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« On a aidé à leur réussite » : en Seine-et-Marne, Sylvie part à la retraite après avoir vu défiler 2 000 élèves

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 Après 41 ans à l'Institution Saint-Aspais, à Melun, Sylvie Gaignon prend sa retraite. Celle qui enseignait en filière bac pro revient sur ces années au service des élèves.

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Sylvie Gaignon - professeure partant à la retraite - Institution Saint-Aspais - Melun

C’est à quelques mètres du bâtiment où elle a passé tant de temps que Sylvie Gaignon prend la pose… ©PV/RSM77

Par Paul Varenguin Publié le 11 juil. 2026 à 17h59

« Les enfants font une farandole, et le vieux maître est tout ému. Demain, il va quitter sa chère école, sur cette estrade il ne montera plus… ». C’est ce que chantait, il y a près de 60 ans, Hugues Aufray.
Et c’est peut-être également le refrain qui a traversé l’esprit de Sylvie Gaignon. Alors que les résultats du bac professionnel 2026 ont été dévoilés ce mardi 7 juillet 2026, ce sera pour elle l’heure de refermer définitivement ce chapitre, celui de l’enseignement.
Professeure en bac professionnel depuis 1985 au sein de l’Institution Saint-Aspais de Melun (Seine-et-Marne), elle part à la retraite après avoir vu défiler un peu plus de 2 000 élèves devant elle. Pour nous, elle revient sur ses souvenirs et sa carrière. Portrait.

Une carrière lancée par hasard

L’histoire d’amour (à ce niveau, c’en est une) entre Sylvie Gaignon et l’Institution Saint-Aspais remonte à l’extrême-fin des années 1970, alors qu’elle est encore sur les bancs de l’école. Elle ne pense d’ailleurs pas, à cette époque, passer de l’autre côté des tables. « J’ai fait ma scolarité, de la maternelle à la seconde, à Jeanne-d’Arc. Ce n’est que pour la première et la terminale que j’arrive à Saint-Aspais, à une époque où l’établissement s’ouvrait peu à peu aux filles », se remémore-t-elle.

Mais, à cette époque, pas question pour elle d’entrer dans l’enseignement. Son ambition à elle, c’était de devenir secrétaire. Une opportunité inattendue fera tout basculer, et bouleversera ses plans. « Tout est dû au hasard. J’avais laissé semble-t-il un bon souvenir dans l’établissement, et, durant l’été 1985, j’étais revenue pour présenter ma fille au sous-directeur de l’époque », poursuit-elle.

C’est là que tout bascule. Il lui annonce qu’une professeure voulait prendre du temps pour elle, et qu’on lui propose de récupérer sa place, pour enseigner la sténodactylo. « Trois jours après, j’acceptais le poste ! », sourit-elle.

Elle a vingt-deux ans, et sa carrière est lancée.

Parcours au lycée

Nous sommes le 1er septembre 1985. Ce jour-là, l’actualité est marquée par la découverte de l’épave du Titanic, dans l’Atlantique nord. Beaucoup moins médiatique mais plus proche de nous géographiquement, Sylvie Gaignon fait ses premiers pas devant les élèves.

Dans sa salle, les élèves apprennent… à taper à la machine à écrire. Pour les plus jeunes de nos lecteurs, cela peut sembler être la préhistoire, mais pour Sylvie Gaignon, c’est toute une palette de souvenirs qui remonte à la surface. « Ça faisait un boucan dans les salles… je ne vous raconte pas », plaisante-t-elle.

Au fil des années, elle devient de plus en plus à l’aise, et s’installe durablement dans le paysage de l’établissement, enseignant la sténodactylo, l’environnement des techniques administratives, ou encore l’écogestion. Si les intitulés des enseignements changent, sa manière d’être perdure. « J’ai toujours été dans le cadre, à imposer une attitude. L’autorité doit être là. Et je crois qu’il y a un besoin du côté des jeunes », confie-t-elle.

Et il en fallait. Dès la deuxième année, elle se retrouve face à une classe de 37 élèves, « pleine de grands gaillards ! ». « Il fallait s’accrocher ! », plaisante-t-elle. S’accrocher aussi, car en 1995, on lui propose de devenir responsable du lycée professionnel. « À l’époque, la filière était en plein boom. On a pu développer des filières, notamment les passerelles, au début des années 2000. On accueillait des jeunes malheureux, qui repartaient reconnaissants, bien dans leur peau », continue celle qui continuait dans le même temps à enseigner.

Dans un coin de sa tête, elle garde aussi de nombreux souvenirs associés à ces années. Immédiatement, ce sont deux drames qui lui reviennent en tête. D’un côté, la disparition de Monsieur Suard, celui qui l’avait recrutée, mais aussi celle d’un autre chef d’établissement.

Mais tout n’est pas sombre, et de nombreux souvenirs plus gais lui reviennent en mémoire. « On a l’arrivée des 4e et 3e pro, et évidemment les sorties scolaires, notamment sur les plages du Débarquement, où je devenais une maman de substitution. Les élèves étaient très heureux dans ces moments », confie-t-elle.

Elle garde aussi en mémoire la mise en place du dispositif Erasmus pour les élèves du lycée professionnel. D’ailleurs, lors de notre entretien, elle revenait de Dublin (Irlande), où elle leur avait rendu visite. « C’est autre chose, mais on avait aussi créé un journal, on l’avait appelé Libre expression », mentionne-t-elle.

Une ex-élève témoigne

Parmi les élèves qu'a vu passer Sylvie Gaignon, il y a Charlotte Suinot. Aujourd'hui attachée technico-commerciale à La Rép', elle a connu Sylvie Gaignon en tant que responsable du lycée professionnel. « Je ne l'ai jamais eue en professeure, mais j'ai eu affaire à elle. C'était quelqu'un de très à l'écoute, et qui faisait confiance aux élèves, se souvient-elle. Elle voulait leur bonheur et leur épanouissement, et se donnait à 100 % pour nous », décrit-elle.Pour Charlotte Suinot, « elle se battait aussi pour que le bac pro soit reconnu ». « Elle voulait prouver qu'on peut réussir dans cette filière tant dénigrée », termine celle qui a obtenu un Bac + 5.

Visiblement, ces souvenirs sont aussi présents dans la mémoire des élèves qu’elle a vu passer (voir par ailleurs), qui sont nombreux à venir lui parler, lorsqu’ils la croisent. « C’est quelque chose qui fait toujours plaisir. Beaucoup ont de belles situations, et puis je suis fière, les élèves dépassent le maître ! On se dit qu’on a un peu participé à cette évolution, à ce parcours », confie-t-elle. Et, pour l’anecdote, il est même arrivé qu’elle donne des cours aux enfants de ses anciens élèves !

Évolution du métier

Au-delà de tous ces moments, Sylvie Gaignon a aussi été témoin de l’évolution d’un métier, celui de professeur, mais aussi de tout un environnement. Il faut quand même garder en mémoire qu’elle a connu la machine à écrire, le minitel, les premiers ordinateurs, les PC portables, et maintenant les montres connectées et l’intelligence artificielle. « On s’adapte, il n’y a pas d’autre choix », confirme-t-elle.

On s’adapte, oui, et notamment au savoir que l’on doit inculquer aux élèves, alors qu’une réforme en chasse une autre. « Quand j’ai commencé, il y avait le BEP ASAI. Avec les élèves, on faisait des diagrammes SCOM, des réseaux de pertes… et tout ça, ça a disparu. Je m’en rends compte que ce qu’on apprenait en BEP est aujourd’hui enseigné en BTS. Il y a eu un nivellement vers le bas », déplore-t-elle.

Les élèves aussi, changent. Si elle garde une certaine forme de tendresse pour chacune des générations qu’elle a pu côtoyer, elle remarque tout de même une tendance. « Je crois qu’ils sont un peu moins curieux et motivés par le challenge aujourd’hui », observe-t-elle.

Malgré tout, elle ne garde aucun regret de toutes ces années. « Je pense que je referai certainement tout de la même manière. Je me suis donné à fond, je crois avoir fait de mon mieux. Et je ne pense pas avoir à rougir de ce que j’ai fait », estime-t-elle.

Destination : retraite

Maintenant qu’elle a rangé ses stylos rouges dans son tiroir, et refermé son sac, Sylvie Gaignon va commencer une nouvelle période de sa vie : la retraite. Et une chose est certaine, elle ne compte pas s’ennuyer. « Je dois avouer que c’est quand même un choc. J’ai hâte, mais d’un autre côté, c’est un peu ma vie ici. Mais je ne regrette rien », analyse-t-elle.

Elle prévoit ainsi d’aller davantage en Normandie, du côté d’Arromanches-les-Bains (Calvados), une petite station nichée au creux des plages du Débarquement. « Et puis j’ai toute une famille ! J’ai cinq petits-enfants, de 15 ans à 10 mois. Cela me fait du monde à voir et à m’occuper », reprend-elle. Petite fierté pour la mamie : l’aîné de ses petits-enfants s’oriente vers un bac pro PMIA, pour Pilotage et maintenance des installations automatisées. « La boucle est bouclée ! », s’amuse-t-elle.

Malgré tout, elle restera fidèle à l’établissement qu’elle a fréquenté tant d’années, et qui était devenu une sorte de résidence secondaire. « Je serai jusqu’au bout une Aspasienne ! Cette école est en moi, mon père et mes enfants ont été élèves ici quand même », termine-t-elle. Et là, pas sûr qu’il s’agisse d’un hasard…

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