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ENTRETIEN - Le journaliste ne sera pas à l’antenne des « JT » de France 2 comme joker, cet été. Il quitte France Télévisions.
Entre un stage autour de la production de podcasts et une formation sur les réseaux sociaux, Nathanaël de Rinquesen a accepté de se confier sur sa nouvelle vie, hors des plateaux d’un groupe où il a travaillé 32 ans.
LE FIGARO. - Pourquoi les téléspectateurs ne vous retrouveront-ils pas à sur les antennes de France Télévisions cet été ?
Nathanaël de RINCQUESEN. - C’est la vie. Juste une histoire de 32 ans qui se termine. Le groupe avait une vision différente de la mienne sur mon avenir. On s’est dit que c’était le bon moment pour que nos chemins se séparent intelligemment. Objectivement, on se quitte plutôt en bons termes. Il y a eu une discussion puis une séparation actée des deux côtés. On est tombés d’accord.
Quel regard portez-vous sur votre carrière ?
Je me souviens super bien de mon premier sujet dans « Tout le sport ». C’était le 26 décembre 1994, sur la course de voile Sydney-Hobart. Je me souviens de Jacques Séguy, le rédacteur en chef, et de Gérard Holtz, le présentateur. Ils étaient d’une bienveillance folle. L’autre grand souvenir, c’est bien sûr « Télématin ». J’y suis resté pendant plus de 15 ans. Se lever à 2 heures du matin, la fatigue, le quotidien peuvent être des éléments d’usure, mais l’envie est toujours restée. William Leymergie était, lui aussi, vraiment d’une grande bienveillance.
Un souvenir particulier avec lui ?
En 2010, j’ai eu un cancer. Je n’en ai jamais parlé. J’avais quitté l’antenne pendant plusieurs mois. C’était un cancer avec un taux de guérison optimiste. À ce moment-là, j’étais quand même seul dans une chambre d’hôpital, avec des traitements un peu lourds, parfois. Ça faisait du bien d’avoir un coup de fil. Et il y en a un qui appelait très régulièrement. C’était William Leymergie. Cela m’a fait un bien fou de savoir qu’il était là pour moi. C’est quelque chose qui restera à jamais.
J’ai eu un cancer, j’ai guéri, tant mieux pour moi et merci la médecine française
Nathanaël de RincquesenVous avez aussi été victime d’un accident vasculaire cérébral il y a quelques années…
Malheureusement, il y a 140 000 personnes chaque année en France qui ont des AVC. Tout le monde n’a pas la chance de s’en sortir comme moi, c’est-à-dire sans séquelles. Les gens qui étaient autour de moi au moment de l’accident, mes amis, mon épouse Caroline, connaissaient les symptômes. C’est comme ça, c’est la vie, c’est sans doute la chance. J’ai eu un cancer, j’ai guéri, tant mieux pour moi et merci la médecine française. Dans l’AVC, le rôle de la prévention et de l’éducation est prépondérant.
Que retenez-vous de votre rôle de joker dans les journaux télévisés de France 2 ?
J’ai eu la chance, le plaisir et l’honneur d’incarner l’édition du « 13 Heures ». J’ai commencé en 2008 et j’ai terminé l’année dernière, fin 2024. J’ai calculé, cela représente quasiment 1 000 « JT » parce que j’ai fait aussi des remplacements, parfois longs. Je me suis retrouvé à incarner le travail de la rédaction avec fierté et plaisir, avec sérieux et enthousiasme.
Que vous a appris votre vie médiatique ?
La rigueur. C’est quelque chose qui me faisait sans doute défaut au début de ma carrière : mettre en place des process, de l’intérêt pour l’actualité, une manière de travailler. J’ai appris aussi à apprécier mon image. Présenter des journaux télévisés est un métier particulier. Le « JT », ce n’est pas vous. Vous êtes le dernier maillon de la chaîne d’une rédaction. Cela invite à l’humilité et au respect du travail des autres.
Moi, j’ai plutôt l’image du mec sympa avec lequel ils ont envie d’aller boire un verre
Nathanaël de RincquesenDurant ces 32 années, quel rapport avez-vous établi avec le public ? Que ressentez-vous dans les yeux des gens quand ils vous croisent ?
Moi, j’ai plutôt l’image du mec sympa avec lequel ils ont envie d’aller boire un verre. En tout cas, à l’époque de « Télématin », c’est ce qui ressortait. Je n’ai jamais eu d’accrochage avec le public : « Vous avez dit ça » ou « Je ne suis pas d’accord ». Non, c’est plutôt très bienveillant. Les gens viennent me voir de manière positive. Je discute d’ailleurs bien volontiers avec celles et ceux qui m’approchent. Et puis on parle de « Télématin ». À l’heure du petit déjeuner, vous rentrez dans l’intimité des gens. La relation avec le téléspectateur est vraiment différente de celle d’un « 13 heures » ou d’un « 20 heures ». Vous faites partie de la famille, presque. Aujourd’hui, j’ai des jeunes adultes qui me disent : « J’ai grandi avec vous ». J’ai des mamans qui me lancent : « Vous m’avez accompagné sur les périodes d’allaitement avec mes enfants ». J’ai vraiment eu beaucoup de chance de pouvoir présenter les journaux de Télématin.
Qu’allez-vous faire, maintenant ?
Forcément, mon avenir va tourner autour des médias et de la télévision. Pour garder le contact, je me suis fait un site internet (nathanaelderincquesen.com , NDLR). Et il y a un projet qui me tient particulièrement à cœur. J’ai un papa qui était journaliste (Olivier de Rincquesen, ancien d’Europe 1), spécialiste dans les ventes aux enchères et le marché de l’art. On va faire une émission ensemble, un podcast filmé. Les premiers numéros seront tournés en août et commenceront à être mis en ligne en septembre. Je suis ravi de bosser avec mon père. Il y aura également mon fils qui fait des études de commissaire-priseur dans ce podcast.
Aurez-vous un œil sur ce qui se passe chez France Télévisions ?
Entendons-nous bien, je suis hyper fier d’avoir porté les couleurs de France Télévisions. J’ai 32 ans de souvenirs, ça fait un paquet de copains ! Forcément, je ne quitte pas cette vie comme ça du jour au lendemain. Mais je n’ai aucune amertume. Je suis curieux de tout. J’ai juste un credo aujourd’hui : je veux aller en souriant au travail et je veux que les gens, quand j’arrive, aient un grand sourire également. Je veux prendre du plaisir. Aujourd’hui, je suis libre. Et je garde un album souvenir de France Télévisions qui est extrêmement riche et fort. Je n’oublierai pas ce que j’y ai vécu.


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