Édouard Philippe joue son avenir présidentiel au Havre, où il est candidat à sa réélection face au député communiste Jean-Paul Lecocq, soutenu par toute la gauche. Une triangulaire avec le candidat UDR-RN le met en danger.

Nathalie Mauret - Aujourd'hui à 18:00 | mis à jour aujourd'hui à 18:54 - Temps de lecture :

« La boxe, ça aide à rester calme ». Édouard Philippe doit plus que jamais, garder son sang-froid. Candidat à sa réélection au Havre, il joue gros. Très gros. Comment gagner à la présidentielle si l’on n’est pas prophète en son pays ? « Ce serait un mauvais signal », a-t-il concédé en décembre. Alors, l’ancien Premier ministre ne néglige rien. Avant son dernier meeting prévu quatre jours avant le premier tour le 15 mars, il multiplie les réunions d’appartement, les déambulations, et est présent avec son équipe dans tous les quartiers.

Un sondage Opinionway commandé par le think tank Hexagone, proche de l’extrême droite, le donne au premier tour au coude-à-coude avec Jean-Paul Lecoq, son rival communiste soutenu par toute la gauche (hors LFI), et perdant au second. Ironie du sort, ce dernier a été réélu député de Seine-Maritime en 2024 grâce au désistement du candidat Horizons, le parti d’Édouard Philippe, face à la menace de victoire du Rassemblement national. « Je voterai pour le candidat communiste », avait alors dit l’ancien Premier ministre.

Franck Keller, candidat UDR à la mairie du Havre, ne se prive jamais de le rappeler. Cet élu de Neuilly dénonce ce qu’il appelle « une mascarade ». Sur son affiche, il pose avec Éric Ciotti et Jordan Bardella et espère profiter de la vague qui porte l’extrême droite. Le maintien possible de ce cadre dirigeant au second tour rend le scrutin havrais très incertain. « Il y a six mois personne n’imaginait qu’Édouard Philippe pouvait perdre », ironise celui que les partisans du maire sortant appellent « le candidat de Neuilly ».

« L’enjeu, c’est Le Havre »

« Les opposants font un sujet de la présidentielle, mais l’enjeu c’est Le Havre. C’est Le Havre qu’ils vont faire perdre. On ne veut pas du retour des communistes », plaide Agnès Firmin Le Bodo, ancienne ministre de la Santé, élue au Havre où elle est pharmacienne. La cité portuaire de 166 000 habitants est en effet historiquement un fief de gauche, que la droite d’Antoine Ruffenach puis d’Édouard Philippe depuis 2010, a profondément transformée.

« On veut continuer à transformer la ville », explique Agnès Firmin Le Bodo, en déclinant les quatre priorités d’Édouard Philippe : l’éducation, la sécurité, la santé avec une pépinière pour jeunes médecins et le développement durable avec la création d’une seconde ligne de tramway. « On pense que ce serait bien pour Le Havre si Édouard Philippe était élu président », assure l’élue quand ses opposants pointent qu’il partira le lendemain de l’élection.

Face à la nationalisation de la campagne portée par toute la gauche, Édouard Philippe affiche le calme des vieilles troupes. Il estime qu’un bon élu national est celui qui a un enracinement local fort. Les Havrais savent que leur bulletin de vote n’aura pas que Le Havre pour seul horizon.

Articles les plus lusÉlections