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On a parlé aux nouveaux tourtereaux de La Chronique des Bridgerton, Luke Thompson et Yerin Ha

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INTERVIEW - En ligne ce jeudi sur Netflix, la quatrième saison met en avant les amours contrariées du cadet du clan. Un prétexte pour explorer un angle mort de la saga : les rapports de classe.

Séducteur et débauché, dilettante et artiste amateur, mais en même temps à l’écoute de sa fratrie, Benedict Bridgerton a toujours eu une place à part dans le cœur des fans de la saga en costumes de Netflix. La quatrième saison de La Chronique des Bridgerton, mise en ligne ce jeudi, va les ravir car elle met le jeune homme sur le gril et le confronte au coup de foudre auquel il ne croyait pas.

TV Magazine s’est entretenu avec son interprète francophone Luke Thompson, qui a grandi dans la région de Fontainebleau, ainsi qu’avec la nouvelle venue de la série Yerin Ha. L’actrice australienne, vue dans Halo  et Dune Prophecy, campe l’objet des désirs de Benedict Bridgerton, Sophie. Une femme de chambre pleine de ressources qui l’a ébloui au bal masqué de sa mère. Sauf que Sophie n’ayant jamais dévoilé son visage, il est incapable de la reconnaître quand il la recroise dans une auberge des semaines plus tard. Attiré par les deux versions de Sophie qu’il a rencontrées, le cadet Bridgerton s’engage dans un drôle de triangle amoureux.

À lire aussi La Chronique des Bridgerton de retour sur Netflix : décryptage d’une série à succès

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LE FIGARO – Luke, étiez-vous impatient de voir Benedict se confronter au « marché du mariage », comme ses frères et sœurs ?
Luke THOMPSON. - Le plaisir de camper un personnage sur la durée dans une série télévisée, c’est qu’on peut le voir développer. Jusqu’à présent Benedict passe pour un gentleman extraordinairement détendu, assuré et à l’aise. Là, on perce la carapace et le spectateur va découvrir ce qui le déstabilise : à commencer par l’amour, le dévouement, l’engagement à quelqu’un. J’ai aimé explorer son côté vulnérable – le traumatisme de la perte de son père si jeune - et voir ce qui le rend triste, furieux, voire antipathique et froid. Vous allez être surpris par certains de ses propos qui manquent de sensibilité.

Yerin, comment vous êtes vous intégrée à l’univers Bridgerton ?
Yerin HA. - J’ai fait une cure d’adaptation cinéma de Jane Austen et revu l’intégralité de La Chronique des Bridgerton et dévoré le roman, dont Benedict et Sophie sont les héros An Offer From A Gentleman. J’ai eu la tâche plus facile que mes prédecesseurs car je n’avais pas de leçons d’escrime ou d’équitation (rires). J’avais peu de temps pour comprendre qui était Sophie. La lecture du roman Longbourn, qui raconte Orgueil et Préjugés du point de vue des domestiques a été une grande aide. Je me suis aussi appuyée sur notre conseillère historique. Elle m’a permis de comprendre ce que signifiait l’opprobre d’être un enfant illégitime. Quand j’ai vu, pour la première fois, Luke avec son veston et sa chemise et cravate froncées, il me rappelait tellement Colin Firth, le M. Darcy de la minisérie de la BBC.

Comment expliquez-vous la complicité immédiate entre Sophie et Benedict ?
L.T. - Bénédict est touché par l’émerveillement sincère de Sophie au bal. Ce qui est paradoxal. Car des deux, Sophie est généralement celle qui a les pieds sur terre et ne se laisse pas impressionner par ce qui relève du rêve.

Y.A. - Sophie est dans une perpétuelle quête de ses origines. Élevée avec les filles de la maison, elle est plus instruite que ses collègues domestiques, dont elle est à la marge. N’ayant eu personne pour la soutenir, elle se sent seule. Mais cela a aussi forgé son caractère spirituel et son obstination. Cette saison va la mener sur la voie de l’acceptation et de l’estime de soi. Je pense que la confiance en soi qu’a Benedict l’intrigue et dans l’anonymat de la mascarade, ils sont capables d’établir une connexion sincère, qui n’est pas parasitée par leur position sociale.

Sophie sous les traits de la mystérieuse ingénue en robe d’argent que cherche désespérément Benedict. LIAM DANIEL/NETFLIX

Votre saison aborde un angle mort du monde de Bridgerton : les rapports de classe.
L.T. - C’est la joie de cette série. À chaque retour à l’écran, le cadre s’élargit. Le rideau se lève même dans les quartiers des domestiques. Vous suivez la gouvernante des Bridgerton dans ses déambulations. Cette hiérarchie sociale façonne aussi le lien entre Benedict et Sophie. Sophie est une enfant naturelle. Elle n’appartient ni à la bonne société, ni au rang des serviteurs. C’est cette entre-deux qui la pousse à se rendre clandestinement au bal masqué des Bridgerton. Du fait de son statut aisé et de sa position de fils cadet, Benedict peut se montrer ouvert d’esprit et tolérant…jusqu’à la cécité. À force de ne pas juger, il est hors sol et aveugle. Il n’a pas conscience du pouvoir qu’il exerce sur les autres du fait de ses origines nobles.

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Y.H. - C’est rare que des tourtereaux de Bridgerton affrontent des obstacles aussi visibles et massifs. La chronique des Bridgerton est un univers glamour. Pour la première fois, on en voit les coulisses plus âpres. Le quotidien d’une femme de chambre, d’une cuisinière n’avait rien d’enviable et était difficile. Cela apporte une nouvelle énergie à la saison. Il y a un vrai suspense sur la nature du voyage qui va permettre à Benedict et Sophie de se mettre en couple. Comment faire quand le monde entier te martèle que ce à quoi aspire ton cœur est interdit ?

En quoi cette quatrième saison est un peu différente des précédentes ?
L.T. - D’entrée de jeu, survient le coup de foudre. Il n’y a pas une lente progression et d’atermoiements. Benedict et Sophie s’embrassent dès le premier épisode. Le défi n’est pas de savoir si les sentiments sont mutuels mais de voir comment l’amour qui éclôt dans une bulle peut survivre et s’adapter au monde réel. On le voit bien quand Benedict propose à Sophie de devenir sa maîtresse et qu’il ne voit pas le problème que cela pose à la jeune femme. Il y a un aspect plus cru. Benedict va avoir un grand chemin à parcourir pour se montrer digne de Sophie et se retrouver sur la même longueur d’onde.

Y.H. -J’ai apprécié le soin que notre showrunner Jess Brownell a porté à la question du consentement pour éviter que l’on franchisse la ligne de crête et bascule dans la coercition. Lorsque Benedict propose à Sophie de l’entretenir et d’en faire sa maîtresse, c’est vraiment pour lui l’unique solution à la disparité de leurs origines. Il n’est guidé par aucune mauvaise intention. C’est comme cela que se comportent les gens issus de castes si privilégiées. Il ne comprend pas à quel point cette offre est une insulte pour Sophie qui n’attend pas de prince charmant et pose tout de suite ses limites. En résultent des premiers épisodes où le désir est plus refoulé, déchirant et se teinte de chagrin.

Trouvez-vous que Bridgerton a bousculé les codes de la comédie romantique ?
L.T. - Avant, il y avait vraiment une séparation entre les drames historiques d’un côté et la romance de l’autre. La romance était jugée avec beaucoup de condescendance et de misogynie. Un genre féminin et mièvre qui n’intéressait personne. En réalité, cela attire beaucoup de monde et c’était tout un marché qu’on laissait abandonner. La chronique des Bridgerton a radicalement transformé à quoi ressemblent un roman et un drame historique. La série a montré qu’une licence poétique était envisageable. Bridgerton écrit ses propres règles et cherche une certaine authenticité tout en voulant parler à nos sensibilités modernes. La série a inventé une réalité augmentée, qui laisse une part au rêve. Cela a introduit une légèreté tout américaine dans un cadre rigide, on ne peut plus britannique !


Y.H. - La Chronique des Bridgerton est une invitation à l’évasion et est réputée pour sa mise en scène du désir. Comme le dit Luke, il y a une forme de réalité augmentée. Il faut trouver le juste milieu entre ce que vous vous autorisez à exprimer et ce que vous préférez dissimuler. Je ne jouerais pas de la même manière l’attirance et le coup de foudre si je jouais dans une production A24, qui miserait sans doute sur quelque chose de plus terre à terre et ancré.

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Vous souvenez-vous de vos premières impressions sur la série ?
L.T. - J’ai passé mon audition sur la scène de la balançoire, lorsque Benedict et Eloise conversent et admettent qu’ils sont les anticonformistes de la famille… J’ai été frappé par l’aspect très contemporain de cette discussion entre un frère et sa sœur, qui cherchent leur place dans la vie. Le personnage de Benedict m’a aussi interpellé. Il est le plus insaisissable du clan. Il est un touche-à-tout dans bien des domaines. Il est très fluide dans son mode de vie. C’est rafraîchissant : la sexualité masculine à la télévision est souvent source d’angoisse. Soit on est gay, soit on est hétéro. Cette binarité nourrit bon nombre d’intrigues basées sur la répression. Pas Benedict, Il est curieux, mais sa sexualité n’est pas une question d’identité.

Y.H. - Je suis comblée : j’avais toujours rêvé d’explorer l’angle de « l’amour interdit ». Décrocher le rôle de Sophie a été un défi psychologique. J’ai dû me faire confiance et réalisé que j’étais à la hauteur de ce rôle principal, puisque des directeurs de casting et de producteurs m’avaient choisie. J’ai eu une chance fabuleuse avec Luke, tout est allé de soi, de manière spontanée. Nous n’avons pas eu besoin de répétitions pour trouver notre complicité. Nous avons aussi été aidés par le calendrier, qui nous a permis de tourner nos scènes de manière chronologique. Les semaines que nous avons passées à tourner les séquences dans le manoir de campagne de Benedict resteront dans mon cœur pour toujours. Elles ont une incroyable valeur sentimentale car c’étaient nos premières scènes en commun et la météo était merveilleuse. Personne n’imagine à quel point il est difficile de faire voler un cerf-volant !

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