Environ 35.000 maires vont être élus ces dimanches 15 et 22 mars, par les Français. Seuls six maires ont "la chance" de se soustraire à la campagne et au processus électoral. Ediles de "villes mortes pour la France", ils administrent des communes de la Meuse dépourvues d'habitant.
Dans quelques jours les Français seront appelés aux urnes pour élire leur maire... excepté dans six communes de France. Des villes désertes, dites "mortes pour la France", mais tout de même administrées par des maires dont les fonctions relèvent davantage de l'engagement bénévole que politique.
Des villages décimés par la Grande Guerre
"Je ne m'occupe pas d'habitant mais des aïeux, de la mémoire de la France", entame Stéphanie Coupade, maire d'Haumont-près-Samogneux. Un village situé dans la Meuse, aux abords de Verdun, où la terrible bataille de 1916 a détruit toute forme de vie humaine dans une quasi dizaine de villes.
Villages prospères à l'époque, les affres de la guerre les ont décimés. Sur ces neuf communes, trois ont réussi à se reconstruire, tout ou partiellement, d'autres à l'instar d'Haumont-près-Samogneux, n'y sont pas parvenus. Soit par devoir de mémoire, soit par souci de sécurité, les munitions non explosées demeurant trop nombreuses dans les sols. Ces villages s'érigent aujourd'hui en véritable lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale.
Tous situés dans la Meuse, ils forment ensemble le "Zone Rouge". 120.000 hectares de terres devenus champ de bataille au siècle dernier et aujourd'hui transformés en parcours mémoriel.
Des maires nommés et non élus
Avec près de 20.000 euros versés par l'État par an, Stéphanie Coupade a pour prérogative d'entretenir la mémoire et s'occuper de la parcelle de terres. Maire depuis seulement septembre dernier, cette artiste de carrière, a pris la succession de son père après ses 24 années de bons et loyaux services.
"C'était un passionné. Le village fait partie de ses racines, étant donné que mon grand-père était le sculpteur de la commune avant la guerre". La maire se souvient qu"'enfant, avec mes frères et sœurs on venait donner un coup de main à notre père pour les cérémonies et autres évènements, mais on voyait ça de loin".
C'est au cours des trois-quatre dernières années que Stéphanie Coupade se "prend au jeu". Son père, approchant les 90 ans "avait besoin davantage d'aide pour gérer les cérémonies, appeler les descendants et autres missions". Or, aimant "particulièrement créer du lien avec les autres", la Verdunoise a eu cette idée : "pourquoi ne pas me présenter ?".
Car oui, bien qu'il n'y ait pas d'élection organisée dans le village en raison de l'absence d'habitant, les aspirants maires doivent présenter leur candidature au conseil départemental. Le préfet est ensuite saisi pour valider, ou non, la candidature et ainsi nommer le nouveau maire. Si Stéphanie Coupade a pris la relève de son père il y a quelques mois, elle doit cependant se représenter au moment des élections municipales.
Ramener la vie dans des "villes mortes"
Comme tout édile, la maire d'Haumont-près-Samogneux perçoit des indemnités. "Honnêtement, le salaire est si minime en comparaison à notre investissement - environ 900 euros par mois - que c'en est presque du bénévolat", assure Stéphanie Coupade. Avant de rappeler que "ce n'est pas pour l'argent que l'on fait cela".
En plus de l'entretien des lieux liés à la bataille de Verdun et de la parcelle de terrain, la maire assure vouloir "faire vivre les villes mortes". "On peut tout imaginer pour y parvenir", souffle Stéphanie Coupade, mais "ça doit surtout passer par l'intégration des jeunes au processus".
La maire entend donc "faire comprendre le passé tout en se tournant vers l'avenir". Pour se faire, Stéphanie Coupade s'ouvre à l'international. "Notre village a la particularité d'avoir été libéré par les tirailleurs sénégalais", "eux-mêmes ont été massacré lors de la Seconde Guerre mondiale dans le village africain de Thiaroye".
Un jumelage entre les deux villes est d'ailleurs "en bonne voie de création". "A partir de là, on peut imaginer des échanges, créer des liens avec les nouvelles générations".


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