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De nombreux Français, dépendants de leur véhicule, prennent en pleine face l'explosion des prix. Ils nous racontent comment ils font face à ce trou béant dans leur budget.
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Par Emma Derome Publié le 9 sept. 2026 à 21h13
Cela fait plus de six mois que ça dure : le prix des carburants ne cesse de grimper. Cette fois, il atteint de nouveaux records, avec en toile de fond la guerre au Moyen-Orient qui fait toujours rage. Mercredi 9 septembre, le gazole se vend en moyenne à 2,29 euros le litre et le SP95-E10 à 2,12 euros le litre, soit + 40 % et + 25 % d’augmentation sur un an, de quoi faire craquer le portefeuille de nombreux foyers qui se restreignent déjà. Se priver de déplacements et de sorties, faire des économies sur les courses alimentaires, voire s’arrêter de travailler, car le lieu de travail est trop loin : ce sont les choix (contraints) que de nombreux Français nous disent avoir faits.
« Je gagne plus à rester chez moi »
Nous avons lancé un appel à témoignages sur nos réseaux sociaux. Certains internautes nous indiquent avoir fait des investissements depuis longtemps pour que ces fluctuations du prix du pétrole ne pèsent pas trop dans leurs finances : ils roulent à l’E85 (0,87 euro/L) ou au GPL (1,05 euro/L) après avoir fait poser un boîtier spécial sur leur véhicule, ou bien sont passés à l’électrique, que ce soit à la voiture ou au scooter.
Mais tout le monde ne peut pas se permettre cet investissement à quatre ou cinq chiffres. Et parmi les témoignages que nous avons recueillis, beaucoup disent être contraints de se restreindre au quotidien. « Le calcul, il est fait : plus de restos, et la question va même se poser sur l’inscription à une association sportive pour la rentrée », nous explique Virginie, qui ne fait d’ailleurs plus « le plein » mais fractionne son passage à la pompe selon ses finances.
Même chose pour Isabel, qui nous dit ne plus aller au cinéma pour limiter ses déplacements, « parce que 25 km, fois 2, ça fait trop ».
On va à l’essentiel, fini le lèche-vitrine pour se faire plaisir. Les petits à-côté, c’est pour l'anniversaire des enfants, sinon, on revient en arrière, c'est-à-dire se suffire de ce que l’on a déjà. Remplir le réservoir, le frigo et aller au travail. C’est tout.
« Je gagne plus à rester chez moi »
Et aller au travail, justement, ça en vient même à coincer. Isabel hésite à arrêter de faire 45 km aller-retour pour deux heures de ménage par semaine. Pas rentable. D’autres ont déjà sauté le pas et ont arrêté de travailler, comme Pauline. Celle-ci conserve son activité d’auto-entrepreneuse « pour rester active » mais a tout de même abandonné son activité principale à cause de la flambée du carburant ces derniers mois.
J'ai quitté mon travail. 300 euros de gazole par mois pour travailler... Je gagne plus à rester chez moi. Pour ne rien perdre, j'ai quitté mon CDI pour un CDD, et à la fin de mon CDD, j'ai ouvert mes droits au chômage.
Et elle n’est pas la seule. Colline nous dit faire le même constat déchirant. « Je fais 80 bornes par jour pour travailler… Là, je cherche plus près de chez moi, mais pour le moment je suis coincée. Je vais essayer de négocier une rupture conventionnelle pour toucher un peu de chômage et espérer manger correctement en attendant de trouver mieux… »
Se priver de rendez-vous médicaux
Car l’ardoise peut monter rapidement. Et devenir telle que certains en viennent à se priver de leurs besoins les plus essentiels : les courses deviennent plus frugales, la vie sociale se raréfie en milieu rural et les rendez-vous médicaux sont repoussés à des jours meilleurs. « J’ai dû annuler tous mes rendez-vous préconisés par mon dentiste, car je ne peux pas me permettre d’y aller chaque semaine pendant un mois, donc ce sera juste un rendez-vous par mois », témoigne Alicia, qui estime « ne plus vivre, mais survivre ».
À 2,45 euros le diesel, sachant qu'on habite à 20 km de notre lieu de travail, que notre fille est à 35 km de son ecole, autant dire qu'on en a pour 700 euros par mois environ.
Environ 70 % à 75 % des actifs français utilisent une voiture ou un véhicule personnel pour se rendre au travail, selon l’Insee. Cette dépense fait donc partie des indispensables. Certains ont même réorganisé leur vie professionnelle et personnelle en fonction, comme Ludovic. « Maintenant je bosse de nuit, ma femme la journée, et on a pu vendre le deuxième véhicule », confie-t-il, et « tant pis » s’il a besoin de la voiture durant la journée.
Et lorsqu’à la fin du mois il n’y a quand même plus de sous pour remplir le réservoir, certains posent des jours de congé, voire des arrêts maladie, ajoute un internaute, qui assume. « À force de taper sur les gens qui travaillent et qui ne parviennent plus à vivre de leur travail, on va finir par ne plus pouvoir aller bosser, nous aussi », grogne-t-il.
Tous ces automobilistes ne rentrent pas forcément dans les critères pour obtenir l’aide carburant du gouvernement, qui a été reconduite pour septembre et octobre. La moitié des personnes éligibles n’auraient, selon le gouvernement, pas encore fait leur demande.
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