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L'aventure a démarré il y a quasiment dix ans. Le 6 avril 2016, Emmanuel Macron, jeune ministre de l'Économie, lançait son propre mouvement politique: En marche. L'idée d'une aventure personnelle commence à germer dans son esprit, avec une idéologie bien précise: ni à droite ni à gauche. Une volonté de dépassement d'un vieux clivage politique entre l'UMP / Les Républicains et le Parti socialiste.
Une décennie et deux élections présidentielles plus tard, le bilan est contrasté, au mieux. Un bloc central composé entre autres des partis Renaissance (qui a succédé à La République en marche, LREM), Horizons et du MoDem a émergé. Mais les résultats de la coalition présidentielle –dénommée «Ensemble pour la République» depuis les législatives de 2022– ont fortement décliné.
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Réussir sans Emmanuel Macron
Si l'on excepte les premières législatives qui ont suivi l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence, en juin 2017, la totalité des scrutins intermédiaires se sont révélés être de cuisants échecs. La majorité acquise en 2017 a été peu à peu réduite à la portion congrue. Les élections européennes de juin 2024 ont tourné à la débâcle, le bloc central Ensemble finissant près de 17 points derrière le Rassemblement national (RN), bien loin de l'objectif affiché d'Emmanuel Macron de faire s'éroder le vote des extrêmes.
Un peu à l'instar de La France insoumise, le parti Renaissance souffre de l'hyperpersonnalisation autour de son personnage fondateur. Sans la figure du chef d'État, difficile de mobiliser autour d'une formation aussi neuve.
Même si elle est sensiblement remontée depuis le début de l'année 2026, la très faible cote de popularité du président de la République, située en février entre 18% et 28% d'opinion favorable, selon les différents instituts de sondage, n'aide pas à être optimiste. À un an et quelques mois de l'échéance présidentielle de 2027, les principales figures du bloc central commencent alors à s'émanciper. Dès le mois d'octobre 2025, Gabriel Attal n'hésitait pas à déclarer «ne plus comprendre les décisions» du locataire de l'Élysée lors d'une interview sur TF1.
Mais le pire crime de lèse-majesté provient sans doute d'Édouard Philippe, l'ancien Premier ministre (2017-2020) ayant appelé à plusieurs reprises à la démission d'Emmanuel Macron, durant l'automne 2025, alors que la France traversait une intense crise politique.
Cette précipitation du maire du Havre (Seine-Maritime) et président du parti Horizons n'est pas innocente. Il a d'ores et déjà annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Cette dernière prend, au fil des mois, davantage de plomb dans l'aile. Les intentions de vote passent ainsi de 32% en avril 2023 à 15% en octobre 2025. Cette chute vertigineuse ne semble pas s'enrayer. Elle commence même à aiguiser l'appétit d'autres ambitieux du camp présidentiel, notamment celui du taiseux Gabriel Attal, autre Premier ministre d'Emmanuel Macron (janvier-septembre 2024).
Mais avant de penser à 2027, les chefs d'état-major de la coalition centrale doivent regarder avec attention les résultats du scrutin municipal. Une déconvenue pourrait considérablement amoindrir leurs chances déjà érodées.
Un état des lieux défavorable avant les municipales
Depuis 2017, une constante s'impose, même lors des plus belles victoires électorales. Le vote macroniste appartient à une géographie bien précise: les grandes agglomérations, la banlieue ouest parisienne et quelques rares villes de l'Ouest de la France.
Même au niveau local, le constat reste implacable. Dans les villes de plus de 100.000 habitants, seule Amiens –la ville de naissance d'Emmanuel Macron– voit sa mairie détenue par un élu apparenté Renaissance, à savoir Hubert de Jenlis. Mais il a remplacé au pied levé sa devancière Brigitte Fouré, élue en 2014 puis réélue en 2020 sous l'étiquette de l'Union des démocrates et indépendants (UDI) et qui a démissionné en octobre 2024. Et surtout, Hubert de Jenlis ne semble plus être affilié à Renaissance; il est aujourd'hui plutôt qualifié de «divers centre» par le journal local Le Courrier Picard et a reçu le soutien des Républicains (LR) pour les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
«Le manque d'implantation locale de Renaissance trouve son origine dans sa fondation, juge le politologue Roland Cayrol. Son équipe n'a pas du tout pris en compte la nécessité d'une implantation. Le mouvement faisait du porte-à-porte au départ en espérant faire tache d'huile. Tout miser au niveau national était une véritable stratégie mûrement réfléchie. Sauf qu'à chaque élection, une vérité des faits s'impose à Renaissance.» Le macronisme s'instaure ainsi comme un mouvement politique de «flux»: temporaire, insaisissable et transversal. Bien plus qu'une force de «terre», implantée et quasi insubmersible, comme peuvent l'être le Parti socialiste, Les Républicains encore le Parti communiste français.
L'allié Horizons a un bilan un peu plus flatteur. Angers (Christophe Béchu), Nice (Christian Estrosi), Reims (Arnaud Robinet) et Le Havre (Édouard Philippe en personne) sont tous les quatre détenus par des maires philippistes. Toutefois, ces villes avaient toutes été conquises sous l'étiquette des Républicains, avant que les personnes concernées ne rejoignent Édouard Philippe et son parti nouvellement créé en 2021.
Des divisions locales au sein du bloc central
Résultat des courses, les villes où le camp présidentiel part seul se comptent dans une petite poignée. Les rares communes dans cette configuration sont d'ailleurs détenues par des sortants du bloc Ensemble. Pithiviers (Loiret) ou Coulommiers (Seine-et-Marne) sont dans ce cas.
D'autres villes voient ressurgir les dissensions du bloc central, comme à Rodez, par exemple. Le maire de la préfecture de l'Aveyron, Christian Teyssèdre, avait rompu en 2024 avec Emmanuel Macron. Manu militari, Renaissance lui oppose le député Stéphane Mazars, au premier tour des municipales. Une division possiblement dangereuse, dans une ville où la liste Ensemble de Valérie Hayer n'est arrivée que troisième aux européennes en 2024.
À Metz (Moselle) aussi, l'alliance s'effrite. Horizons soutient François Grosdidier, le maire sortant, ancien membre de LR et proche de Valérie Pécresse. Mais Renaissance préfère envoyer un autre candidat, Ludovic Mendes. La correction, reçue en 2020, semble oubliée. À l'époque, la présence de deux candidats LREM sur la ligne de départ avait causé l'absence de la majorité présidentielle au second tour et un psychodrame entre les deux tours.
Enfin, à Paris, Pierre-Yves Bournazel (Horizons) représentera seulement une partie du bloc central. Dans la capitale, le MoDem et l'UDI préfèrent soutenir Rachida Dati. Un choix dicté, en partie, par les sondages. En effet, Pierre-Yves Bournazel plafonne au troisième rang, apparaissant même sous la menace de Sarah Knafo, candidate du parti d'extrême droite Reconquête (14% contre 12%, d'après une enquête d'Harris Interactive publiée début février).
Un comble dans une ville, où, lors du premier tour de la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a obtenu plus de 35% des voix. «La ville de Paris avait la sociologie parfaite pour le macronisme, avec de nombreux cadres plus jeunes que la moyenne. Mais entre les déboires de Benjamin Griveaux en 2020, le charisme relatif du candidat actuel et la ligne politique modérée à la fois des socialistes et de la droite dans cette ville, difficile d'obtenir des résultats probants», assène Roland Cayrol.
Les dissensions internes du bloc central, perceptibles à l'échelon national, se ressentent encore plus au niveau local. Cependant, dans d'autres villes, le camp présidentiel joue la carte du (large) rassemblement.
Pas plus de garanties en s'alliant avec la droite
Oubliez la promesse du «ni de droite ni de gauche» de La République en marche. Dans de très nombreuses villes, pour faire tomber la gauche, le macronisme s'unit avec la droite. «La doctrine du “oui et non” des débuts a cédé sa place à la stratégie du coucou. On cache ses propres oisillons dans le nid de quelqu'un d'autre, ici de la droite modérée. Ils ont été un peu réduits à cela, en ne pouvant s'allier ni à la gauche ni au Rassemblement national», illustre notre expert.
À force de vouloir repousser ses oppositions vers les extrêmes, Renaissance a noyé son propre concept politique du dépassement idéologique. Au point d'apparaître presque comme un supplétif des Républicains dans de nombreuses villes. Ainsi à Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc (ex-LR) est-il soutenu par les forces du bloc central (Renaissance, Horizons, MoDem, UDI). Mais selon un sondage Ifop-Fiducial pour Sud Radio et La Dépêche mené mi-février, une fusion des gauches au second tour pourrait lui faire perdre la Ville rose. À Marseille, Nîmes (où seul Horizons soutient le maire sortant) ou Saint-Étienne, le camp présidentiel apparaît carrément distancé par la gauche unie.
Même pour les maires sortants, la chute du macronisme pourrait les emporter. Peu de suspense réside pour les listes d'union de Christophe Béchu à Angers ou d'Arnaud Robinet à Reims. Tous deux ont été élus au premier tour en 2020. En revanche, la tâche s'annonce plus ardue pour Christian Estrosi à Nice. L'édile déjà élu ou réélu quatre fois dans la capitale des Alpes-Maritimes doit faire face à la concurrence féroce de son ex-collaborateur, Éric Ciotti (Union des droites pour la République, avec le soutien du RN). Publiée le 17 février, la première enquête d'opinion de l'institut Cluster17 pour Politico Europe donne Christian Estrosi distancé de dix points dans les intentions de vote au premier tour.
Une dynamique similaire est observable du côté d'Édouard Philippe, au Havre. Le communiste Jean-Paul Lecoq l'avait poussé au second tour en 2020. Six ans plus tard, un sondage OpinionWay publié le 25 février pronostique même une défaite potentielle de l'ancien Premier ministre. Au second tour, l'enquête d'opinion donne 42% pour la gauche, 40% à l'ancien locataire de Matignon et 18% au représentant UDR-RN.
Roland Cayrol tempère toutefois ce pessimisme de l'institut de sondages: «Au Havre, près des deux tiers des habitants considèrent qu'il a amélioré la qualité de vie dans la ville. Malgré tout, une défaite n'est pas impossible, elle lui couperait les jambes pour 2027.» Si un échec d'Édouard Philippe représenterait une cuisante défaite pour le bloc central, il n'est pas sûr néanmoins qu'elle ne déplaise à tous les prétendants putatifs à l'Élysée (Gabriel Attal, Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé, Gérald Darmanin, Élisabeth Borne, etc.).
Historiquement, des élections municipales intermédiaires signifient presque obligatoirement une défaite pour le pouvoir en place. Mais un échec en 2026 amplifierait une dynamique négative commencée il y a quatre ans. En 2017, le macronisme avait su conquérir le sommet de l'État. Mais depuis, il échoue encore à s'enraciner dans le pays. Signant le fait qu'une aventure personnelle ne remplace jamais durablement un ancrage local et militant, pourtant essentiel pour perdurer. La question n'est peut-être plus de savoir si Renaissance peut gagner seul, mais si le parti peut survivre sans s'adosser à ce qu'il prétendait dépasser et remplacer.





























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