La France ne sort pas chamboulée de ce premier tour des municipales. Elle gagne en revanche en représentation féminine dans nos communes. Si les courants politiques traditionnels semblent peu ou prou maintenir leurs positions, la montée des populismes de droite comme de gauche se confirme. La grande gagnante reste à cette heure l’abstention.

Fabrice Veysseyre-Redon - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Ce lundi 16 mars, à l’issue de ce premier tour des municipales, plus de 9 communes sur 10 se réveillent avec un nouveau maire et souvent un maire… réélu. Comme le veut la statistique ce sont les électeurs des grandes villes qui seront appelés à retourner aux urnes la semaine prochaine pour un second round.

Dans l’ensemble, une prime a semble-t-il été majoritairement accordée aux sortants (ou leurs dauphins) dimanche, qu’ils soient de gauche ou de droite, même si dans un très grand nombre de communes de moins de 1 000 habitants - près de trois quarts de nos collectivités dans le pays - les maires s’affichent « Sans étiquette ». Fait notoire, pour la première fois, autant d’hommes que de femmes ont été élus aux élections municipales françaises du fait de l’extension de la règle sur la parité aux « petites » communes. Le changement de modes de scrutin à Paris, Lyon et Marseille, adopté en catastrophe, a quant à lui certainement permis la « remontada » de certains candidats. Le second tour permettra de le vérifier, l’issue y est incertaine.

Un semblant de stabilité

Derrière cette forme de continuité, il existe pourtant bien une poussée aux extrêmes. Les ténors politiques, dimanche soir, se sont néanmoins voulus plutôt calmes et mesurés dans ce contexte politique national trouble, sans majorité au Parlement, qui tend à exaspérer les 48 millions d’électeurs.

La France insoumise (LFI) ne boude pas son plaisir après le croche-patte qu’elle inflige à la gauche socialiste et qui va devoir composer avec elle dans les grandes villes françaises. L’heure des dilemmes a sonné. Et bien que depuis Paris les appels à ne pas pactiser avec LFI se multiplient au Parti socialiste (PS) comme à Place publique, qu’en sera-t-il localement ? Les leaders insoumis appellent les autres gauches à se rallier à elle au nom d’un front « antifa ».

La droite des Républicains (LR), qui sauve plutôt bien les meubles et échappent une fois de plus à la mort certaine qui lui était promise, ne sera pas en reste dans les dilemmes à venir. La stratégie de multiplication des listes Rassemblement national- UDR - bien que partiellement atteinte - permet une progression des voix d’extrême droite. Les Vosges voient par exemple arriver leur tout premier maire RN. À son tour, le RN tend la main aux élus des droites au nom d’un barrage à la « bordélisation » dont elles accusent LFI. Et espère pouvoir décrocher suffisamment d’élus locaux pour créer son propre groupe au Sénat.

Appels aux « peuples »

À LFI comme au RN, les appels au « Peuple », marqueur visible du populisme ambiant, se sont multipliés dimanche. Derrière cette pseuso stabilité de premier tour, la radicalisation et l’« extrêmisation » du débat politique poursuivent leur route tandis que le camp présidentiel continue sa lente érosion. Cette élection confirme la difficulté voire l’impossibilité du parti macroniste à s’ancrer dans les territoires, malgré quelques victoires ci et là pour le bloc central. En revanche, pour les Écologistes, beaucoup de choses vont se jouer cette semaine dans les discussions d’entre-deux-tours. Seule consolation pour eux, leur déroute est moins violente qu’attendue.

Malgré la satisfaction manifestée par la majorité des leaders politiques, la grande perdante de ces municipales reste… la participation, confirmant l’érosion de notre démocratie, y compris locale. Certes, beaucoup de communes ne présentaient qu’une seule liste, donc une faible offre et un faible choix aux électeurs. Certes, l’abstention a reculé de 55 à 44 % entre 2020 et 2026 mais le motif tient plus au Covid qu’à la mobilisation massive de l’électorat. La France, dans un contexte sanitaire dit normal, n’a jamais aussi peu voté à ce scrutin pourtant chéri des Français. L’abstention était de 27 % en 1989 et de 36 % en 2014. Non, qu’elle grimpe « seulement » à 44 %, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Et maintenant ?

Pour les communes qui ont voté et validé leur liste dès le premier tour, le maire sera désigné par le conseil municipal d’ici la fin de semaine. Pour les autres (13 % des communes françaises donc), les grandes manœuvres vont commencer. Les listes ayant obtenu 10 % pourront se maintenir au second tour si elles le souhaitent. Celles ayant obtenu entre 5 et 10 % vont pouvoir fusionner avec une liste qui a obtenu plus de 10 %. Ils ont jusqu’à mardi, 18 heures, pour se décider.

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