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Tractations, revirements, retraits, fusions : le climat du second tour des élections municipales est aussi tendu que politique. Droite et gauche sont challengées par les extrêmes et le centre est écartelé dans un contexte de recomposition politique.
Nathalie Mauret - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Au cœur de l’entre-deux-tours des municipales, après le dépôt des listes pour le second tour, chaque camp s’attache à fournir un récit pour justifier les accords, les fusions, les retraits ou les maintiens. À droite et à gauche, les lignes de démarcation s’estompent, mordant de chaque côté sur les extrêmes. Un grand flou qui a poussé Emmanuel Macron à intervenir mercredi. Dans le huis clos du conseil des ministres, il a mis en garde contre les arrangements de partis avec les extrêmes qui demeurent « dangereux pour la République ». Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, a confirmé les mots du président. « Il a insisté sur le fait que les arrangements des partis ne devaient pas faire oublier quelques principes. D’une part, on ne peut pas oublier les discours et les actes d’excès, d’où qu’ils viennent, et d’autre part, on ne peut pas oublier les principes républicains », a-t-elle rapporté.
Un chef de l’État qui intervient car il sait que ces scrutins locaux auront une lecture nationale. À un an de la prochaine présidentielle, le camp politique qui sera considéré comme le gagnant aura une dynamique supplémentaire. En pointant les « extrêmes », il vise le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI). Mais surtout La France insoumise. Car c’est le mouvement de Jean-Luc Mélenchon qui fait l’actualité dans cet entre-deux-tours. LFI a scellé des accords dans plusieurs villes. À Nantes, Toulouse, Brest, Clermont-Ferrand, Limoges, Avignon, etc., les listes de gauche fusionnent, parfois de façon technique, avec celle de La France insoumise. À Paris et Marseille en revanche, Emmanuel Grégoire et Benoît Payan ont refusé la main tendue.
« Au premier tour, la gauche se compte, au second, elle se rassemble », justifie-t-on au Parti socialiste (PS), sans pour autant cautionner les récentes saillies verbales de Jean-Luc Mélenchon qui avaient conduit le bureau national à dire qu’il n’y aurait pas d’accord national entre les deux partis. Le pragmatisme électoral n’y a pas résisté. « LFI ne dépasse le PS que dans neuf villes. Nous, on a gagné 704 communes dès le premier tour », justifie un cadre socialiste, qui ne mettra « jamais de signe égal entre la gauche radicale et l’extrême droite ».
Gauche et droite chamboulées
Depuis dimanche soir, le PS s’est fait voler le récit de ces municipales par un Jean-Luc Mélenchon qui a habilement su présenter son parti comme un faiseur de roi. Ces accords locaux, qui par leur nombre ont valeur de pacte national, chamboulent la gauche. Mais pas seulement.
Toutes les familles de pensée sont déstabilisées par la recomposition politique à l’œuvre. La droite pointe ce qu’elle qualifie comme « les accords de la honte » entre la branche mélenchoniste et le reste de la gauche, mais ne s’offusque pas quand l’extrême droite lui tend la main. Bruno Retailleau salue le retrait de Sarah Knafo (Reconquête !) à Paris qu’il trouve « sage et responsable ». Il ne trouve rien à redire quand Jordan Bardella appelle à voter pour Rachida Dati à Paris au JT de 20 heures sur TF1.
Le centre écartelé
Le bloc central n’échappe pas à la tourmente. Totalement effacé dans cette campagne, le parti dirigé par Gabriel Attal a opté pour une stratégie de soutien des équipes en place (de droite ou plus rarement de gauche). « On n’a pas des candidats partout mais on aura des élus partout », résume Prisca Thevenot, ancienne ministre et proche de Gabriel Attal.
Cette stratégie a parfois ses limites. À Paris, Renaissance soutenait Pierre-Yves Bournazel (Horizons) quand de nombreux cadres (Sylvain Maillard, Benjamin Haddad, etc.) étaient sur les listes de Rachida Dati. Le retrait de Pierre-Yves Bournazel à Paris n’a pas mis un terme aux désaccords politiques. Ce dernier, contraint à la fusion, quitte la vie politique parisienne, mais certains de ses colistiers, comme Marlène Schiappa, assument totalement de faire désormais la campagne de Rachida Dati. Dans la même semaine, Gabriel Attal a dénoncé les accords du PS avec LFI, et la direction de LR qui refuse d’appeler à voter contre l’extrême droite à Nice.
« Ce sont les municipales où il y aura le plus de changements », prédisait juste avant le premier tour un parlementaire de droite respecté, inquiet de la montée des extrêmes. « On a tous intérêt à la clarté car la présidentielle approche », disait-il, s’inquiétant de la confusion et du brouillard ambiants. La clarté se fait attendre.


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