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Le gouvernement du Yukon a adopté cette semaine un projet de loi lui permettant de suspendre les travaux d'établissement de la nouvelle autorité territoriale de santé. Cette mesure suscite l’inquiétude de la communauté francophone et est vivement condamnée par les Premières Nations.
Le projet de loi 5, déposé par le Parti du Yukon pour modifier la Loi sur l’office de la santé, a été adopté mardi, sans l’appui de l’opposition. Les députés n’étaient pas tous présents lors du vote, qui s’est soldé à 10 voix pour, 6 contre.
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Brad Cathers, qui est à l’initiative de ce projet de loi, a affirmé que le Parti du Yukon était engagé à réévaluer les plans prévus pour l’Office de santé pour mieux rediriger les ressources financières. Il assure que le gouvernement travaillera sur les priorités partagées avec les Premières Nations, qui étaient partenaires de ce projet.
Inquiétudes chez les francophones
L'Association franco-yukonnaise, qui avait négocié des gains importants pour la francophonie dans le cadre législatif de cette autorité, craint que le gouvernement n'abandonne définitivement ce projet.
On a l’impression qu’on se dirige vers l’abrogation du projet de l’Office de la santé, mais on manque d’information. Ce n’est pas clair si c’est pour le mettre en pause, le temps de faire des révisions, ou si c’est juste une abrogation pure et simple, s’inquiète Edwine Veniat, présidente du Conseil d’administration de l’Association franco-yukonnaise (AFY).

Dans une lettre, l’Association franco-yukonnaise a fait part de ses inquiétudes au gouvernement quant à ces changements. Elle réitère également son soutien aux Premières Nations.
Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny
Le fait que même les Premières Nations, qui sont interlocuteurs principaux du projet, n’aient pas été consultées montre l’ampleur de ce manque de communication, selon Edwine Veniat.
Cet Office de santé n'est pas une simple lubie de l’ancien gouvernement, souligne-t-elle, mais le fruit d'années de travail collaboratif. Elle espère qu’il ne s’agit pas d’une joute politique, où le Parti du Yukon refuserait de maintenir des mesures entamées par son prédécesseur.
Les Premières Nations fustigent une mesure unilatérale
Lorsque le projet de loi a été introduit, la semaine dernière, le Conseil des Premières Nations du Yukon (CYFN) et le Comité des chefs sur la santé (CCOH) l’ont condamné vivement, dénonçant des changements qui confèreraient au ministre un contrôle total pendant cette période transitoire, remplaçant le modèle de cogouvernance initialement prévu, dans une déclaration.
Des décisions de cette ampleur, en particulier celles qui modifient la gouvernance, les pouvoirs et les responsabilités, ne peuvent et ne doivent pas être prises sans les Premières Nations, est-il écrit dans le document.
Un projet en suspens
Debra-Leigh Reti, députée libérale pour la circonscription de Vuntut Gwitchin, a accusé le gouvernement d’avoir fait passer le projet de loi le plus vite possible à l’Assemblée, avec un débat limité. Elle pointe l'ajout d'une clause protégeant le gouvernement de toute responsabilité légale face à cette décision.
La création de cette nouvelle autorité de la santé découlait directement des recommandations du rapport La population d’abord , un vaste examen réalisé en 2020 sur l’état des services de santé au Yukon. L’Office dispose déjà d’un conseil d’administration et d’un président, et 17 millions de dollars y ont été investis.

Des partisans de ce projet voyaient l’autorité de santé comme un moyen de déraciner le racisme systémique dans le système de santé et d’améliorer les soins des patients autochtones.
Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos
Les députés ont rejeté une motion de Debra-Leigh Reti mercredi, qui visait à faire comparaître des représentants du conseil d’administration de l’Office de la santé pour répondre aux questions à l’Assemblée.
La leader de l’opposition néo-démocrate, Kate White, a quant à elle déclaré devant la législature que cet Office de santé s’accompagnait d’espoirs de changements transformateurs.
Dans un communiqué de presse, la semaine dernière, le gouvernement indiquait que mettre ce travail sur pause permettrait de rediriger des ressources directement vers les soins de première ligne, le recrutement du personnel et les hôpitaux.
Avec des informations de Dana Hatherly


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