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La Couronne consent à accorder un crédit à Joshua Pilgrim pour les conditions liées à sa détention préventive, mais pas à le laisser sortir de prison, comme le suggère la défense. Elle réclame une peine de cinq ans contre l’individu pour la mort de celui qu’on surnommait le « surfer de balcons » de Toronto.
Joshua Pilgrim a plaidé coupable d’une accusation d’homicide involontaire par rapport à la mort de Ryan James Williams, qui était tombé du 8e étage de son immeuble en tentant d’échapper au délinquant et à ses amis la nuit du 24 avril 2024.

Ryan James Williams était surnommé le « surfeur de balcons » pour ses prouesses en sautant d’un balcon à un autre dans des tours à appartements de Toronto.
Photo : Avec l’autorisation du service de la police de Toronto
M. Williams avait glissé du balcon après avoir failli à s’agripper à la balustrade. Il est tombé sur un échafaudage de construction situé juste au-dessus du trottoir sur la rue Church, près de la rue Shutter.
L’homme de 38 ans avait succombé à ses blessures à l’hôpital.
Déclaration commune des faits
En passant aux aveux, le 11 juillet, Joshua Pilgrim a admis qu’il savait que Ryan Williams tenterait de s’échapper par le balcon de son appartement, où il vivait avec sa mère.
La mère de Ryan Williams était présente lors de l’altercation entre son fils et quatre inconnus, deux hommes et deux femmes. Il ne lui était toutefois rien arrivé.
La déclaration commune des faits, dont Radio-Canada a obtenu copie, mentionne que Joshua Pilgrim connaissait le don de sa victime pour le surf de balcons.

Les trois suspects dans cette affaire : deux femmes et un homme quittent l’appartement de Ryan Williams la nuit du 24 avril 2024.
Photo : Avec l’autorisation du service de la police de Toronto
L’individu a également avoué que ses menaces contre Ryan Williams avaient contribué à la mort de ce dernier.
On y apprend que Joshua Pilgrim et Ryan Williams étaient des connaissances et qu'il lui arrivait parfois de coucher chez la victime, qui avait des problèmes de toxicomanie.
Joshua Pilgrim était revenu voir Ryan Williams cette nuit-là pour lui réclamer la drogue qu’il lui avait volée à son insu quelques semaines plus tôt.
La déclaration ajoute que Joshua Pilgrim lui avait demandé la valeur de la drogue en argent si Ryan Williams lui avouait qu’il l’avait déjà consommée. Une altercation s’en est suivie.

L’immeuble à appartements où habitait Ryan Williams sur la rue Church, à Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
L’individu, qui accompagnait Joshua Pilgrim, a frappé Ryan Williams plusieurs fois au visage pendant que deux femmes qui les accompagnaient bloquaient, intentionnellement ou non, la porte du logement pour l’empêcher de s’enfuir.
Joshua Pilgrim a proféré des menaces à l’endroit de M. Williams, mais il admet qu’il ne se souvient plus exactement des paroles qu’il a utilisées.
Il a avoué qu’il lui ferait quelque chose s’il ne pouvait récupérer sa drogue ou son argent, peut-on lire dans le document.
Ryan Williams, en pensant que Joshua Pilgrim se joindrait à la bagarre, a paniqué et a fui par la porte-fenêtre de son appartement. Sur son balcon, il a tenté de sauter sur celui de son voisin. Cette fois, sans succès.

Ryan James Williams est tombé sur l’échafaudage fixé à son immeuble de la rue Church. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
La déclaration commune précise que Joshua Pilgrim, son ami et les deux femmes ont fui la scène pour retourner dans leur campement de sans-abri.
Joshua Pilgrim avait été appréhendé deux jours plus tard et accusé de meurtre non prémédité. En détention, il a demandé à son compagnon de cellule d’appeler l’une des deux femmes pour lui demander de mentir au cours de son enquête préliminaire.
Dans son plaidoyer de culpabilité, Joshua Pilgrim a admis qu’en agissant de la sorte, il se rendait aussi coupable d’obstruction à la justice.
Position des deux parties
Le procureur de la Couronne, Nathaniel Smith, a présenté à la cour deux déclarations de la famille de la victime sur l’impact que sa mort a eu sur elle.
La sœur de Ryan Williams, Nicole Cornacchia, a préféré lire la sienne à la juge.
Ryan était le conciliateur de la famille, un artisan de la paix… depuis sa naissance, je le protégeais, dit-elle.
Elle affirme que le monde n’est plus le même sans son frère cadet et que son frère au grand cœur est parti beaucoup trop tôt.

Une agente de l’unité médicolégale de la police de Toronto prend des photos du balcon d’où Ryan Williams est tombé. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Elle reconnaît que son frère n’a jamais eu les mêmes occasions que les autres et qu’il a manqué de directives dans sa vie.
Il n’a jamais cessé de nous aimer, mais on lui a volé toutes ses possibilités, conclut-elle, en faisant référence au délinquant dans le box des accusés.
Me Smith a demandé une peine de cinq ans de prison en reconnaissant que ce type d’homicide involontaire est plus proche de l’accident que du meurtre en vertu de la jurisprudence.
L’éventail des peines est donc beaucoup moins important, admet-il.
Le procureur Smith rappelle que Ryan Williams était chez lui, où il avait le droit d’être en sécurité, et qu’il était en infériorité numérique face à quatre individus.
Il ajoute que Joshua Pilgrim est en plus coupable d’obstruction à la justice.

Une partie de la rue Church avait été fermée pour les fins de l’enquête de police après la chute d’un individu du huitième étage. La victime sera identifiée comme étant Ryan James Williams. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / CBC
Me Smith retient, comme facteurs aggravants, les antécédents judiciaires mineurs de l’accusé pour voies de fait, la gravité et le degré de planification du crime, la possibilité que M. Pilgrim ait été armé d’une arme tranchante et le fait que son comportement a provoqué la mort de la victime.
Il énonce, comme facteurs atténuants, le plaidoyer de culpabilité de l’individu et les conditions difficiles de son incarcération au Centre de détention du Sud de Toronto.
Le procureur se dit disposé à lui accorder un crédit de 1236 jours pour les 824 jours qu’il a passés en détention provisoire depuis son arrestation, en vertu d’un ratio de 1 : 1,5.
Cela représenterait donc un crédit de trois ans et trois mois à soustraire de la peine de cinq ans qu’il réclame.
L’avocat de la défense, Scott Reid, ne l’entend pas de cette oreille, parce qu’il ne s’entend pas sur l’un des facteurs aggravants relevés par la Couronne.
Rien ne prouve selon lui que son client ait été armé la nuit de la tragédie. Il a demandé une peine de trois ans et demi de prison.
Me Reid croit par ailleurs que le crédit pour les conditions difficiles de son client en détention est insuffisant.
Il demande donc un crédit spécifique pour chaque jour que Joshua Pilgrim a passé en cellule en période de verrouillage, un autre pour chaque jour qu’il a couché par terre et un autre pour chaque jour qu’il a passé en compagnie de deux autres détenus à cause de la surpopulation carcérale.
Cela représente 405 jours à additionner aux 1236 jours, soit 1641 jours ou quatre ans et demi, explique-t-il.
À ce compte, mon client a déjà purgé sa peine et il devrait sortir de prison, poursuit-il.
En s’adressant à la cour pour la dernière fois, Joshua Pilgrim a dit qu’il regrettait le chagrin que la mort de M. Williams a causé et il a présenté ses condoléances à sa famille.
Il n’y a pas un jour sans que je pense à ce que j’aurais dû faire pour éviter sa mort… pardonnez-moi, dit-il.
La juge Maureen Forestell de la Cour supérieure de l’Ontario rendra sa sentence demain, mardi.


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