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« C’est toute une aventure. Vraiment toute une aventure », affirme Anna Lambe lors d’une entrevue virtuelle avec Le Devoir. L’actrice canadienne évoque ainsi avec enthousiasme ses retrouvailles avec Siaja pour la saison 2 de North of North (Chronique arctique). Son personnage, après avoir rompu avec son mari, était notamment retourné vivre chez sa mère, Neevee, avec sa fille. Quitte à provoquer des étincelles. « Siaja et Neevee ont traversé tellement de choses ensemble. Siaja et Neevee, chacune à sa façon, essaient de faire de la place à la vulnérabilité, ce qui, parce qu’elles sont si différentes, devient parfois une source de conflit entre elles », souligne-t-elle. Et de renchérir : « Elles savent sur quel bouton appuyer chez l’autre. Je pense que c’est ça, le vrai moteur de la comédie et ce qui rend leur dynamique aussi drôle ». Ce retour dans la communauté fictive d’Ice Cove, ça promet.
« Elles apprennent beaucoup l’une de l’autre. Il y a de la compassion là-dedans. C’est rafraîchissant, en fait. C’est aussi tellement courageux, ce que ces deux femmes là font l’une pour l’autre », poursuit Maika Harper, qui prête pour sa part ses traits à Neevee. Siaja et sa mère sont, de fait, le cœur et l’âme de la série. « J’adore écrire pour elles. On adore écrire pour elles. On veut être les amies de nos personnages. On adore voir comment Anna et Maika les font vivre », se réjouit Alethea Arnaquq-Baril, qui a cocréé North of North avec Stacey Aglok MacDonald. L’amour, toujours, pour la deuxième saison. « Je ne dirais pas tant que la suite est différente. C’est plutôt qu’on va beaucoup plus en profondeur avec les personnages, leurs relations, l’intrigue. On a bâti ce monde-là, et les gens comprennent mieux maintenant ce que c’est, le Nord, et ce que c’est, la culture inuite, les Inuits », mentionne Anna Lambe.
Se décoloniser
« La trajectoire de Siaja et de Neevee nous montre que ce qu’elles font, en réalité, c’est qu’elles sont en train de se décoloniser. Bien sûr, elles ne se promènent pas en y pensant consciemment. Mais elles essaient de devenir un peu moins fuckées, de faire de leur mieux pour rendre leur vie un peu meilleure pour elles-mêmes, mais aussi pour les autres », assure Stacey Aglok MacDonald. North of North revêt alors une dimension politique, qu’elle qualifie de « tranquille ». « Ma mère, par exemple, est allée dans un pensionnat. Qui elle est, aujourd’hui, n’a rien à voir avec la mère que j’ai connue quand j’étais petite. La guérison est un long chemin qui a ponctué sa vie. Ce n’est pas quelque chose qu’elle a décidé de faire intentionnellement dès le départ. Elle savait juste qu’elle devait aller mieux, qu’elle devait bâtir une vie, un foyer, plus sécuritaire pour ses enfants, et elle l’a fait petit à petit, mais constamment », explique la cocréatrice de la série. Une source d’inspiration incontestable. « Aujourd’hui, on a une famille qui s’aime, qui se soutient. On a traversé des choses incroyablement difficiles, mais on rit tellement ensemble. C’est ça, vivre tranquillement et essayer de construire une vie un peu plus heureuse », ajoute-t-elle.
Anna Lambe croit que son existence — l’existence autochtone — est intrinsèquement politique. « Ça a du sens que ce soit présent dans la série, parce que ça fait partie de notre vie de tous les jours. Mais le fait est que, comme dans la vraie vie, la série ne tourne pas autour du traumatisme, de la colonisation ou de la marginalisation », précise-t-elle. À l’écran, les enjeux sociaux des communautés ont leur place, mais il s’agit de bien plus encore. « Ce qui porte l’histoire, c’est l’humanité de ces personnages », soutient l’actrice. Une humanité qui se révèle avec beaucoup de complexité et de nuance, comme chez Neevee. « Elle est plus âgée, sexy et sans complexe : si une grande partie de la société n’aime pas voir une femme assumer sa charge sexuelle, c’est d’autant plus agréable pour moi de pouvoir jouer avec ça et de m’amuser », indique Maika Harper. Celle-ci salue alors une fiction qui met l’accent sur la relation que les personnages ont avec eux-mêmes, avec leur propre monde.
« J’ai essayé tellement fort d’expliquer pourquoi les réalités autochtones étaient importantes dans le passé, alors qu’il suffit simplement de laisser les gens nous connaître comme des êtres humains ordinaires, rire avec nous. C’est plus puissant que d’être factuelle et scolaire là-dessus, même si ces choses-là ont leur place aussi », relève enfin Alethea Arnaquq-Baril. Anna Lambe espère de son côté que le public retiendra de la deuxième saison de North of North que la vulnérabilité n’est jamais une faiblesse. « C’est effrayant. Mais parfois, s’ouvrir, c’est la chose la plus forte qu’on puisse faire. C’est ce qui va nous libérer », conclut-elle.


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