"Votre diagnostic est bon, a concédé au ministre le député François De Smet, pourtant dans l'opposition. Nous sommes un empire avec des valeurs, un empire de consommateurs. Mais il nous manque la force."
Christophe Lacroix (PS) a, lui, pris la tangente. "Je ne suis pas d'accord quand vous prétendez que nous sommes moins forts, et qu'on devrait presque se soumettre aux diktats du président Trump. Si les Européens se rassemblent, nous avons un arsenal supérieur à la Russie. La différence porte sur la dissuasion nucléaire, qui dépend des Français et des Britanniques." En tout cas, a conclu le socialiste, "cette Amérique-là n'est plus notre alliée pour défendre la démocratie et nos valeurs".
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