Les stars et groupes des années 1980 et 1990 multiplient les concerts à succès ces dernières années. Au plus grand bonheur des fans historiques, mais aussi de nouvelles générations d’amateurs.

Delphine Bancaud - Hier à 18:26 | mis à jour hier à 19:04 - Temps de lecture :

Dorothée au Zenith de Paris, en 1996. Photo Sipa/Benaroch Dorothée au Zenith de Paris, en 1996. Photo Sipa/Benaroch

Ce samedi, Dorothée s’apprête à remonter sur scène pour une série de concerts. Et en 2026, une ribambelle de stars ou de groupes emblématiques des années 1980-1990 se produiront aussi dans l’Hexagone : Scorpions, The Cure, Kim Wilde, Iron Maiden, Lenny Kravitz, UB40, Europe… Des événements qui attirent toujours un public nombreux.

« Pendant longtemps la nostalgie était considérée comme ringarde, mais elle est désormais assumée et vue comme un outil pour recharger les batteries », estime Gérôme Guibert, sociologue de la musique et professeur à l’université parisienne Sorbonne Nouvelle. Preuve de ce succès, les trois concerts de The Cure au festival de Nîmes en juillet affichent déjà complet.

En 2023, les concerts de Depeche Mode dans plusieurs villes de France ont tellement bien marché que le groupe s’est offert deux nouvelles dates à Paris l’année suivante. Même constat pour la tournée d’Etienne Daho en 2023, lors de laquelle l’artiste chantait « essentiellement ses classiques comme Week-end à Rome (1984) et peu de nouveaux titres », comme le souligne l’étude "Le marché de la nostalgie musicale" publiée par le Centre national de la musique (CNM) en décembre. Elle aurait généré la vente de « 300 000 billets ».

Un public transgénérationnel

Autre succès notable : la tournée Star 80, qui réunit les chanteurs de cette décennie (Sabrina, Jean-Pierre Mader, Patrick Hernandez, Phil Barney…) depuis 2013. Elle « a attiré plus de 5 millions de spectateurs depuis l’origine et ne s’essouffle pas, puisque la tournée Stars 80 : Encore ! a cumulé 400 000 spectateurs en 2023-2024 », indique l’étude du CNM.

Si le public aime tant plonger dans les refrains entêtants du Top 50, c’est avant tout pour se souvenir d’une époque bénie, analyse Gérôme Guibert : « Pour beaucoup, ces titres sont très liés à l’adolescence, période cruciale pour la découverte de la musique et l’attachement à des chansons comme supports dans la vie. »

Le groupe de rock britannique Depeche Mode (Martin Gore et Dave Gahan) a fait vibrer l’Accor Arena de Paris en 2024.  Photo Sipa/Edmond Sadaka

Le groupe de rock britannique Depeche Mode (Martin Gore et Dave Gahan) a fait vibrer l’Accor Arena de Paris en 2024.  Photo Sipa/Edmond Sadaka

Mais les plus de 40 ans ne sont pas les seuls à apprécier les tubes de cette époque. Le cinéma et les réseaux sociaux ont permis à un public plus jeune de découvrir ces hits : le biopic Rocketman (2019) a remis en lumière la musique d’Elton John. « La série Stranger Things a aussi remis au goût du jour le titre de Kate Bush Running Up That Hill. Et la musique de ces deux décennies est souvent utilisée comme support de contenus sur les réseaux sociaux, ce qui entraîne des phénomènes de viralité », note Loïc Riom, sociologue de la musique et enseignant à l’Université de Lausanne.

Et si les jeunes connaissent si bien certains tubes de ces années-là, c’est aussi parce que leurs parents leur ont fait découvrir. « Y compris en les emmenant en concert, car c’est devenu une pratique familiale qui permet d’assurer une forme de transmission », indique Loïc Riom.

Si l’offre de spectacles célébrant ces décennies se multiplie, c’est aussi que l’industrie musicale y a tout intérêt. « Avec l’effondrement des ventes de CD dans les années 2000, les concerts sont devenus une source majeure de revenus pour les artistes. Au lieu de faire un best of, ils font une tournée. La prolifération des grandes salles comme les arénas ou les stades a favorisé cette dynamique », observe Loïc Riom.

L’investissement dans ces shows est généralement très rentable « car ils touchent une population qui a davantage de pouvoir d’achat et qui peut s’offrir non seulement une place de concert, mais aussi des goodies », conclut Gérôme Guibert. Les guitares, les synthés et les refrains d’hier n’ont pas fini de résonner.

Le carton des tribute bands

Ils n’ont rien inventé, mais ils ont su surfer sur la vague nostalgique. Les tribute bands ou cover bands qui reproduisent le répertoire de groupes ou de chanteurs adorés par le public, remportent un grand succès ces dernières années. « Le groupe le plus populaire actuellement, les Goldmen, rejoue avec une précision étonnante les tubes de Jean-Jacques Goldman, et remplit régulièrement les salles de France, tandis que des formations rendent hommage à ABBA (ABBA Gold), AC/DC (TNT), Pink Floyd (So Floyd) ou Supertramp (Covertramp) », souligne ainsi l’étude "Le marché de la nostalgie musicale" du Centre national de la musique (CNM) publiée en décembre.

Autres cartons des dernières années : Nirvana UK, Bohemian Dust ou One Night of Queen qui rendent hommage au groupe de Freddie Mercury… Bien souvent, ces groupes ne se contentent pas de reproduire un répertoire, ils adoptent aussi le look et la mise en scène des artistes originaux. Pour le public, c’est l’occasion « pour ceux qui n’ont jamais vu ces groupes sur scène, d’avoir l’opportunité de bénéficier d’une sorte de seconde chance », note l’étude. D’autant qu’écouter les copies coûte beaucoup moins cher que d’assister au concert des originaux. « Le cover band 4U2 affichait récemment salle comble de Renaison (Loire) à Champagnier (Isère) et Panazol (Haute-Vienne), avec des tickets aux alentours de 30 ou 40 euros. Au même moment, les places pour le véritable groupe U2 se vendent quant à elles, autour de 300 euros », souligne l’étude.

Articles les plus lusCulture - Loisirs