Qu’ils soient à la tête d’une petite ou d’une grande commune, urbaine ou rurale, de droite ou de gauche, les maires souhaitent développer l’offre commerciale dans leur centre-ville. Une volonté en accord avec celle des administrés, qui reste complexe à mettre en œuvre.

Antoine Ajavon - Aujourd'hui à 06:00 | mis à jour aujourd'hui à 06:53 - Temps de lecture :

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Appelés à élire leurs maires les 15 et 22 mars prochains, les 49 millions d’électeurs des communes françaises vont une nouvelle fois privilégier les questions locales pour ces élections municipales. « 83 % des Français, vraiment une large majorité, nous disent qu’ils ont l’intention de faire leur choix de vote avant tout en fonction d’enjeux locaux, contre 17 % seulement en fonction d’enjeux nationaux », rapporte Adélaïde Zulfikarpasic, directrice du pôle société d’Ipsos-BVA, citant une enquête réalisée avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. « On a d’abord la question de la sécurité dans l’espace public en première position, mais on retrouve très vite la question du tissu de proximité qui concerne à la fois les services publics et les commerces. »

Une préoccupation encore plus forte dans les zones les moins densément peuplées, rurales et périurbaines, où certains administrés font état d’un sentiment d’abandon de leur territoire. « Mais cette inquiétude concerne aujourd’hui toutes les tranches démographiques de nos communes », pondère toutefois Alain Chrétien, maire de Vesoul (Haute-Saône) et coprésident de la commission Développement économique, tourisme et commerce de l’Association des maires de France (AMF). Du village avec sa dernière boulangerie à l’agglomération et son centre-ville moribond, tous souhaitent un dynamisme économique qui s’appuie sur les commerces de proximité.

« Des oppositions politiciennes »

Un vœu que les maires ont du mal à exaucer. « Il y a une certaine hypocrisie de la part de nos concitoyens, parfois même un double discours », regrette Alain Chrétien. « On ne peut pas faire vivre un commerce uniquement avec un achat ponctuel. Il faut qu’il y ait une réelle prise de conscience pour garder des commerces de proximité. » Pour inciter les habitants à consommer dans les centres-villes, l’enjeu est de penser « une politique globale sur le logement, sur les espaces publics, sur la circulation ». Pour ce faire, les maires peuvent solliciter diverses instances publiques, telles que l’Agence nationale de la cohésion des territoires et son programme Action Cœur de Ville, ou encore le Conseil national du commerce.

Faciliter l’accès aux commerces de proximité est un enjeu majeur pour les maires. Photo EBRA/Le Progrès/Richard Mouillaud

Faciliter l’accès aux commerces de proximité est un enjeu majeur pour les maires. Photo EBRA/Le Progrès/Richard Mouillaud

Mais, c’est aussi et surtout entre eux que les élus locaux peuvent influer sur la vitalité économique de leurs communes, le commerce étant une compétence des intercommunalités depuis la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) de 2015. « Le maire tout seul avec son centre-ville, sans une vision d’aménagement du territoire plus large, sans l’appui et même l’ingénierie technique de son intercommunalité, aura du mal à s’en sortir », affirme Alain Chrétien, déplorant que cette coopération entre communes ne soit pas évidente en pratique. « Il peut y avoir des oppositions politiciennes, le fait aussi que le maire de la ville ne soit pas systématiquement le patron de l’intercommunalité, ou encore des territoires polycentriques, avec plusieurs centres commerciaux, plusieurs centres urbains… »

Volonté populaire

Autant de considérations qui créent parfois des rivalités au sein des intercommunalités, alors qu’elles sont précisément les seules à même d’annihiler les oppositions fratricides entre communes rurales et communes urbaines. Un gâchis d’autant plus notable que les administrés sont très majoritairement favorables à maintenir ou retrouver des commerces près de chez eux. « Les questions de sobriété foncière et de réchauffement climatique commencent à percoler dans la tête des gens », se félicite Alain Chrétien. « Les trajets en voiture, les parkings immenses et le gigantisme des années 70, 80, 90 sont en train de perdre de leur superbe. » Une évolution sur laquelle surfent certaines enseignes nationales qui regagnent peu à peu les centres-villes et que les maires (ré)élus auront la tâche d’amplifier pour la transformer en un mouvement durable.

« Il y a ce que les Français disent et ce qu’ils font ensuite »

Selon Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l’institut de sondage Toluna Harris Interactive, les Français sont généralement attachés aux commerces de proximité, mais ont du mal à le traduire dans leurs actes.

Le maintien des commerces existants est une préoccupation pour un électeur sur cinq dans les communes de moins de 10 000 habitants. Comment expliquer la disparité avec les plus grandes villes où les commerces sont un enjeu moindre pour les habitants ?

« Il s’agit bien d’une dimension de priorité, parce qu’on ne peut pas forcément dire qu’on a seulement 15 % des Français favorables au fait qu’on puisse penser à la question de l’aide et de l’installation des commerces. On voit effectivement que globalement la taille de la commune peut jouer, mais ce qui est assez frappant, c’est que la question de la vitalité du territoire s’exprime dans toutes les communes, quelle que soit leur taille. On a quand même envie d’avoir une boulangerie, une épicerie et quelques lieux de vie à proximité de chez soi. Pour les électeurs des grandes communes, c’est un peu moins le cas à l’heure actuelle, même si ça reste un enjeu assez important. Ils ont d’autres préoccupations plus immédiates, notamment en matière de propreté, de circulation et de stationnement. »

« Les thèmes peuvent être de nature à s’enchevêtrer les uns les autres »

Justement, comment les politiques de stationnement impactent-elles le bien-être et le bien vivre des électeurs ?

« On a parfois des problématiques liées les unes aux autres de manière globale, pour tous les Français, qui font qu’un sujet peut répondre à plusieurs types d’aspirations. Avec l’exemple de la circulation et du stationnement, c’est notable de voir que ça peut renvoyer à la question de la santé, à la question de la sécurité, etc. Les thèmes peuvent être de nature à s’enchevêtrer les uns les autres. La question de la santé, par exemple, n’est pas liée seulement à l’accès aux professionnels de santé, mais aussi au cadre de vie, à l’appréciation de la qualité de vie dans sa commune. Dans ce contexte-là, forcément, la circulation et le stationnement sont en lien intime avec cette préoccupation-là. »

Les Français sont-ils globalement satisfaits de leur offre commerciale locale, ou en souhaitent-ils une autre, tournée vers plus de grandes zones commerciales, ou plus de petits commerces ?

« Il y a ce que les Français peuvent dire dans les enquêtes et ce qu’ils font ensuite. D’une manière globale, on est pour la sauvegarde du commerce de proximité. On est désabusé lorsqu’il y a fermeture d’une boucherie ou éventuellement d’une épicerie… Mais c’est aussi le fait de l’absence de dynamisme économique de ces différents secteurs d’activité. Donc les Français peuvent nous dire, dans un même élan, qu’ils souhaitent des commerces de proximité et se rendre dans les grandes surfaces le week-end au détriment des mêmes commerces de proximité.

Ce qui est certain, c’est qu’il y a au-dessus de ça deux dimensions. La première, c’est une dimension budgétaire où on a l’impression, à tort ou à raison, que ça coûte moins cher d’aller dans un supermarché ou dans un hypermarché. Et le deuxième aspect est une dimension de praticité, on se dit qu’on peut avoir rapidement accès à différents produits et services et que t out est réuni au même endroit, même si ce n’est pas forcément l’endroit idéal dans lequel on souhaite aller. »

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