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Derrière les traits d'Obelgix, emblématique supporter des Diables rouges, se cache un entrepreneur du nom de Nicolas Dardenne. Juste avant qu'il décolle vers les Etats-Unis - "mon deuxième pays, où j'ai vécu deux ans" - pour suivre l'équipe de Rudi Garcia, le Brabançon s'est livré sur son parcours et ses souvenirs lors des différentes Coupes du monde. Nicolas Dardenne est l'Invité du samedi de La Libre.
A quel moment avez-vous créé ce personnage ?
Lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, j'ai fait plusieurs fois le buzz, dans les médias et sur les réseaux sociaux, en portant différents déguisements. A mon retour, j'ai décidé de me contenter d'un seul costume, d'une seule identité. A l'occasion du match France-Belgique en 2015, j'ai créé le personnage d'Obelgix, pour titiller nos amis français. J'ai commandé un costume, je l'ai personnifié aux couleurs belges et j'y ai ajouté ma touche : les bretelles, les grandes cornes...
Vous espériez vous faire remarquer ?
Je savais qu'en ayant un costume qui sort de l'ordinaire, ça pouvait marquer les esprits. Le déguisement est impressionnant, je suis maquillé, je suis torse nu, je porte des Crocs. Et je ne change jamais rien, qu'il pleuve ou qu'il gèle. C'est ce qui fait peut-être le charme d'Obelgix.
Depuis quand suivez-vous les Diables rouges ?
Depuis toujours. J'allais déjà au stade durant la période de vache maigre, avant la génération dorée. Je suis passionné de foot depuis tout petit. J'ai dû arrêter de jouer à cause de mon tendon d'Achille, alors que je le pratiquais depuis mes quatre ans. J'étais même repris dans la sélection des meilleurs joueurs du Brabant wallon, j'étais pisté par le FC Liège, le Standard et Anderlecht quand j'étais jeune. Mais mes parents ne m'ont jamais donné la chance de devenir footballeur professionnel. Ils m'ont demandé de mettre mon focus sur ma carrière en entreprise.
Quelle profession exercez-vous aujourd'hui ?
Je suis patron de quatre entreprises : deux supermarchés Delhaize, à Anderlecht et à Wezembeek, la société de recrutement D-Network et le cabinet d'expertise comptable Lieutenant Guillaume.
Votre personnage vous sert-il dans vos milieux professionnels ?
Je ne me présente jamais comme Obelgix dans mes contacts, mais la référence apparaît sur ma page Linkedin et beaucoup de monde sait qui je suis. Cela permet de briser la glace car le personnage intrigue pas mal de gens. Et il donne un côté accessible, sans prise de tête, sans chichi.
Obelgix et les supporters belges durant l'Euro 2024, face à la Slovaquie ©VKAVous avez noué un partenariat avec la marque de café Rombouts. Cela signifie-t-il qu'Obelgix vous rapporte désormais ?
Je ne peux pas dire ça, non. J'ai quatre entreprises, donc je n'avais pas besoin d'un sponsor. J'ai accepté ce partenariat pour le fun. Incarner Obelgix me procure des avantages, je reçois des tickets pour les matches, je suis invité dans les zones VIP... Mais plutôt que les zakouskis et les flutes de champagne, je préfère être dans le stade avec les fervents supporters, où il y a l'ambiance. On se connait tous, on forme une petite famille, on boit des bières, on mange des burgers. Le foot, c'est la simplicité. J'ai la même conception qu'Eden Hazard.
Arrive-t-il que ce personnage vous pèse ?
Non, j'adore ce que je fais. J'ai envie que les supporters adverses et les supporters belges aient une image positive du football et de l'équipe nationale, à travers les chants, les sourires, le soutien... Avant un match, je n'ai même plus l'opportunité de boire une bière avec mes potes parce que les enfants, les familles viennent me demander des photos, et je veille à rester disponible. Certains jeunes qui vont au stade ont parcouru énormément de kilomètres et ils rêvent d'avoir un autographe ou une photo, mais les joueurs de l'équipe nationale se rendent beaucoup moins disponibles qu'avant. Quand ils me voient, ces jeunes ont évidemment la patate et le sourire, et c'est à moi qu'ils demandent ces souvenirs.
Comment réagissez-vous à cette notoriété ?
Elle va plus loin que ce que j'aurais pu imaginer, mais je réagis avec beaucoup d'humilité. D'ailleurs, j'ai horreur de lire dans la presse que je suis le supporter numéro un. Je suis peut-être le plus emblématique, le plus célèbre, mais je ne me prétends pas meilleur que les autres. Plein de supporters ne loupent aucun match, vont voir les équipes de jeunes, les Red Flames... Malheureusement, je ne parviens pas à être suffisamment disponible pour cela.
Les Diables rouges vous connaissent-ils ?
Oui, les joueurs me connaissent. Après, ils ne m'ont jamais invité au restaurant ou à manger un barbecue chez eux. Mais j'ai déjà reçu des vidéos de Youri Tielemans ou de Roberto Martinez pour mon anniversaire. J'ai aussi eu l'occasion de discuter longuement avec Rudi Garcia ou Eden Hazard.
Que pensez-vous de la sélection actuelle ?
La sélection est juste et bien équilibrée. Le coach a osé faire des choix, en prenant de nouveaux joueurs, qui doivent se montrer. Les plus expérimentés, qui sont en fin de carrière, vont vouloir tout prouver, pour donner une belle impression. Je trouve vraiment positif que Rudi Garcia ait réussi à créer une ambiance dans ce groupe, à le refédérer, en insistant sur les valeurs fondamentales d'une équipe nationale : la fierté de porter le maillot, de représenter leur pays. Chapeau à ce coach français qui chante la Brabançonne, qui prononce les prénoms des joueurs avec un accent bien belge. Il fait tout le contraire de Domenico Tedesco, qui ne s'était pas du tout adapté à la culture belge, qui avait créé une distance avec les Diables, et même la zizanie dans le groupe. Tout cela nous donne de l'espoir.
Obelgix avec Rudi Garcia. ©DRVous semblez très positif. Vous voyez cette équipe performer ?
Il faut rester réaliste. Sur papier, certaines équipes sont bien plus fortes : la France, le Portugal, l'Espagne, le Brésil, l'Argentine, l'Angleterre. Les Diables ont le statut d'outsiders, mais on peut espérer qu'ils arrivent à créer la surprise. Dans une Coupe du monde, cela se joue sur des détails. Si l'équipe est unie, si la chance est avec nous, si l'équipe est en place, je pense qu'on peut faire quelque chose de bien.
Quel est le meilleur souvenir que vous gardez en tant que supporter des Diables ?
Le match face au Japon, en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2018, car tout le monde a explosé de joie quand on a gagné à la dernière minute. Après avoir été menés 0-2, on est passé par toutes les émotions. Les supporters sur place ont tout donné. J'étais aphone après la rencontre.
Le quart qui a suivi face au Brésil est-il le plus beau match des Diables, selon vous ?
Oui, parce que c'est le Brésil, que des joueurs comme Neymar se trouvaient sur le terrain, qu'il y avait un monde fou du côté brésilien et que la Belgique a montré au monde entier qu'elle était aussi une nation de football. C'était un match exceptionnel.
Entre supporters sur place, l'ambiance devait être incroyable...
Oui ! A la fin du match, je suis monté dans le car des parents des joueurs, où se trouvaient les familles d'Axel Witsel, de Thibaut Courtois, des frères Hazard, de Romelu Lukaku... J'ai pris le micro et j'ai mis une ambiance de fou furieux. Tout le monde chantait, était debout sur les sièges... Le chauffeur russe était super fâché, parce que j'avais mis le bordel dans son bus. Il ne voulait plus conduire, alors que les passagers devaient se rendre à l'aéroport. Tous ces VIP ont failli louper leur avion à cause de cet épisode.
Eden Hazard face aux Brésiliens en 2018 ©(c) Peter De Voecht / PhotoNewsVous partez ce week-end aux Etats-Unis pour suivre les Diables. Quel budget ce voyage représente-t-il ?
Le billet d'avion revient à 1200 euros. Les logements coûtent entre 100 et 300 euros par nuit. Les vols intérieurs sont à 300 dollars et je les ai tous réservés jusqu'à la finale pour m'assurer qu'il n'y ait pas d'inflation des prix. J'ai donc dû miser sur le fait que les Belges termineront premiers du groupe. Si ce n'est pas le cas, je devrai payer d'autres billets. Quant aux tickets des matches, ils coûtent 52,50 euros, ce qui représente un prix préférentiel pour les supporters des Diables les plus fidèles. Il y aura encore la nourriture, les boissons, tout ce qui est "amusement"... Ca va quand même bien cogner. C'est la Coupe du monde qui va coûter le plus cher de tous les temps, et je ne trouve pas ça normal. Moi, j'associe le football au peuple, aux supporters qui vivent pour ce sport. Dans ce cas-ci, il faut faire énormément de sacrifices pour pouvoir suivre les Diables. Beaucoup de supporters et d'amis avec qui j'ai suivi toutes les Coupes du monde ne seront pas présents cette fois. J'ai donc des doutes sur l'ambiance qu'il y aura dans les stades. Je ne le cache pas, ça me fait peur...
Les Diables risquent d'à peine entendre leurs supporters...
Nous serons peut-être 2000, voire moins. Dans un stade de 80.000 places, c'est peu. En plus, nous allons être placés très haut dans l'enceinte, alors que nous nous positionnons habituellement derrière le but. C'est décevant... Mais on verra bien une fois sur place. Je suis vraiment curieux de voir l'organisation, l'ambiance.
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