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Sous protection policière, Amine Kessaci fait campagne malgré les risques. Cible des narcotrafiquants depuis que son jeune frère a été assassiné dans un « crime d’intimidation », il est l’atout sécurité du maire socialiste sortant Benoît Payan face au Rassemblement national, qui espère gagner la mairie de Marseille dimanche.
À Marseille, Luc Chaillot - Aujourd'hui à 06:45 - Temps de lecture :
Marseille est un peu fébrile. Le Rassemblement national (RN) n’a jamais été aussi proche de pouvoir remporter la deuxième ville de France. Le maire socialiste sortant Benoît Payan est conforté par le retrait du candidat de La France insoumise (LFI) Sébastien Delogu et le maintien de la candidate de droite Martine Vassal. Mais la course reste serrée dans cette terre d’immigration, symbole du multiculturalisme. Les soutiens de Benoît Payan cherchent à convaincre les abstentionnistes et les électeurs de LFI de faire barrage à l’extrême droite tandis que le RN Franck Allisio fait la chasse aux 12 % d’électeurs de Martine Vassal après avoir talonné le maire sortant au premier tour (35 % contre 36,70 %).
Candidat sur la liste de gauche, Amine Kessaci fait campagne à ses risques et périls pour barrer la route à l’extrême droite. L’écologiste de 22 ans est une cible depuis que Mehdi, son jeune frère de 20 ans qui se préparait à devenir policier, a été assassiné en novembre dernier dans un « crime d’intimidation » sans précédent. Le but était de faire taire Amine Kessaci, qui combat le narcotrafic après avoir perdu un autre frère en 2020, victime de la violence des gangs. « Quand on perd un petit frère dans ces conditions, on n’a pas le droit de se cacher ni de craindre quoi que ce soit. La peur doit changer de camp », explique celui qui est devenu une figure de la lutte contre les narcotrafiquants et un atout pour Benoît Payan sur les questions de sécurité face au RN.
Très populaire, Amine Kessaci est salué pour son courage par les Marseillais qu’il rencontre. Plusieurs policiers lourdement armés ne le quittent pas d’une semelle, le doigt sur la gâchette. « Que Dieu vous protège. J’ai été une victime collatérale du narcotrafic moi aussi mais j’ai eu de la chance. Je me sens concerné par votre combat », lui confie un Marseillais près du port de la Joliette, avant de faire un selfie. « N’oubliez pas d’aller voter dimanche », lui lance Amine Kessaci. « Je dis aux jeunes que ne pas aller voter c’est donner une voix à l’extrême droite. Marseille est à un tournant. Soit elle reste une ville solidaire et accueillante, soit elle sombre dans les mains de l’extrême droite qui veut abandonner les quartiers et laisser les jeunes s’entretuer en surfant sur les peurs », ajoute le jeune écologiste.
« Il faut essayer le RN »
À l’autre bout de la ville, le quartier de Montolivet est l’un des plus tranquilles de Marseille. Le RN a pourtant fait l’un de ses meilleurs scores dans le 12e arrondissement, avec 46 % des voix. « Il faut essayer le RN à Marseille comme en France », estime Guy, un retraité de 75 ans qui avait voté pour la gauche en 2020. « Le RN n’est plus le FN fasciste et antisémite de Jean-Marie Le Pen », ajoute le septuagénaire, qui reproche à Martine Vassal son maintien. « L’extrême droite n’a même pas eu besoin de faire campagne. Le quartier est raciste et des électeurs de Martine Vassal risquent de voter pour le RN dimanche. On est près d’une catastrophe », lance Joëlle, qui tient une supérette et vote à gauche.
Même si l’extrême droite ne gagne pas la mairie, le RN pourrait remporter trois des huit mairies de secteur, selon Sébastien Barles. L’écologiste, qui a claqué la porte de la majorité de Benoît Payan et rejoint la liste LFI de Sébastien Delogu pour protester notamment contre le « tout-voiture », fait une drôle de campagne entre les deux tours. Il appelle à voter Benoît Payan pour faire barrage à l’extrême droite tout en dénonçant « l’irresponsabilité » du maire qui a refusé une fusion des listes mais il reste le candidat de LFI à la mairie de secteur.


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