Si l’offre de stationnement est indissociable du développement économique et de l’accès aux commerces dans la plupart des communes, les maires doivent composer avec d’autres enjeux tout aussi pressants.

Antoine Ajavon - Aujourd'hui à 08:00 - Temps de lecture :

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Pour les maires de France, une autre problématique semble inextricablement liée à celle du développement économique et commercial : celle du stationnement, qui est un facteur crucial d’accès aux commerces de centre-ville. « Le monde économique attend du stationnement pour permettre aux clients d’accéder aux commerces. Et lorsque vous essayez de réaménager l’espace public, d’élargir les trottoirs, faire des voies cyclables, de végétaliser… Il peut arriver que le stationnement soit réduit. Donc, c’est un vrai sujet de discussion, parfois même de tension au sein des villes », explique Sylvain Laval, maire de Saint-Martin-le-Vinoux (Isère) et coprésident de la commission Transports, mobilité et voirie de l’Association des maires de France (AMF).

Sur ce sujet, les points de dissension transcendent les orientations politiques, la question du stationnement étant paradoxalement tout aussi importante, sinon plus, pour les communes périphériques et rurales que pour les grandes villes. « Quand vous habitez dans des zones urbaines denses, en centre-ville ou en première couronne, vous avez plus de capacités pour vous déplacer à vélo, à pied ou en transports en commun », rappelle Sylvain Laval. « En revanche, ceux qui habitent un peu plus loin, sont ceux qui sont les plus dépendants de leur voiture et qui ont besoin de stationner pour accéder à un certain nombre de services de centralité que la ville leur offre. »

Les politiques de stationnement font partie des prérogatives des maires. Photo d'illustration Sipa/Syspeo

Les politiques de stationnement font partie des prérogatives des maires. Photo d'illustration Sipa/Syspeo

Périphérie et centre urbain main dans la main

Chaque maire étant titulaire du pouvoir de police de circulation sur son territoire, ses décisions peuvent avoir des répercussions au-delà de son périmètre communal, dans la fluidité de la circulation, par exemple. D’où la nécessité et la difficulté d’avoir un dialogue à l’échelle intercommunale. « On veut réduire les déplacements de voitures individuelles, parce que ça fait moins de congestion, parce que c’est plus vertueux pour l’environnement, etc. Nous ne pourrons pas le faire si nous ne traitons pas la relation entre la périphérie et le centre urbain. C’est là le point essentiel des politiques publiques demain », insiste Sylvain Laval.

Si l’édile isérois plaide pour davantage de collégialité, en termes de stationnement, le maire et son conseil restent bel et bien souverains, notamment en termes de tarification. « Dans une commune comme la mienne, de 6 000 habitants, nous avons ce qu’on appelle des zones bleues. C’est un outil adapté pour réguler le stationnement et qu’il soit permanent à des endroits stratégiques, devant les commerces, entre autres », indique Sylvain Laval. À Saint-Martin-le-Vinoux, comme dans l’immense majorité des petites et moyennes communes, le stationnement payant serait… déficitaire.

« Ça deviendrait une charge parce qu’il faudrait embaucher des ASVP (Agents de surveillance de la voie publique) supplémentaires, des policiers municipaux, entretenir les horodateurs… », liste-t-il. Aussi, seules les petites communes abondamment fréquentées et les grandes villes, préfectures et sous-préfectures optent pour le stationnement payant. À chaque municipalité sa méthode pour un même objectif : concilier besoins des administrés, aménagement de l’espace public et vitalité économique. Tout sauf une mince affaire.

Une «  tarification courte période » a été décidée en cours de mandat pour apaiser la fronde des commerçants strasbourgeois. Photo EBRA/DNA/Philippe Dossmann

À Strasbourg, des places de parking comme levier pour chasser les voitures

« Ce qui se dessine est une nouvelle étape dans la transformation profonde de la ville », expliquait en début de mandat la maire écologiste de Strasbourg Jeanne Barseghian, à la veille du dévoilement de sa stratégie et des moyens mobilisés pour mieux « partager l’espace public » et « l’apaiser ». Un mouvement initié dans les années 90 dans la capitale alsacienne par la socialiste Catherine Trautmann, n’avait pas caché Jeanne Barseghian en 2021. Aujourd’hui, son « modèle » de l’époque est devenu sa principale adversaire pour les municipales à venir et la devance dans les sondages.

Au même titre que les plans Canopée (plantation d’arbres), piétons et vélo, cette réforme du stationnement résident, couplée à une hausse des tarifs sur la voie publique, devait compléter le dispositif programmatique de la municipalité. Et ce, en y apportant une « cohérence d’ensemble », tout en répondant « aux enjeux environnementaux, sociaux et de santé publique ».

Redistribution des espaces publics

L’idée était de redistribuer les espaces publics : certaines rues étant occupées à « 75 % par des voitures » (voies roulantes et espaces de stationnement), il s’agissait de rendre la ville aux piétons sur des trottoirs élargis, aux cyclistes sur de nouvelles pistes, et de créer davantage d’espaces de convivialité pour les adultes et les enfants. Le tout étant possible avec la création de différents parkings en ouvrage « réversibles ».

Concrètement, les batailles idéologiques sur la hausse des abonnements résidents (qui sont passés de 15 euros à 30 euros, voire 40 euros selon la tarification solidaire en vigueur) se sont poursuivies tout le mandat. Sans parler des habitants des quartiers intégrés dans le nouveau périmètre du stationnement payant, qui ont peu apprécié cette charge nouvelle.

L’opposition a dénoncé une « écologie punitive »

La fronde est aussi venue des commerçants des Vitrines de Strasbourg à la suite de l’augmentation du stationnement sur voirie, à tel point qu’un dispositif de stationnement courte durée (une heure à 1 euro) près de certaines rues commerçantes a dû être créé par la municipalité, puis étendu, pour calmer leur colère. Cela n’a pas suffi pour enrayer la chute de leur chiffre d’affaires, ont-ils fait savoir. Et ceux-ci de souhaiter que davantage de moyens soient alloués à la communication vers les parkings relais en périphérie et que le dispositif « places violettes » soit rallongé à deux heures pour 2 euros pour relancer l’attractivité du centre-ville.

Les élus d’opposition n’ont pas manqué d’importer la fronde en conseil municipal pour dénoncer « cette vision de l’écologie forcément punitive » et « cette volonté déguisée de taxer » les Strasbourgeois. Le sujet a évidemment été remis sur le tapis lors de cette campagne des municipales 2026 : plusieurs candidats ont promis de baisser à la fois l’abonnement résident et le prix du stationnement.

À Strasbourg, Philippe Dossmann

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