L’attribution obligatoire d’une nuance politique à chaque liste est censée faciliter l’agrégation des résultats. À défaut d’être exhaustive et de rendre compte de la complexité des alliances, elle peut aussi venir troubler la lecture du scrutin.

Jean-Michel Lahire - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :

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Les nuances attribuées par les préfets aux listes candidates aux municipales sont-elles le reflet fidèle de la réalité ? La polémique ressurgit à chaque élection - les déclarations des partis politiques donnant parfois la mesure de l’écart. Ainsi, le Rassemblement national (RN) a-t-il revendiqué cette semaine avoir déposé 763 listes (601 sous ses propres couleurs et 162 se prévalant de son soutien officiel), alors que les données du ministère de l’Intérieur n’attribuent officiellement que 449 listes au parti de Jordan Bardella et 25 à ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti (*).

La différence ? Une partie se cache parmi les 230 autres listes classées par les préfectures à l’extrême droite. C’est par exemple le cas de Grégoire Houdan à Rouen ou Alexandra Masson à Menton, dont les listes pourtant frappées de la flamme du RN ont été classées comme “listes d’union à l’extrême droite”. Se présentant dans des communes de moins de 3 500 habitants, seuil à partir duquel les préfets sont tenus de rechercher pour chaque liste sa nuance politique, d’autres sont noyées dans l’océan des listes “sans étiquette”. Des candidats RN se retrouveraient également sur des listes de droite, selon le Parti socialiste (PS) qui dénonce une « multiplication des transfuges » entre Les Républicains (LR) et le RN.

Lors du dépôt en préfecture, les têtes de liste peuvent déclarer (ou non) une étiquette politique. Mais ce n’est pas forcément celle que retiendra l’administration, qui dispose de ses propres critères pour leur attribuer une nuance.  Photo d’illustration EBRA/Le Dauphiné Libéré/Michel Thomas

Lors du dépôt en préfecture, les têtes de liste peuvent déclarer (ou non) une étiquette politique. Mais ce n’est pas forcément celle que retiendra l’administration, qui dispose de ses propres critères pour leur attribuer une nuance.  Photo d’illustration EBRA/Le Dauphiné Libéré/Michel Thomas

Plus de 520 listes d’union à gauche

Parmi les grandes sensibilités définies par le ministère de l’Intérieur, les listes divers droite sont celles qui ratissent le plus large, avec 2 288 listes qualifiées comme telles par les préfectures. Suivent les divers gauche avec 1 868 listes, les divers sans couleur politique avec 1 472 listes et les divers centre avec 1 241 listes. Les “listes d’union” sont surtout nombreuses à gauche avec 524 listes, contre seulement 66 listes d’union à droite, 75 d’union au centre et 85 d’union à l’extrême droite.

À l’exception de La France insoumise (LFI) qui aligne 289 listes, les listes se revendiquant d’un seul parti politique sont rares à gauche : on ne compte que 85 listes socialistes, 42 listes communistes et 31 listes écologistes (moins que le nombre de listes écologistes indépendantes). LR présente de son côté 150 listes, loin devant l’UDI (deux listes), Horizons (sept) ou le MoDem (cinq). Le ministère dénombre également 421 listes d’extrême gauche, où se retrouvent principalement les candidats de Lutte ouvrière (LO) et du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA).

Ces chiffres restent toutefois modestes au regard du nombre de listes parfois qualifiées abusivement comme “sans étiquette”, alors qu’en réalité elles échappent à l’obligation faite au préfet de leur attribuer une nuance. 80 % des 50 390 listes qui se présenteront dimanche, soit plus de 900 000 personnes, brigueront un premier, un second ou parfois un 10e mandat sans étiquette.

Des règles définies par le ministère de l'Intérieur

La tradition remonte au XIXe siècle. Avant chaque élection, le ministère de l’Intérieur définit une grille de nuances politiques que les préfets sont chargés d’attribuer aux listes ou candidats amenés à se présenter. Cette année, elles sont au nombre de 25, de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par les régionalistes. Objectif ? Harmoniser les résultats et faciliter leur analyse au niveau national. Le terme a son importance : il s’agit d’une nuance et non d’une étiquette – que chaque tête de liste reste libre de déclarer (ou non) mais qui ne figure jamais dans les données commmuniquées par Beauvau. Les divergences entre nuance attribuée et étiquette déclarée alimentent régulièrement la polémique.

En réalité, les règles sont précisées dans une circulaire publiée avant chaque élection. Celle adressée aux préfets le 2 février par le ministre Laurent Nuñez avait été attaquée (sans succès) devant le Conseil d’État par LFI et l’UDR, qui contestaient leur classement dans les blocs d’extrême gauche et d’extrême droite – des catégories plus larges que la nuance, mais qui ne sont pas sans incidence sur le choix de cette dernière. La circulaire ordonnait par exemple aux préfets, lorsqu’une liste est soutenue par plusieurs formations appartenant à des blocs différents, de la classer parmi les divers ou les extrêmes. Une liste insoumise ouverte à d’autres courants de gauche traditionnelle pourrait donc se retrouver classée comme liste d’extrême gauche, et non pas comme liste LFI. À Paris, la liste conduite par l’eurodéputée Sarah Knafo ne figure d’ailleurs pas parmi les 30 listes Reconquête reconnues par le ministère, mais parmi les listes d’extrême droite.

(*) Décompte effectué à partir des données du ministère de l’Intérieur.

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