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Natalie Portman, Justine Triet… Le cinéma au soutien du cinéaste israélien Nadav Lapid, cible d’un boycott

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Malgré un cinéma qui attaque vertement le régime israélien, le réalisateur a lui-même annulé sa venue à un festival de cinéma à Marseille à cause d’oppositions à sa venue.

Malgré un statut de dissident politique grâce à son cinéma, le réalisateur Navad Lapid est sujet à un appel au boycott à Marseille.

VALERIE MACON / AFP

Malgré un statut de dissident politique grâce à son cinéma, le réalisateur Navad Lapid est sujet à un appel au boycott à Marseille.

S’il est un opposant du régime israélien, son passeport joue quand même contre lui. Réalisateur israélien exilé en France depuis 2021, Nadav Lapid a récemment été contraint d’annuler sa venue au Festival international de cinéma de Marseille (FID), prévu du 7 au 12 juillet prochain. Mais après les appels au boycott de cinéastes et d’activistes anti-israéliens, il reçoit ce mardi 9 juin un large soutien de la part du monde du cinéma.

Le réalisateur devait au départ être membre du jury de ce festival marseillais. Un rôle qui lui a été retiré à force de menaces et d’une campagne d’intimidation. Le cours magistral qu’il devait donner et la projection de son film Le Policier (2011) ont également été annulées.

Auprès de l’AFP, ce virulent opposant du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé lundi un appel au boycott « cruel » qui l’a contraint à annuler sa venue. « Il y a dans cette démarche quelque chose qui est très, très moche, pervers, très cruel et violent », avait-il dénoncé, tout en refusant de se poser en victime.

Un retrait déclenché par ses pairs

De son côté, la directrice du FID a expliqué à l’AFP que l’appel au boycott avait été lancé en interne contre le festival par des cinéastes sélectionnés, qui refusaient de voir leur confère israélien siéger au jury. Avant de s’en prendre à la projection de son film. « C’est à ce moment-là que Nadav Lapid s’est retiré lui-même ». Dans les colonnes de Télérama, le cinéaste précise : « la directrice (du festival) ne m’a pas explicitement demandé de me retirer du jury, mais j’ai compris qu’elle n’attendait que cela. »

Il lui était notamment reproché d’avoir bénéficié de financements publics israéliens pour son dernier film intitulé Oui. Dans un message publié sur Instagram, 12 cinéastes qui avaient appelé au boycott de Nadav Lapid ont justifié leur démarche par leur volonté « d’agir contre une réalité coloniale et génocidaire approuvée » et en dénonçant « l’insistance » des festivals à « produire une symétrie (...) entre productions palestiniennes et israéliennes ».

« Qui peut penser que je participe à la propagande israélienne ? »

Malgré cela, le monde du 7e art a fini par se faire entendre, par l’intermédiaire de deux tribunes signées par de très grands noms du cinéma français. Et pas seulement. La première, publiée lundi soir dans Le Monde, a été signée par plus de 350 personnalités, dont les réalisatrices Alice Diop, Mati Diop et Claire Denis, le cinéaste Emmanuel Marre (Prix du scénario à Cannes en 2026), les acteurs Niels Schneider et Louis Garrel ou Arthur Harari, co-scénariste de la Palme d’or 2023 Anatomie d’une Chute. La tribune est aussi signée par Tsveta Dobreva, la directrice du FID.

Le texte dénonce la « volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion et de création ». Rappelant le contexte de « logique génocidaire déployée actuellement contre le peuple palestinien à Gaza (...) nombre de personnes cherchent légitimement des formes d’action », les signataires estiment néanmoins que « ce qui est en jeu ici est plus simple : un artiste est réduit à sa nationalité ».

Il faut en effet rappeler que le cinéaste (Ours d’or à Berlin en 2019 pour Synonymes et Prix du jury à Cannes en 2021 pour Le Genou d’Ahed) brossait dans son dernier film, Oui, le portrait d’une société israélienne totalement défigurée par la soif de vengeance après le 7-Octobre, en plus d’être indifférente aux morts palestiniens à Gaza. En substance, tout sauf un film neutre, et encore moins pro-israélien. « Mes films parlent pour moi : qui peut penser en les voyant que je participe à la propagande israélienne ? Par ailleurs, Noa Regev, la directrice du Fonds du cinéma en Israël qui a soutenu Oui et d’autres films, se met quotidiennement en danger pour ses convictions », répond le cinéaste auprès de Télérama concernant les fonds publics utilisés pour son film, ceux qui lui valent d’être accusé de cautionner la politique d’Israël.

Natalie Portman et Justine Triet soutiennent Navad Lapid

« Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel, mais reconnaître une œuvre, un parcours et une pensée du cinéma », défend la tribune de soutien, qui a depuis été suivie par une seconde, partagée ce mardi 9 juin dans les colonnes du journal Le Monde. Celle-ci est signée par un groupe plus restreint de personnalités, mais bien plus célèbres.

On y retrouve les actrices Natalie Portman et Marina Foïs, le réalisateur oscarisé Michel Hazanavicius, la réalisatrice Rebecca Zlotowski, les cinéastes Jacques Audiard et Bertrand Bonello ou la réalisatrice de la Palme d’or 2023 Justine Triet. Dans ce second texte, ils dénoncent un « boycott culturel », considéré comme « une faillite intellectuelle ».

« Les films de Nadav Lapid peuvent être discutés, contestés ou rejetés. Encore faut-il les voir. La critique suppose la connaissance ; la mise à l’écart repose souvent sur l’ignorance ». Extrait du texte signé par Natalie Portman et Justine Triet.

« Les réalisateurs russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés d’effacement pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs », souligne également le texte, qui qualifie Nadav Lapid de « plus grand artiste dissident israélien, œuvrant inlassablement à dénoncer les dérives fascistes et colonialistes de son gouvernement, ses faillites morales criminelles, dans des films primés dans le monde entier ».

« Quels que soient les crimes commis par son État, personne ne saurait être réduit à un passeport », prônent-ils également. Navad Lapid a depuis fait part de sa « reconnaissance » pour ces tribunes et leurs signataires. Une « démonstration de solidarité magnifique », dit-il à Télérama, au moment où il se demandait s’il avait encore sa « place en France ».

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