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Nouveau service d’accompagnement à distance pour prévenir les surdoses

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Il était deux heures du matin lorsque l’intervenante Stacey Moore a pris l’appel. À l’autre bout de la ligne, une femme d’âge moyen s’apprêtait à s’injecter un stimulant. Seule chez elle, elle voulait s’assurer que quelqu’un puisse appeler le 911 si elle faisait une surdose. Ce réflexe lui a possiblement sauvé la vie. « On se parlait et, à un moment donné, j’ai entendu la personne tomber et faire des convulsions », raconte Stacey, intervenante au service Accompagnement à distance en prévention des surdoses (ADPS).

Même si la dame était inconsciente, Stacey est restée en ligne avec elle jusqu’à l’arrivée des secours. L’histoire se termine bien : la dame s’en est sortie. Elle a même pris la peine de remercier l’intervenante dans les jours suivants. « Elle a dit à mes collègues à quel point elle était contente, qu’elle ne s’était pas sentie seule, qu’elle entendait le son de ma voix, que ça l’avait aidée à s’accrocher. Quand on entend ça, on ne peut pas être insensible à tout ça. »

C’est pour des gens comme elle que l’organisme Drogue : aide et référence, qui offre un service d’écoute, de soutien et d’orientation vers des ressources depuis 30 ans, a développé ce nouveau créneau pour accompagner les gens non pas seulement avant et après, mais pendant la consommation. Sur le terrain, le besoin se faisait sentir depuis plusieurs années en raison de la crise des surdoses et de la contamination des substances dans le marché illégal, explique la directrice de l’organisme et initiatrice du service ADPS, Nancy Rocha. « Lorsque les personnes consomment seules, il y a un risque important de décéder », rappelle-t-elle. Une analyse des rapports du coroner faite par Le Devoir en 2023 démontrait que plus de 80 % des surdoses mortelles survenaient dans ces conditions.

Malgré ces tristes statistiques et la sensibilisation qui est faite sur le sujet, plusieurs personnes continuent de consommer seules, constate Nancy Rocha, qui évoque notamment « la peur d’être stigmatisé » et le « manque de ressources », précisant que « 11 régions administratives sur 17 n’ont pas de centre de consommation supervisée ».

Mais pour certains, « c’est un choix de vouloir consommer dans le confort de leur maison, souligne-t-elle. C’est un droit tout à fait légitime. Donc maintenant, sachant qu’ils s’exposent à ce risque-là, ils ont une option pour être accompagnés et avoir un filet de sécurité. »

Interventions sur mesure

Le service Accompagnement à distance en prévention des surdoses a été lancé comme projet pilote en juin 2025. Depuis, plus de 200 appels ont été faits d’un peu partout au Québec.

Il n’y a pas de « profil type », répète Nancy Rocha. « Ça peut être notre parent, notre ami, notre collègue de travail, notre enfant, quelqu’un qui a un travail, quelqu’un qui n’a pas de travail, ça peut vraiment être tout le monde. » Certains appelants consomment de façon récréative, d’autres sont des consommateurs réguliers. Ils appellent de chez eux, de leur voiture ou même d’une toilette publique. Deux choses sont néanmoins essentielles : l’appelant doit donner son consentement pour que l’intervenant appelle les services d’urgence si une surdose survient, et sa localisation pour que ceux-ci puissent le trouver rapidement.

Par la suite, l’intervenant va poser les questions de base pour savoir ce que la personne s’apprête à consommer et de quelle façon, afin de pouvoir faire une meilleure analyse clinique de la situation, car les symptômes de surdose varient en fonction de la substance et du mode de consommation.

La suite dépend de l’appelant, explique Stacey Moore. Certains vont procéder dans le silence. L’intervenante va alors s’informer de sa situation à intervalle régulier. D’autres vont avoir envie de parler de la pluie et du beau temps ou de problèmes liés à leur consommation, ce qui va mener à une intervention un peu différente. « On les prend où ils sont, on ne va pas pousser ou chercher plus. On s’adapte vraiment au besoin de la personne. »

Sans jugement

Stacey le reconnaît, certains vont mentionner le côté « un peu bizarre » d’avoir une personne en ligne pendant qu’ils consomment. « On a conscience qu’on rentre dans leur intimité, dans une certaine vulnérabilité, mais il n’y a pas de jugement, on essaie vraiment d’amener la personne à se sentir accueillie dans tout ça. »

La directrice Nancy Rocha estime que son équipe fait du bon travail, puisque « beaucoup de gens nous rappellent » lors de leurs consommations subséquentes, preuve selon elle que le service répond à un besoin.

Pour appeler, les gens n’ont pas besoin d’être seuls, rappelle l’équipe. Ça peut être un couple qui consomme ensemble et qui cherche à le faire dans un cadre sécuritaire ou même un jeune qui consomme dans sa chambre, mais qui ne veut pas en parler à ses parents, une situation qui rappelle le décès tragique du jeune Mathis en décembre 2023. « Dès qu’il y a une crainte par rapport à une consommation, appelez », résume Stacey.

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