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Un nouveau paysage politique se dessine au lendemain du premier tour des élections municipales. Chaque état-major se jauge, évalue son poids électoral dans l’optique du second tour et dans celui de la présidentielle de 2027. La double poussée du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI), qui ont tous deux nationalisé la campagne électorale, les place en position de force dans les discussions de l’entre-deux-tours. Car dans de nombreuses villes, leur électorat sera décisif.
Les premières réactions des patrons de partis en sont le reflet. Le patron de l’extrême droite, Jordan Bardella, a tendu la main à « la droite sincère ». Arrivé en tête dans plusieurs fiefs de droite (Nîmes, Toulon, Nice), le RN et son allié UDR d’Éric Ciotti veulent faire de ces municipales un tremplin pour 2027 et prendre définitivement le leadership à droite. Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains (LR) et candidat à la présidentielle, le sait. Il appelle à « un rassemblement de la droite nationale », ne choisissant pas l’adjectif « républicaine » habituellement utilisé par son parti.
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LR-RN : collusion des électorats
Le clin d’œil à l’électorat RN est très voyant. Il s’explique par une substitution sur le terrain du vote classique LR par le RN, notamment dans le Sud. « À Marseille, il y a une similarité de structure du vote entre les listes Allisio (RN) et Vassal (LR) », résume le sondeur Frédéric Dabi (IFOP).
Cela se traduit, dans la cité phocéenne, par l’effondrement de la liste LR de Martine Vassal qui totalise seulement le tiers des voix (12,4 %) de Franck Allisio (RN, 35 %), lequel a capté le vote utile. Loin derrière, la candidate de droite se maintient au second tour.
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À gauche aussi, les rapports de force établis par le vote de dimanche seront déterminants pour la présidentielle. Le Parti socialiste (PS), qui détient la plupart des grandes villes, reste le parti le plus fort. Loin devant les Écologistes qui vont perdre des villes. Loin aussi devant La France insoumise dont les scores dans les grandes villes sont plus faibles qu’ils ne l’étaient lors de la présidentielle de 2022. Il y a cependant deux exceptions notoires : à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko a battu dès le premier tour le socialiste Mathieu Hanotin et à Roubaix (Nord), le député insoumis David Guiraud devrait s’imposer au second tour.
Même fort, le PS est malgré tout loin de l’hégémonie dont il rêvait. Dans de nombreuses villes, notamment Nantes (Loire-Atlantique) ou Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), historiquement de gauche, les maires sortants ne pourront pas gagner sans le soutien du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
PS-LFI : pas d’accord, mais…
« Pas d’accord national avec LFI », avait promis Olivier Faure, premier secrétaire du PS. Il n’y en aura pas. Mais sur le terrain, le pragmatisme fait loi. Certaines fusions ont été concrétisées très vite comme à Toulouse (Haute-Garonne) où LFI devance le PS.
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Des accords ont aussi été plus ou moins rapidement scellés dès ce lundi à Lyon (Rhône), Avignon (Vaucluse), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Besançon (Doubs), Nantes (Loire-Atlantique), Brest (Finistère), Limoges (Haute-Vienne).
« On n’est pas des girouettes »
À Paris et Marseille (Bouches-du-Rhône), où la gauche (hors LFI) était unie et largement en tête devant les insoumis, les candidats Emmanuel Grégoire et Benoît Payan refusent, eux, la main tendue de leurs concurrents. « On n’est pas des girouettes », tance le socialiste Emmanuel Grégoire, ciblant en creux son adversaire de centre droit Pierre-Yves Bournazel.
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Benoît Payan à Marseille refuse la main tendue du député LFI Sébastien Delogu. Ailleurs en France plusieurs alliances entre LFI et PS seront scellées. Photo SIPA /SIPA/Alain ROBERT
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Soumis à une forte pression à Paris, Pierre-Yves Bournazel (Horizons/Renaissance) a finalement accepté la fusion de sa liste avec celle de Rachida Dati tout en se retirant de la course. À Lille, l’écologiste Stéphane Baly continue, lui, la campagne désormais allié au maire sortant socialiste Arnaud Deslandes, arrivé en tête. Photos Sipa/Franck Derouda et Fievez
Pourtant en capacité de se maintenir avec 11,34 % des voix, le candidat Horizons/Renaissance a finalement accepté la fusion de sa liste avec celle de Rachida Dati (LR) malgré leurs relations exécrables. « Parce qu’une majorité de Parisiens attend le changement et l’alternance », a-t-il justifié, visiblement sous la pression de son camp... Et dans la douleur. « Pour moi, le chemin s’arrête », a-t-il annoncé au 20H de France 2.
À gauche, les insoumis Sophia Chikirou à Paris et Sébastien Delogu à Marseille ont fait campagne contre le PS au premier tour mais ils défendent l’idée d’une “fusion technique”. Ils ont l’appui de Marine Tondelier. La secrétaire nationale des Écologistes milite pour une alliance ponctuelle avec LFI, en cas de possibilité de victoire de la droite. À Lille (Nord), l’alliance pourrait même se faire entre Écologistes et insoumis.
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Du court et du moyen termes
En étant moteur dans la défense de la gauche face à la droite, Marine Tondelier, dont le parti enregistre un reflux par rapport à 2020, entend tisser le récit d’une responsable qui se bat pour l’union de la gauche. Jean-Luc Mélenchon est dans le même calcul et dénonce « la consternante irresponsabilité » du non-accord à Marseille.
Des personnalités comme l’ancien président et actuel député de Corrèze, François Hollande (PS), ou l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place Publique) s’opposent toujours à des alliances avec LFI, même locales, y compris au risque de perdre des grandes villes. Eux aussi songent à l’après municipales et se positionnent pour des accords futurs intégrant une partie des macronistes qui seront orphelins en 2027.
Front républicain à Nice où Éric Ciotti, allié au RN, peut gagner ? Front anti LFI à Toulouse ? La journée de ce mardi, où seront actés – ou pas - les accords, sera déterminante après celle déjà concrétisée à Paris entre la droite et le bloc central. Les listes déposées jusqu’à 18 heures diront beaucoup de la prochaine présidentielle.


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