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Les résultats publiés le 29 octobre confirment que les élections israéliennes n’ont désigné aucun vainqueur clair : aucun des deux blocs sionistes ne dispose des 61 sièges nécessaires pour obtenir la majorité à la Knesset (Parlement israélien), qui compte 120 sièges. Cette impasse aggrave la crise politique en Israël et rend d’autant plus probable que le Premier ministre Benjamin Netanyahou cherche à faire la guerre pour perpétuer son pouvoir.
Le Likoud de Netanyahou a revendiqué la victoire : arrivé en tête avec 27 sièges, il en totalise 53 avec ses alliés fascisants et ultra-orthodoxes. Mais si cela lui donne un avantage dans les négociations à venir, cela ne lui garantit pas pour autant de former le prochain gouvernement. Le principal parti d’opposition, dirigé par l’ancien chef d’état-major de l’armée Gadi Eisenkot, a remporté 21 sièges, son bloc « Changement » en ayant obtenu 48.
Ce fut une campagne électorale opposant deux criminels de guerre sur la meilleure façon de poursuivre le génocide des Palestiniens à Gaza et de l’étendre à la Cisjordanie, ainsi que de continuer les guerres contre le Liban, la Syrie et, surtout, l’Iran.
Netanyahou a été inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) de l’ONU, tandis qu’Eisenkot a fait partie du cabinet de guerre de Netanyahou pendant huit mois pour mener la guerre d’Israël contre Gaza. Eisenkot est tristement célèbre pour avoir formulé la doctrine Dahiya, qui préconise le recours à une force écrasante et disproportionnée contre les infrastructures civiles des territoires contrôlés par l’ennemi, mode opératoire d’Israël dans toutes ses guerres.
Cette joute électorale a été une campagne raciste contre les Palestiniens, à l’extérieur comme à l’intérieur du pays, à laquelle ont adhéré tout autant les sionistes ultranationalistes que les sionistes « libéraux ». Elle découlait inexorablement de la logique fondamentale de l’État sioniste, fondé sur l’expulsion et la spoliation des Palestiniens.
Tous les partis sionistes qui se sont présentés aux élections s’engagent à poursuivre et à étendre les guerres contre les Palestiniens. Tous soutiennent la guerre du président américain Donald Trump contre l’Iran et offrent les services d’Israël comme mandataire de Washington dans sa tentative de dominer cette région riche en ressources ainsi que les grandes voies de transport.
Presque tous les dirigeants du bloc d’opposition, présentés par les médias comme « modérés » ou « centristes », sont d’anciens chefs militaires ou responsables politiques qui ont servi sous Netanyahou et partagent son avis sur toutes les questions essentielles, au point que son gouvernement a pu mener à terme un mandat complet de quatre ans, chose presque sans précédent.
Malgré la perte de la majorité de Netanyahou, le soutien aux deux blocs est resté globalement le même qu’aux élections de 2022. Une nette majorité d’électeurs a voté pour des partis de droite sur le plan idéologique, notamment le bloc de Netanyahou et au moins deux partis d’opposition clairement de droite, dirigés par Avigdor Liberman et Naftali Bennett, qui détiennent ensemble 72 sièges.
Les Démocrates, dirigés par l’ancien général Yair Golan et soutenus par les « libéraux » israéliens qui défendent la solution à deux États, morte depuis longtemps, à un moment indéterminé de l’avenir, ont obtenu 8 sièges, doublant ainsi leur poids parlementaire.
C’est la participation record de 80 pour cent des citoyens palestiniens d’Israël, qui représentent 20 pour cent de la population et boycottent traditionnellement les élections israéliennes, qui a modifié l’issue du scrutin dans le cadre du système israélien de représentation proportionnelle. Les deux partis arabes – la Liste unifiée, dirigée par Youssef Jabareen et Ahmad Tibi ainsi que par Ofir Cassir, du parti de gauche arabo-juif antisioniste Hadash, et la Liste arabe unie (Ra’am), mouvement islamique conservateur dirigé par Mansour Abbas, qui avait rejoint le « gouvernement du changement » de 2021-2022, de courte durée – ont obtenu respectivement 11 et 8 sièges, soit le meilleur résultat jamais obtenu par des partis arabes à la Knesset, privant le bloc de Netanyahou de la majorité.
Cette participation record traduisait la peur et la colère des Palestiniens d’Israël face à l’incitation du dirigeant du Sionisme religieux et ministre des Finances Bezalel Smotrich à la violence des colons, avec ses appels racistes à « judaïser » la Galilée et le Naqab (Néguev), des régions d’Israël où vivent des centaines de milliers de Palestiniens. Autre sujet d’inquiétude : l’abandon institutionnel qui dure depuis des décennies et qui a engendré la criminalité organisée et la violence des gangs, avec un nombre d’homicides sans précédent, phénomène qui s’est fortement aggravé sous la responsabilité du dirigeant d’Otzma Yehudit (« Force juive ») et ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir.
Aucun des deux partis arabes n’offre de voie progressiste, puisqu’ils souscrivent de fait au programme de l’État sioniste, ce qui atteste de l’effondrement total de la perspective nationaliste palestinienne. Le dirigeant de Ra’am, Abbas, a déclaré que son parti souhaitait faire partie du prochain gouvernement, tandis que le président de la Liste unifiée, Jabareen, a affirmé que son parti était prêt à aider à ouvrir la voie à l’éviction de Netanyahou du pouvoir, depuis l’extérieur du gouvernement.
Comme l’opposition à Netanyahou – le bloc « Changement » d’Eisenkot et les partis arabes – compte ensemble 67 sièges, Eisenkot a exigé que le président le charge de former un gouvernement. Mais un gouvernement majoritaire dépendrait de la formation, par Eisenkot et ses alliés, d’une coalition avec les partis arabes. Alors que Golan, le dirigeant des Démocrates, a appelé à une telle coalition, Eisenkot, Bennett et Liberman l’ont rejetée, déclarant qu’ils entendaient ne s’appuyer que sur des partis « sionistes » pour former le nouveau gouvernement.
Samedi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Tel-Aviv, à Jérusalem, à Haïfa et dans le nord d’Israël pour exhorter l’opposition israélienne à conclure un accord avec les partis arabes afin de faire tomber le gouvernement de Netanyahou. Le rassemblement de Tel-Aviv a été confronté à une contre-manifestation de jeunes partisans d’extrême droite de Netanyahou.
Netanyahou et ses alliés fascisants ont intensifié leur campagne visant à délégitimer une telle alliance. Il a accusé sans la moindre preuve les partis arabes de « voler » les élections, soi-disant avec des fonds du Qatar, et a affirmé que tout gouvernement qui dépendrait d’eux « mettrait Israël en danger ». Ben-Gvir a réclamé l’arrestation des dirigeants des partis arabes, et Smotrich, qu’ils soient soumis à un interrogatoire du Shin Bet (service de sécurité intérieure). La Commission électorale centrale et la police ont rejeté l’affirmation selon laquelle les partis arabes auraient « volé » les élections.
Leur campagne semble en passe de réussir : la possibilité que les dirigeants de l’opposition reviennent sur leur parole et coopèrent avec les partis arabes pour évincer Netanyahou paraît s’éloigner. Sans la coopération des parlementaires arabes, Eisenkot ne pourrait pas former de gouvernement, ce qui laisserait à Netanyahou une voie vers le pouvoir sans majorité.
Le président Isaac Herzog doit maintenant consulter les groupes parlementaires et choisir le chef de parti qui a les chances les plus réalistes de constituer une coalition. Netanyahou peut désormais tenter d’amadouer des parlementaires de l’opposition pour qu’ils rejoignent sa coalition et lui assurent une majorité, chercher à former un gouvernement d’unité nationale, ou rester Premier ministre par intérim si les négociations échouent et que le pays se dirige vers de nouvelles élections, ce qui le maintiendrait au pouvoir pendant six mois supplémentaires.
La lutte entre les blocs rivaux se déroulera dans l’ombre d’une probable reprise de la guerre contre l’Iran. Une nouvelle guerre servirait les intérêts politiques de Netanyahou : elle retarderait la possibilité de former un gouvernement alternatif, ramènerait Israël à l’état d’urgence, contraindrait ses rivaux politiques à rejoindre un gouvernement d’union et anéantirait l’opposition.
Dimanche, Golan, le dirigeant des Démocrates, a averti que Netanyahou pourrait exploiter une nouvelle attaque militaire contre l’Iran pour rester au pouvoir. Écrivant sur le réseau social X, il a déclaré : « La probabilité d’un nouveau cycle de combats avec l’Iran augmente ».
Ses propos font suite à de nombreux reportages et déclarations israéliens et américains laissant entendre qu’Israël et Washington se préparent à lancer une nouvelle attaque contre l’Iran après les élections américaines de mi-mandat. CNN a rapporté, peu avant les élections israéliennes, que Netanyahou prévoyait d’attaquer l’Iran dans les jours à venir, mais que des responsables américains lui avaient demandé de patienter, signe qu’une opération conjointe était imminente. Selon une source israélienne, l’avertissement du chef d’état-major de l’armée israélienne Eyal Zamir, selon lequel une attaque pourrait perturber les élections, a contribué à convaincre l’administration Trump d’attendre.
Les préparatifs en cours comprennent le renforcement des forces américaines dans la région et des avertissements adressés aux alliés du Golfe pour qu’ils se préparent à une campagne militaire intense. Le Pentagone a envoyé des défenses anti-aériennes, des munitions et des fournitures supplémentaires, et a retiré du personnel de bases vulnérables. Une batterie de missiles Patriot supplémentaire est acheminée vers Israël, dans un contexte de craintes de pénurie d’intercepteurs.
Les préparatifs concernant les bombardiers et les avions de chasse, les réductions d’effectifs diplomatiques et le retrait du personnel exposé indiquent tous que des attaques américaines et des représailles iraniennes se préparent. L’Iran a déclaré qu’il répondrait à toute nouvelle attaque en frappant des cibles d’infrastructures américaines, du Golfe et israéliennes dans les pays voisins.
Selon le Wall Street Journal, Trump et Netanyahou se sont entretenus au téléphone samedi matin, alors que les États-Unis exposaient leurs plans de reprise des frappes contre l’Iran. Dimanche, Trump a déclaré aux journalistes à Palm Beach : « Il nous reste encore à nous occuper, je dirais, d’un ou deux sites, mais nous pouvons le faire en 10 minutes [...] On pourrait probablement regarder du côté de Pickaxe Mountain, et il faut s’en occuper. » Pickaxe Mountain serait un site servant à entreposer des matières nucléaires, qui n’a pas encore été frappé par les États-Unis.


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