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Nitassinan : l’ode engagée de Joséphine Bacon au territoire

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C’est devant un public enthousiaste que Joséphine Bacon a présenté son nouveau documentaire, Nitassinan, le 4 août dernier au théâtre Outremont. Le film a été coréalisé avec la cinéaste abénakise Kim O’Bomsawin.

Avant même le début de la représentation, la poète innue a été accueillie par une longue salve d’applaudissements, témoignant de l’attachement du public à son œuvre et de l’attente entourant ce nouveau film, 20 ans après sa première réalisation.

Ce film, ce n’est pas mon idée à moi. Il ne vient pas de moi, a affirmé Joséphine Bacon.

C’est un film rêvé par Réginald Vollant. Il a rêvé du passé. Il a rêvé du présent et il a rêvé du futur aussi. Tout ce que je souhaite, c’est que j’ai respecté son rêve.

Réginald Vollant était le directeur du festival Innu-Nikamu, et un des producteurs de cinéma derrière Kuessipan et Je m’appelle humain. Il est décédé du cancer en 2018, avant que son rêve pour Nitassinan ne puisse se réaliser.

Le documentaire parle de l’importance du territoire ancestral innu, le Nitassinan, à travers une série d’entrevues avec des habitants des communautés innues de la Côte-Nord et du Labrador.

L’approche, surtout, est très douce et sereine. Plutôt que de ruminer la destruction du territoire, le film est parsemé d’images qui longent la rivière Manicouagan et donnent l’impression d’une forêt infinie.

Pour Joséphine Bacon, il s’agit de montrer la beauté du Nitassinan et le bonheur qu’il lui procure lorsqu’elle s’y trouve. Le visuel du film illustre bien la tendresse et l’amour que la poète a pour son territoire ancestral.

Je veux lui rendre hommage à travers la poésie et laisser parler des gens qui l’ont tellement aimé, dit la poète.

Affiche du film Nitassinan.

L'affiche du nouveau film de Joséphine Bacon, coréalisé et produit par Kim O'Bomsawin.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté Présence Autochtone

Nitassinan, un mot politique

Nutshimit est le mot traditionnel pour désigner le territoire chez les Innus. Nutshimit veut dire la forêt, ou le territoire de chasse et de vie en innu-aimun. Nitassinan, toutefois, signifie notre territoire, et est empreint d’une connotation politique à cause du pronom possessif.

Quand les compagnies minières et les barrages hydroélectriques ont détruit le territoire qui était resté intact depuis des millénaires, les Innus, autrefois nomades, ont été forcés de se sédentariser et de quitter Nutshimit.

C'est là que se trouvent nos racines. C'est là que se trouvent toute notre identité, notre langue et nos rêves aussi, explique Joséphine Bacon. La déconnexion du territoire traditionnel a entraîné une perte des savoirs ancestraux qui ont guidé des générations d’Innus à travers le Nutshimit.

Dans le film, des images d’archives montrent les populations innues pendant les années 1950, remontant la rivière pour la chasse. Les aînés des communautés de la Côte-Nord et du Labrador, dont Joséphine Bacon, se souviennent de cette époque avant l’imposition de la sédentarité, du français et de la religion catholique.

Interprète et activiste innue du Labrador, l'aînée Elizabeth (Tshaukuesh) Penashue est une des figures centrales du documentaire. Dans les années 1980, elle avait fait partie du mouvement de protestation contre les vols en basse altitude effectués par les forces armées canadiennes à Goose Bay. Elle aussi se souvient de cette époque avant la sédentarisation, dont Joséphine Bacon parle avec tendresse.

Des décennies plus tard, les deux femmes sont encore impliquées dans la préservation de la langue, du savoir et du territoire innu, qu’elles affectionnent tant.

Ce que tu entends, c’est la rivière qui coule et les animaux. C’était ça le bruit, puis le bruit du vent sur les arbres. C’était ça Nutshimit, quand il était encore pur et qu’il n’y avait pas de multinationales. Tu vivais avec sa respiration.

Quand les bulldozers sont arrivés, et la dynamite, ils ont amené le bruit. Le bruit a éloigné les animaux. Les oiseaux migrateurs se sentaient perdus quand ils revenaient.

Face à la destruction causée par les forces armées canadiennes et les entreprises énergétiques, les Innus se sont mobilisés pour défendre leurs terres ancestrales. C’est au cœur de cette résistance qu’est né le terme Nitassinan, notre territoire.

En y intégrant le possessif notre, une notion jusqu'alors absente pour désigner la terre, le peuple innu revendique sa responsabilité envers le Nitassinan, pour retrouver un équilibre bouleversé par l’exploitation du territoire.

Une personne souriante à l'intérieur d'un édifice.

Joséphine Bacon.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Retrouver le chemin du territoire

Malgré la peine que suscite la colonisation du Nitassinan, Joséphine Bacon rayonne de bonheur et d’optimisme. Pour elle, c’est en retournant sur le territoire qu’il devient possible d’adoucir son chagrin pour se reconnecter à sa culture et à sa communauté.

Je ne crois pas qu'on guérisse complètement de certaines choses qu'on a vécues. [...] Sur le territoire, tu comprends à quel point tu peux être blessé. Mais il faut y vivre un certain temps pour te soigner.

Dans Nitassinan, des membres des communautés innues témoignent de leurs efforts pour se reconnecter à leur territoire traditionnel. De nouvelles générations apprennent l’innu-aimun, la chasse et la pêche, et les techniques ancestrales, comme la construction de canots et de raquettes, qui ont permis à leurs ancêtres de vivre sur le territoire pendant des milliers d’années.

Ces histoires – superposées sur des images du Nitassinan, de ses arbres, du lichen, des montagnes, des lacs et des rivières – témoignent de la richesse de la culture innue, et de l’importance de la protéger pour les membres de la communauté.

Dans leur seconde collaboration, Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin retracent l’histoire du peuple innu sur le Nitassinan, offrant une œuvre de poésie visuelle qui célèbre la richesse du territoire et des traditions innues.

Nitassinan nous demande de ralentir et d’écouter le territoire qui nous entoure, car il transporte une beauté et un savoir qui survit grâce à l’acharnement et à la tendresse des communautés innues de la Côte-Nord et du Labrador.

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