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L'aile militaire du Hezbollah est désormais bannie au Liban. Cette décision inédite, voire historique, a été annoncée lundi en début d'après-midi par le Premier ministre Nawaf Salam, à l'issue d'un Conseil des ministres très tendu, convoqué en urgence.
L'" interdiction immédiate de toutes les activités sécuritaires et militaires du Hezbollah, considérées comme illégales, et l'obligation pour celui-ci de remettre ses armes à l'État libanais et de limiter son action au domaine politique" devra être mise en œuvre de façon "immédiate" par les forces armées libanaises (FAL), "afin d'empêcher toute opération militaire ou tout lancement de roquettes ou de drones depuis le territoire libanais", a déclaré M. Salam. "L'État libanais proclame son refus absolu […] de toutes actions militaires ou sécuritaires à partir du Liban en dehors du cadre de ses institutions légales", a poursuivi le chef du gouvernement, ajoutant que "la décision de guerre ou de paix était du seul ressort" de l'État.
Un lourd bilan
Cette décision intervient après que le Hezbollah a lancé des roquettes sur le nord d'Israël dans la nuit de dimanche à lundi, entraînant une riposte massive, dès l'aube, de l'État hébreu sur la banlieue sud de Beyrouth, le sud-Liban et la Békaa, des régions où le mouvement chiite est majoritaire. Le bilan de ce premier jour de guerre est lourd : au moins 52 morts et 154 blessés, selon les autorités libanaises.
La veille, le Hezbollah avait promis de "faire face à l'agression" américano-israélienne contre l'Iran, après la mort du guide Ali Khamenei, considéré comme une autorité spirituelle par les chiites. Depuis vendredi, les autorités libanaises avaient pourtant tout tenté pour convaincre le Hezbollah de se tenir à l'écart du conflit, alors que le Liban ne s'est toujours pas remis de la guerre de 2024 – et obtenu des assurances en ce sens du mouvement chiite.
"Il peut s'agir d'une stratégie mise en œuvre par Téhéran d'imposer un coût à Israël, aux États-Unis et à leurs alliés, en épuisant leurs stocks d'intercepteurs de missiles ou d'augmenter le coût de la guerre pour forcer son arrêt", analyse le directeur de Crisis Group au Liban, Heiko Wimmen. "Mais ce sont encore une fois les chiites qui en paieront le prix", déplore-t-il, soulignant que "les Libanais sont épuisés".
Un cessez-le-feu déjà mort-né
Le Hezbollah affirme avoir vengé la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei, éliminé le 28 février dans la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l'Iran. Le mouvement dirigé par Naïm Qassem n'avait plus lancé d'attaques contre son ennemi israélien depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, qui avait mis fin à un conflit meurtrier de 66 jours dont le Hezbollah était sorti très affaibli. Tel-Aviv, en revanche, n'a jamais cessé de violer la trêve, frappant quotidiennement le sud-Liban et la Békaa, tout en maintenant son occupation de plusieurs points de la zone frontalière, accusant le Hezbollah de se réarmer.
"Je doute que cette interdiction prise par le gouvernement soit suffisante pour les Israéliens, à moins qu'il y ait des actions visibles sur le terrain, comme des arrestations ou un déploiement massif de l'armée libanaise", observe encore Heiko Wimmen. Les Forces armées libanaises (FAL) ont entamé, à la mi-février, la deuxième phase du désarmement du Hezbollah, concernant cette fois une zone plus au nord, entre les fleuves Litani et Awali, malgré le refus du Hezbollah de rendre les armes tant qu'Israël ne respecterait pas sa part du cessez-le-feu.
Lundi après-midi, le mouvement n'avait toujours pas réagi à la décision du gouvernement, qui – fait notable – a été approuvée par des ministres relevant de la quote-part de son allié de toujours, le mouvement Amal du président du Parlement Nabih Berry.
Dans un communiqué diffusé lundi soir, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad – que les médias israéliens donnaient pour mort – a dénoncé la décision du gouvernement, la qualifiant de "fanfaronnade". "Un gouvernement libanais incapable d'imposer la paix à l'ennemi, et tout aussi incapable d'entrer en résistance face à l'agression, devrait s'abstenir de créer des problèmes internes supplémentaires susceptibles d'aggraver encore l'état de tension et d'agitation", souligne le texte. Au même moment, l'armée israélienne faisait état d'une nouvelle incursion de drone en provenance du Liban dans le doigt de la Galilée.
Beyrouth sous les bombes, la population en fuite
Au Liban, la nuit écoulée a ravivé le cauchemar vécu par la population lors de la dernière guerre. Lundi à l'aube, de puissantes déflagrations israéliennes ont retenti dans toute la capitale, faisant trembler les immeubles à plusieurs kilomètres à la ronde, suivies de raids massifs au sud-Liban et dans la Békaa – deux régions où les habitants de 53 villages se sont vu ordonner d'évacuer. Les frappes se sont poursuivies tout au long de la journée, terrorisant une population déjà éreintée par le conflit de basse intensité en vigueur depuis novembre 2024.
Le Liban dans l'impasse face à l'intensification des frappes israéliennes : "Les Libanais sont dans une position impossible""Quand j'ai vu sur mon téléphone que le Hezbollah avait revendiqué des frappes sur le nord d'Israël, l'angoisse a commencé à monter, j'ai fui aussi vite que j'ai pu", témoigne Sarah, qui habite dans la banlieue sud. "Nous sommes fatigués de cette guerre permanente", lâche, à bout de nerfs, la jeune femme, confiant avoir "vainement espéré que le Hezbollah n'entrerait pas dans la guerre".
Les raids massifs israéliens ont d'ores et déjà provoqué l'exode de milliers de personnes dans la banlieue sud de Beyrouth, mais aussi au sud-Liban et dans la Békaa. Le cauchemar paraît loin d'être terminé. Le chef de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a promis lundi de porter "un coup dévastateur" au Hezbollah pour son soutien à Téhéran.
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