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Ode aux profs, sources d’inspiration et non des dates d’expiration

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Tu as besoin de temps pour réapprendre à le perdre, tu as besoin de vide pour pouvoir refaire le plein.

Dans la classe flotte une ambiance d’au revoir. Ces adieux ont parfois une saveur d’eau salée. Ils remplissent les fossettes, petites et grandes, de larmes, créant ainsi des mini-océans de bonheur ou de tristesse sur les joues des grands comme des petits.

Je joue, tu joues, il joue, rien ne va plus, les jeux sont faits pour nos élèves. Le bulletin météorologique a laissé des notes chaudes et humides sur leurs derniers examens faits à la sueur de leur front. À vos souhaits pour l’an prochain, disait Félix, allergies et mouchoir à la main. À dans deux mois, chère Juliette, n’oublie pas trop les fractions et essaie de lire un peu, s’il te plaît, durant le congé. Non, le contenant de crème glacée ne compte pas comme une lecture. Bonne route à toi, Victor, qui pars et finis ton primaire sans te retourner, tu verras qu’à la polyvalente, tout se passe très vite malgré ce que son nom porte à croire.

C’est la fin juin et tout le monde parle en même temps.

Silence, s’il te plaît. Plutôt, silence, s’il vous plaît.

Je vous vois. Je ne vous vois plus, disait la luciole.

On demande aux minis de se taire pendant que le ministère de l’Éducation, lui, parle, parle, parle, parle… Il parle tellement qu’il parle même de travers, au travers de ses travers. Oui, c’est la « CAQtastrophe », mais n’allez pas croire que cette strophe n’appartient qu’à eux. Hélas, ce poème ne sonnait guère mieux sous les autres partis, tous partis en guerre contre le gros bon sens (à un moment ou à un autre), un autre quatrain vide pour quatre ans de vide.

Sortez les archives et vous verrez que plus ça change, plus c’est pareil, peu importe sa saveur partisane, la tisane laisse un goût d’amertume.

Et si nous aimions vraiment nos enfants ?

Ce n’est pas en saignant que l’on enseigne. Pourtant, cette affiche qui illumine les murs revient toujours en septembre : « Adultes recherchés ». Tu te livres sans page ni signet, à te faire du sang d’encre… de Chine. Indélébile, mais surtout pas débile. Ces taches laissent des séquelles collectives malgré les conventions censées t’en protéger. Le statut du maître est appelé à disparaître, alors qu’il ne demande qu’à être.

Mais livrés à quoi, les professeurs ? À la merci d’un nombre de photocopies ? D’écrans aliénants ? D’une discipline souple, telle de la pâte à modeler ? Ou esclaves de parents ? Je croise les doigts de voir une nouvelle commission voir le jour, non pas pour espérer de vrais changements, je ne suis pas dupe, encore moins naïf ; il y a trop de chaises ergonomiques confortables bien ancrées dans le bureau climatisé des directions.

Simplement, je souhaite pouvoir encore oser montrer du doigt les quiproquos laissés par le statu quo sur le dos de nos cocos. Et si les enfants pouvaient voter pour leurs idéaux ?

Tu es prof, tu élèves de futurs citoyens, mais la lourdeur de la machine te fait plier l’échine. Tu conjugues la paperasse crasse à l’imparfait. Le futur pourrait être si simple devant ce passé décomposé qui rêve encore d’un avenir plus que parfait.

Oublions le passé, c’est simple, créons un crayon sur l’oreille, un projet qui écoute le terrain, qui a bonne mine, qui aiguise l’esprit critique et qui brise la langue de bois.

Et si nous transformions les pupitres en pépites d’avenir ? Vous embarqueriez ?

Mais non, à la place, il y a toutes ces dernières rencontres qui auraient pu et dû être, non pas un courriel, mais juste une note dans l’hebdo. Dans ce tintamarre de fin d’année, le « j’en ai marre » descend vite jusqu’au fond du gouffre, noyé par la lourdeur de la tâche.

Lundi matin, le roi, sa femme et son petit prince ont fait la course de couleurs, mardi, c’était la journée aux cheveux fous habillés en vert lime, mercredi, semble-t-il que ce sont les jeux d’eau et la canicule, jeudi, le spectacle de clôture en soirée et vendredi, on remplace la collation par celle des grades en ajoutant la kermesse en après-midi et le dodo à l’école. Ouf !

Ah oui, j’oubliais ! Il y a la journée pédagogique d’une journée tempête à reprendre qui enlève du temps pour terminer la correction, faire du ménage dans la classe, ramener les plantes à la maison, monter les bureaux l’un sur l’autre, préparer les groupes pour le retour de septembre et j’en passe beaucoup, beaucoup.

Roum dum dum wa la dou, c’est le temps du début des camps de vacances, ou de la continuité, c’est selon. En espérant que peu d’entre nous, cette fois-ci, sacreront leur camp pour de bon, pour de longues vacances qui s’étirent au-delà de septembre, laissant trop de postes vacants derrière.

Mais avant de te rendre au bout du rouleau, cher prof, prends soin d’effacer le tableau avant d’y laisser ta peau.

Et si nous aimions vraiment les professeurs, on n’aurait pas besoin de rappeler que le prof est une source d’inspiration et non une date d’expiration. Qu’il vaut plus qu’une statistique qui coupe le souffle et qu’un autre rapport non nécessaire.

Alors, respire. Fais le plein de vide pour ne pas te perdre. Car à force de vouloir sauver l’école, on oublie parfois de se sauver soi-même.

C’est par ici, la sortie. C’est le temps de cirer les planchers. Comme si c’était la priorité. Bonne convalescence.

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